LA QUETE DU DRAGON

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 TOUT SUR LA MAGIE NOIRE

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TULL FORIX
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MessageSujet: TOUT SUR LA MAGIE NOIRE   Lun 14 Avr - 14:37

La messe noire. (je déconseille à quiconque de pratiquer ce genre de chose et ne poste ceci que dans un but historique et d'avertissement)

Le culte du diable naquit dans les premiers jours de l’humanité, s’adjoindre l’aide des démons ou tenter de les dominer a toujours hanté l’esprit des hommes. Au cours des premiers siècles de notre ère, l’église adopta vis-à-vis des sorciers une position de sagesse, ne punissant que de très faibles sanctions ceux qui se laissaient tenter par la magie et la sorcellerie. Ce fut en 506 lors du concile d’Agde, que l’on décida de les excommunier, en 589 à Narbonne on ajouta à cette peine, les châtiments corporels, mais c’est certainement Alexandre IV qui commit la pire des erreurs, en 1257 il jeta officiellement l’anathème sur les sorciers, les déclara hérétiques et habilita l’inquisition à les poursuivre. La réaction à cet interdit ne se fit pas attendre, la magie et la sorcellerie dont on parlait peu à l’époque, commencèrent à déchaîner les passions et finirent par fasciner le peuple, les sorciers assez rare à cette époque se multiplièrent, les supplices qu’on leur infligea publiquement n’eurent pas le but escompté, ils entretinrent un climat favorable à l’expansion de la sorcellerie.

Les premiers écrits relatant les Messes Noires telles que nous les connaissons actuellement datent du moyen âge, par contre nous trouvons dans la Rome ancienne des récits de Messes de Sang célébrées par Elagabal qui accompagnés de ses mages sacrifiaient de nombreux enfants afin de glorifier les démons infernaux, dans un rite de sang destiné à célébrer l’amour de la volupté et de la Mort.

Les récits des inquisiteurs sont la source la plus importante concernant les rites de sorcellerie, les premières descriptions de sabbat ne font pourtant pas de distinction entre celui-ci et la Messe Noire qui pourrait se définir comme l’apogée de cette cérémonie. La Messe Noire éveilla l’imagination, provoquant de nombreuses accusations qui ne purent jamais être justifiées, comme celles qu’on intenta contre les Templiers qui s’ils vénéraient Baphomet, célébraient plus un rite païen qu’un culte démoniaque. La magie diabolique et toute ses variantes sont des façons de célébrer l’ennemi de Dieu, ainsi que de lui demander secours ou puissance.

La Messe Noire quant à elle prend racine dans la théologie dualiste, en effet, celle-ci est une parodie de la messe catholique romaine, bien qu’il existe des variantes, le scénario de base est presque toujours le même le choix du prêtre se porte surtout sur un ecclésiastique réfractaire, ses habits de cérémonie peuvent varier suivant son appartenance à une société ou non, les officiants se réunissent autour d’un autel bâti avec le corps d’une femme nue, les décorations de culte sont inversées, les hosties souillées, le rituel tourne en dérision la messe catholique, la cérémonie se termine souvent par des actes sexuels ou dans certains cas exceptionnels par des sacrifices humains, ces derniers ont totalement disparus de nos jours. La Messe Noire est une pratique qui a touché tous les milieux et fait partie intégrante de l’histoire de notre pays, les récits la relatant sont nombreux, ainsi Bodin nous rapporte l’horrible moyen qu’employa Catherine de Médicis pour préserver la vie de son fils Philippe. Elle ordonna à un prêtre qui lui était voué corps et âme de venir célébrer une Messe Noire dont les éléments sacramentels se composaient d’une hostie noire, d’une hostie blanche et d’un calice, le prêtre ordonna à un jeune garçon de communier avec l’hostie blanche, ensuite, le prêtre sacrifia cet enfant en lui tranchant la tête, on emplit le calice de son sang, quant à l’hostie noire, elle était réservée à d’autres objets de la cérémonie.
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Une autre messe notoire surnommée messe Guibourg fut célébrée en janvier 1678 mettant en scène une femme connue qui n’est autre que la Marquise de Montespan. Cette femme de nature assez pernicieuse craignait de perdre les faveurs de Louis XIV, prête à tout, elle consulta mages et sorciers qui foisonnaient à Paris. Le destin lui concéda de rencontrer celle qui devint sa conseillère damnée, Catherine La Voisin, une femme qui s’occupait de préparations cosmétiques, de poison, de drogues et de magie. Celle-ci tira parti de cette tendance diabolique afin de s’enrichir. C’est elle-même qui cite cette phrase : « quand je leur disais que ce serait dès qu’il plairait à Dieu, elles me répondaient que je n’étais pas très maligne », voilà qui résume le vœu de ses clientes.

Dés lors, La Voisin chercha un endroit propice à pratiquer sa magie et les Messes Noires, elle l’habitera avec son mari et sa fille ainsi que d’autres membres de son entourage. Elle jeta son dévolu sur une maison de la rue de Beauregard, battisse construite sur un vaste terrain planté d’arbres, cet ensemble était entouré d’un très haut mur. Voici la description de la pièce qui servait aux rites : « les murs intérieurs étaient tendus de noir et à l’une de ses extrémités se trouvait un autel qui ressemblait à ceux des églises chrétiennes. Derrière lui, était suspendu un rideau noir brodé d’une croix blanche. Une série de degrés menaient à l’autel dont le tabernacle était surmonté d’une croix. L’autel lui-même était fourni de cierges noirs et d’une nappe noire, elle dissimulait un matelas de la même dimension que la table de l’autel. »
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L'abbé Guibourg

Le rituel pratiqué ici, voulait que la femme qui avait commandé la messe s’allongea nue en travers de l’autel, les bras en croix, une bougie noire dans chaque main, le célébrant, l’abbé Guibourg, dans ce cas particulier habillé d’une chasuble blanche brodée de pommes de pin noires se tenait entre les genoux de la femme et déposait son calice sur le corps de celle-ci, la cérémonie alors commençait. Il était probable qu’un enfant était sacrifié à l’instant où le célébrant offrait l’hostie. Le sang était mêlé à celui du calice, et l’offrande adressée à Astaroth et Asmodée, les entrailles et le cœur de l’enfant servaient de poudre magique destinée au roi.(D’après le témoignage de la fille La Voisin).

Les rites de la Messe Noire continuèrent de sorte tout au long de notre histoire et persistèrent jusqu’à nos jours, il y eut beaucoup de magiciens célèbres dont Aleister Crowley qui perpétua cette cérémonie qui fut d’ailleurs une des cause certaine de ses ennuis avec la justice italienne lors de son séjour à Cefalu.

De nombreux écrivains la narrèrent, une des plus célèbre étant certainement la Messe Noire pratiquée par le chanoine Docre dans le célèbre roman de Huysmans « Là-Bas ». Le cinéma nous la fait souvent revivre, accompagnées de ces rituels les plus sanglants. Il subsiste à notre époque de très nombreux satanistes qui s’ils perpétuent un culte au Diable et pratiquent toujours des Messes Noires rejettent formellement le sacrifice humain ou animal.
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TULL FORIX
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MessageSujet: Re: TOUT SUR LA MAGIE NOIRE   Lun 14 Avr - 14:39

Le Sabbat.

Hommage à Satan

On appelait sabbat les assemblées que les sorciers tenaient la nuit sous la presidence du Diable, pour celebrer les rites les plus mysterieux de leur art infernal, rendre hommage à leur maître, et se livrer entre eux à tous les emportements de leurs passions. La croyance au sabbat, universelle dans l'Europe du moyen âge, remonte au Ve siècle environ, et on la retrouve formellement condamné au IXe, dans le célèbre capitulaire sur les sortiléges et les sorciers, de sortilegiis et sortiariis. Ce capitulaire est principalement dirigé contre les femmes qui, abusées par des illusions, croyaient traverser les airs avec la déesse Diane, devenue le démon Dianum, mais à cette date les détails manquent ; il faut attendre jusqu'au XIVe siècle pour en trouver de circonstaciés et de précis.

Les assemblées de sabbat étaient de deux sortes, générales et particulières. Le grand Sabbat, réunissait tous les sorciers d'une même nation, le petit sabbat, tous ceux d'une même ville ou d'un même canton. Le premier se célébrait quatre fois l'année, au renouvellement de chaque saison, le second, deux fois chaque semaine, dans la nuit du lundi et du vendredi. Les réunions se tenaient dans les lieux solitaires, au sommet des montagnes, au fond des bois, sur le bord des routes aux endroits mêmes où des meurtres avaient été commis.

La réunion générale de l'Italie avait lieu sur le Vesuve, qu'on regardait comme un soupirail de l'Enfer, et celle de l'Allemagne sur le Bloksberg. Les assassins, les envieux, les hérétiques, les filles perdues sur le retour de l'âge, en un mot tous les vassaux de l'empire infernal, formaient le personnel ordinaire de ces fêtes, où Satan tenait cour plénière et lit de justice.

Il fallait pour y être admis, faire comme dans les métiers, l'apprentissage et le chef d'oeuvre, ou comme dans les ordres monastiques, le noviciat. On presentait donc une requête au démon, qui faisait passer à l'aspirant un examen sévère, et s'assurait longuement de sa capacité pour le mal. Lorsque l'examen était satisfaisant, le diable écrivait sur un registre le nom du récipendiaire, il le faisait signer ensuite, et après l'avoir fait renoncer au baptême et à l'Eglise, il lui imprimait sur le corps la marque de l'ongle du petit doigt, en signe d'investiture. Ces formalités remplies,le sorcier prononçait ses voeux, obtenait le droit d'assistance, et pouvait participer à tous les plaisirs et à toutes les pratiques.

Quand le diable enrôlait une sorcière, il avait soin, pour ne point l'effrayer, de lui apparaître sous la forme d'un beau jeune homme avec un jolie nom comme Joli Bois, Verdelet, vert Joli etc ... Le diable pour faire venir ses fidéles, faisait paraître dans les airs un signe dont eux seuls connaissaient le sens, ou il envoyait une chauve souris, un papillon de nuit, et quelquefois un mouton, les prevenir à domicile. Quelques uns se rendaient à l'endroit désigné montés sur un manche à balai, parodie vulgaire du dard merveilleux qu'Apollon hyperboréen avait donné à Abaris, et sur lequel celui ci traversait les airs. Le chasseur de sorcières De Lancre nous apprend que, quand on partait emporté par cette singulière monture, il fallait, pour ne point tomber de la région des nuages, répéter à plusieurs reprises, EMEN ETAN, c'est à dire en argot satanique, ICI et LA. D'autres se frottaient avec des onguents magiques, ou le venin lancé par un crapaud effrayé, et par le seul effet de ces drogues, ils se trouvaient transportés au lieu de la réunion.

Tous les sorciers etaient tenus d'assister aux assemblées générales, et ils ne pouvaient se justifier d'y avoir manqué qu'en présentant un certificat en bonne forme, qui donnait à leur absence un motif plausible. Le diable, dans ses assemblées, se faisait rendre compte de leurs actions, des maléfices qu'ils avaient pratiqués ; il les recevait d'une façon d'autant plus bienveillante, qu'ils avaient fait plus de mal. Dans les assemblées ordinaires, le cérémonial variait à l'infini, suivan les temps ou les lieux, mais sauf les nuances de certains détails, le fond restait le même à peu près partout.

Dans ces drames fantastiques l'unité de temps et de lieu est toujours sévèrement observée. Une lampe sans huile répand sur l'assitance une lueur tremblante et sombre. Satan préside, assis sur un trône, et toujours sous une forme hideuse ; c'est un crapaud couvert de laine ou de plumes, un corbeau monstrueux avec un bec d'oie, un bouc fétide, un homme blanc et transparent de maigreur, dont l'haleine donne le frisson, un chat noir avec des yeux verts et des griffes de lion. En Suéde, le diable se montre au sabbat avec un habit gris, des bas rouges, une barbe rousse, un chapeau à hate forme et des jarretiéres d'une longueur démesurée. Chaque sorcier, en arrivant, dépose auprès du diable, son herbe de sabbat, c'est à dire une plante quelconque, dont il s'est muni en partant, fougère, gui, ciguë. Satan prend une poignée de ces herbes, fait une aspersion de son urine à toute l'assemblée, et alors la séance est ouverte ...

La séance une fois ouverte, chacun prend son rôle : comme de raison le plus important appartient au diable ; et ce rôle peut se ranger sous quatre chefs principaux :

Satan reçoit les hommages de ces sujets.
Il compose, pour les leur distribuer, des poudres et des onguents magiques.
Fait les conférences et des exhortations.
Il se livre à l'égard des cérémonies du catholicisme aux profanations les plus sacrilèges.
Ensuite, Satan placait toutes les herbes apportées par les initiés dans une immense chaudière, avec des crapauds, des couleuvres, de la limaille de cloche et des enfants coupés en morceaux.
Il ecumait la graisse de cet affreux bouillon, et après avoir prononcé sur cette graisse des paroles sacramentelles, il en faisait des onctions aux assistants, et leur en distribuait ensuite de petits pots ; c'était là, pour les maléfices, l'ingrédient le plus infaillible, et cette drogue conservait dans son action quelque chose de la pervesité et de la puissance de celui qui l'avait préparée.

Les sorciers après avoir reçu l'onguent, mangeaient les débris des chairs qui avaient servi à sa composition, et ils se rangeaient ensuite autour du trône, pour écouter les exhortations de leur maître. Satan recommandait à ses vassaux de faire tout ce que réprouvait l'Eglise, et leur ordonnait le meurtre, l'inceste, l'adultère et pour gages de leur soumission, il leur demandait d'affreux blasphèmes.

Ces réjouissances consistaient principalement en danses et en festins. Le menu de ces festins était des plus variés. Tantôt la table etait chargée de mets splendides, préparés avec une delicatesse extrême, tantôt on y mangeait du pain noir et de la chair d'enfants ; mais cette chair et les mets les plus recherchés eux mêmes étaient toujours d'une extreme fadeur, attendu que l'on n'y employait jamais le sel, parce que l'Eglise s'en servait dans la bénédiction de l'eau et dans le baptême ; de plus, les sorciers avaient beau manger et boire, ils ne parvenaient jamais à calmer leur soif ou leur faim.

Après le repas, on dansait ; chaque homme devait amener une femme, et quand, par hasard, il manquait quelques personnes pour completer les quadrilles, Satan y suppléait par des incubes et des succubes. La toilette de rigueur etait la nudité complete, danseurs et danseuses portaient à la main des torches de poix noire ; un vieux Turc ouvrait la danse avec une jeune religieuse qui avait forfait à ses voeux ; alors, au milieu d'une ronde effrénée, tous les assistants se livraient aux actes de la plus hideuse dépravation. La danse terminée, et au moment où le chant du coq annonçait les premières lueurs du jour, chacun retournait chez soi, comme il était venu, sur un balai ou sur le dos du diable.
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MessageSujet: Re: TOUT SUR LA MAGIE NOIRE   Lun 14 Avr - 14:41

Preuve de la Démonialité par le père Louis Marie Sinistrari

1. En ce qui touche la preuve de ce crime, il faut distinguer l'espèce de Démonialité : à savoir celle qui se pratique entre Sorcières ou Sorciers et le Diable, d'une part, et d'autre part, celle que d'autres personnes pratiquent avec des Incubes.

2. Quant à la première, étant prouvé le pacte fait avec le Diable, la Démonialité se trouve par là même prouvée ; car le but des Sorcières, aussi bien que des Sorciers , dans leurs sabbats nocturnes, après les festins et les danses, est le commerce infâme dont il s'agit : autrement, il ne peut exister aucun témoin de ce crime, parce que le Diable, qui est visible pour la Sorcière, se dérobe aux yeux des autres. Quelquefois, il est vrai, des femmes ont été vues dans les forêts, dans les champs, dans les bocages, couchées sur le dos.

En pareil cas la présomption du crime de Démonialité serait très forte, pourvu qu'il existât d'ailleurs d'autres indices ; et je croirais qu'un tel acte, suffisamment prouvé par témoins, autoriserait le Juge à employer la Torture pour connaître la vérité ; surtout si, peu après cet acte, on avait vu s'élever de la femme comme une fumée noire, et alors la femme se redresser, comme l'écrit Guaccius ; car dans cette fumée ou cette ombre on pourrait voir le Démon lui même, si comme il est arrivé plus d'une fois au rapport du même auteur, on a vu une femme, lequel l'acte fini, disparaît tout à coup.

3. Du reste, pour prouver d'une manière concluante qu'un homme est un sorcier ou une femme une Sorcière, il faut avoir obtenu son propre aveu : car il ne peut exister de ce fait aucun témoin, si ce n'est peut être d'autres sorciers qui déposent au procès contre leurs complices ; mais par cela même qu'ils sont associés dans le crime, leur dire n'est pas concluant et ne suffit pas pour autoriser la torture. Il faudrait pour cela qu'il y'eût d'autres indices, comme par exemple le cachet du Diable imprimé sur leur corps, ou qu'après perquisition faite dans leurs maisons, on eût trouvé des signes et des instruments de l'art diabolique, tels que des os de morts et surtout un crâne ; des cheveux artistiquement arrangés ; des noeuds de plumes embrouillées, des ailes, ou des pieds, ou des ossements de chauve souris, de crapauds, de serpents ; des sortes de graines, des figures en cire, des vases remplis de poudre, ou de d'huile, ou d'onguents inconnus, etc..., comme on découvrent ordinairement les Juges qui, sur une accusation de ce genre portée contre des Sorciers, procèdent à leur arrestation et à une visite domiciliaire.

4. Quant à la preuve du commerce avec un Incube, la difficulté est la même ; car l'Incube, tout aussi bien que les Diables, se rend quand il le veut invisible à tout autre qu'à sa maitresse. Cependant, il arrive encore plus d'une fois aux incubes de se laisser surprendre, tantôt sous une forme, tantôt sous une autre, en flagrant délit de cohabitation charnelle avec les femmes. Dans un monastère, il y'avait une Nonne, laquelle, à propos de riens, comme c'est l'habitude des femmes, et surtout des Religieuses, s'était brouillée avec une autre Nonne qui occupait la cellule contiguë à la sienne. Celle ci, fine mouche, s'étant mise à épier tous les pas et démarches de son ennemie, remarqua plusieurs jours de suite, pendant l'été, qu'au lieu de se promener avec les autres dans le jardin au sortir de la table, elle s'éloignait pour se retirer dans sa chambre, dont elle fermait la porte à double tour. Vivement intriguée, notre observatrice voulut savoir ce qu'elle pouvait bien faire tout ce temps là, et dans ce but, elle s'enferma de son coté dans sa cellule. Bientôt, elle entendit comme deux personnes qui parlaient ensemble à voix basse ; puis certain bruit de frottement, des craquements de lit, des gemissements, des soupirs ; c'en etait assez pour surexiter sa curiosité : elle redoubla d'attention, afin de savoir qui était dans la cellule. Mais, comme par trois fois elle n'en vit sortir que la Nonne son ennemie, elle soupçonna qu'un homme s'y était secrètement introduit, et qu'elle l'y tenait caché. Alors elle rapporta la chose à l'Abesse qui, après avoir pris conseil de personnes discrètes, voulut entendre les bruits et observer les indices qu'on lui dénonçait, de peur d'agir précipitament et sans réflexion. En conséquence, l'Abbesse et ses affidées se postèrent dans la chambre de l'observatrice, d'où elles entendirent parfaitement les voix et autres bruits signalés. On fit une enquête pour s'assurer qu'aucune des Religieuses ne pouvait être enfermée avec l'autre dans la cellule fermée, où elles frappèrent à plusieurs reprises, mais en vain : la Nonne ne voulait ni répondre, n ouvrir. L'Abbesse dut la menacer de faire enfoncer la porte, et ordonna même à une soeur onverse de l'attaquer avec un levier. Sur cette menace, la Nonne ouvrit sa porte, perquisition faite, on ne trouva rien. On l'interrogea : avec qui parlait elle ? pourquoi ces craquements de lit, ces soupirs, etc.. ? elle nia tout.

Enfin, comme le manége continuait de plus belle, la Nonne rivale devenue plus attentive, plus curieuse que jamais, imagina de faire un trou à la cloison, de manière à voir ce qui se passait dans la cellule ; et que vit elle ? un élégant jouvenceau couché avec la Religieuse. Les autres Nonnes vinrent à la suite, à qui elle fit voir même chose. L'accusation fut bientôt portée devant l'Evêque : la Nonne coupable voulait tout nier encore, mais, effrayée par la menace de la torture, elle finit par avouer qu'elle avait eu commerce avec un Incube.

5. Lors donc qu'il existe des indices de la nature de ceux qui viennent d'être relatés, il y'aurait lieu, après un rigoureux examen, à prononcer la mise en accusation ; toutefois, à défaut de l'accusée, le délit ne doit pas être considéré comme pleinement prouvé, lors même que le congrès serait attesté par des témoins occulaires, car il arrive parfois que le Diable, afin de perdre une innocente, simule ce congrès par quelque apparence fantastique. C'est pourquoi le Juge Ecclésiastique doit, en pareil cas, ne s'en rapporter qu'à ses propres yeux.
Peines

Quand aux peines afférentes à la Démonialité, aucune loi civile ni canonique, que je sache, n'edicte de peine contre un crime de ce genre. Cependant, comme un tel crime suppose pacte et société avec le Démon, apostasie de la foi, sans parler des maléfices et autres scéleratesses en nombre presque infini que commettent les Sorciers, il est puni régulièrement, hors d'Italie, de la hart et du feu. Mais, en Italie, il est très rare que les Inquisiteurs livrent ces malheureux au bras séculier.

Notice Biographique (1)

Le père Louis Marie Sinistrari, de l'Ordre des Mineurs Réformés de l'étroite Observance de Saint François, naquit à Ameno, petite ville du district de Saint Jules, dans le diocèse de Novare, le 26 Février 1622. Il reçut une éducation libérale et fit ses humanités à Pavie, où il entra, en 1647, dans l'ordre des Franciscains.

Se consacrant alors à l'enseignement, il fut d'abord professeur de philosophie ; puis il enseigna dans la même ville la Théologie pendant quinze années consécutives, au milieu d'un concours d'étudiants que sa réputation avait attirés de tous les pays de l'Europe. Ses prédications dans les principales villes de l'Italie, en même temps qu'elles firent son éloquence, produisirent pour la piété d'excellents résultats.

Egalement cher au Siècle et à la Religion, il avait reçu de la nature les dons les plus brillants : stature carée, haute taille, conversation agréable et pleine de saillies mais ce qui était plus précieux, il possédait les dons de grâce, qui lui faisait supporter avec une résignation invincible les attaques d'une maladie arthritique à laquelle il était sujet ; remarquable d'ailleurs par son humilité, sa candeur et sa soumission absolue aux règles de son ordre.

Homme de toutes sciences, il avait appris sans maître les langues étrangères, et souvent, dans les Comices généraux de son Ordre, tenus à Rome, il soutint des thèses publiques de Ommi Scibili. Totefois, il s'adonna plus particulièrement à l'étude des Droits Civil et Canonique. Il occupa à Rome le poste de Consulteur au Tribunal suprême de la Sainte Inquisition ; fut pendant près de deux ans Vicaire Général de l'Archevêque de Milan. En 1688, chargé par les Comices généraux des Franciscains de compiler les statuts de l'Ordre, il s'acquitta de cette tâche dans son traité Practica criminalis Minorum illustrata. Il mourut l'an de grâce 1701, le 6 mars, à l'age de soixante dix neuf ans.

(1) Cette notice est extraite du tome 1er des Oeuvres complètes du P.Sinistrari ( Romae, 1753 ).
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TULL FORIX
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MessageSujet: Re: TOUT SUR LA MAGIE NOIRE   Lun 14 Avr - 14:44

La sorcellerie par Charles Louandre

I.
Universalité des sciences occultes.—Leurs différentes divisions.—Sorciers mentionnés dans la Bible.—Rôle de Satan d'après la tradition chrétienne.—Le diable de la sorcellerie, distinction essentielle.

C'est une croyance universelle, et pour ainsi dire une tradition native du genre humain, que l'homme, à l'aide de certaines formules et de certaines pratiques, empruntées tantôt à la religion, tantôt à la science, peut changer les lois éternelles de la nature, soumettre à sa volonté les êtres invisibles, s'élever au-dessus de sa propre faiblesse, et acquérir la connaissance absolue et la puissance sans limites. Ces dons supérieurs auxquels il aspire, il les demande indistinctement aux éléments, aux nombres, aux astres, aux songes, au principe éternel du bien comme au génie du mal, aux anges, à Satan. Égaré par son orgueil, il crée toute une science en dehors de l'observation positive; et, pour régner en maître absolu sur la nature, il outrage à la fois la religion, la raison et les lois. Cette science, c'est la magie, qui se divise, suivant les temps et les lieux, en une infinité de branches: cabale, divination, nécromancie, géomancie, philosophie occulte, philosophie hermétique, astrologie, etc., science empoisonnée dans sa source, qui se résume, au moyen âge, dans la sorcellerie, et qui, toujours maudite, toujours combattue par les lois de l'Église et de la société, reparaît toujours impuissante et convaincue.

La Bible parle à diverses reprises, et partout avec sévérité, des hommes ou des femmes qui se livrent à la magie. «Il ne se trouvera parmi vous, est-il dit dans le Deutéronome[1], personne qui fasse passer par le feu son fils ou sa fille, qui professe la divination ou qui prédise les temps; ni enchanteur, ni sorcière, ni personne qui consulte des esprits familiers, ou qui soit magicien ou nécromancien.» Les mêmes défenses se retrouvent dans le Lévitique, et l'évocation de l'ombre de Samuel par la pythonisse d'Endor, les prodiges opérés par les magiciens de Pharaon, les accusations portées contre Manassès, prouvent que les pratiques des œuvres occultes n'étaient point étrangères aux Israélites. Ces faits ont donné lieu à un grand nombre de commentaires. Quant à nous, nous nous bornerons seulement à les constater ici, en ajoutant que la plupart des commentateurs ont remarqué que rien n'indique qu'il y ait eu chez les Juifs, comme au moyen âge, entre le démon et les sorciers, un pacte réel. Satan, dans la tradition sacrée, n'est jamais ce qu'il fut plus tard, l'esclave obéissant de l'homme; il ne sert point ses passions et ses vices; et, comme le dit Bergier, si les faits surnaturels dont il est parlé dans l'Ancien Testament doivent être attribués aux démons, il faut en conclure seulement que Dieu consentait à ce que l'esprit infernal les opérât, soit pour faire éclater sa puissance, en opposant aux prodiges des magiciens d'autres prodiges plus nombreux et plus étonnants, soit pour punir les hommes de leur curiosité superstitieuse. Satan reste soumis à la volonté divine. Quand il étrangle, dans la chambre nuptiale, les sept premiers maris de Sara; quand il fait tomber le feu du ciel sur les troupeaux de Job, quand il déchaîne l'ouragan contre sa maison, il n'agit jamais qu'avec la permission de Dieu, et Dieu lui permet d'agir pour éprouver son fidèle serviteur et faire briller sa foi et sa vertu d'un plus grand éclat.

Ainsi, entre la magie et le rôle de Satan dans l'Écriture, et la magie et le rôle de Satan dans le moyen âge, il y a cette différence essentielle et profonde que, d'un côté, le démon n'est jamais qu'un vaincu qui n'agit que par la permission de Dieu, qui reste entièrement indépendant de l'homme, et qui, dans la sphère même la plus redoutable de son action, n'est encore que l'instrument docile du souverain maître. Dans la sorcellerie, au contraire, le démon est asservi à la volonté de l'homme; il se met au service de ses haines, de ses passions. Il se révolte de nouveau contre Dieu, et semble vouloir faire retourner le monde à l'antique idolâtrie. Cette distinction, nettement, établie, et sans toucher davantage aux questions qui sont placées par la foi en dehors de la discussion, nous allons marcher à notre aise à travers le rêve et la légende, en nous attachant toujours à porter, autant que possible, l'ordre et la clarté au milieu de ce chaos et de ces ténèbres, et en établissant des classifications rationnelles, dans ce sujet, où la plupart des historiens qui l'ont traité marchent au hasard, comme dans un véritable labyrinthe.

II.
De la magie dans l'antiquité.—Elle se divise en deux branches, la théurgie et la goétie.—La théurgie se confond avec la religion.—Ses rites et ses formules.—La goétie se rapproche de la sorcellerie du moyen âge.—Elle est essentiellement malfaisante.—Ses pratiques et ses recettes.—Conjurations des sorciers égyptiens.—Circé, Canidie et Sagone. Les sorcières de la Thessalie.—Le spectre du temple de Pallas.—Maléfices et talismans païens.—Lois de l'antiquité relatives aux magiciens et aux sorciers.

Les écrivains de l'antiquité, historiens ou poëtes, sont remplis de nombreux témoignages qui attestent l'importance de la magie et de la sorcellerie dans le monde païen. Dans l'Inde, ces prétendues sciences se confondent constamment avec la religion; on les retrouve en Égypte, en Thessalie et en Chaldée, dans la Grèce et à Rome. Quelques-uns des écrivains anciens, grecs ou romains, qui parlent de la magie la divisent en deux branches distinctes: l'une, théurgique, qui relève uniquement de la religion et de la science, et qui ne cherche que le bien; l'autre, goétique, qui n'agit que par l'intermédiaire des génies malfaisants ou des dieux infernaux, et qui ne cherche que le mal. Ces deux branches, de même qu'elles ont un but et un esprit différents, procèdent également par des moyens opposés.

Dans la théurgie, le cérémonial est grave et sérieux. La première condition imposée à ceux qui la pratiquent, c'est la pureté. Ils ne doivent point se nourrir de choses qui aient vécu: ils doivent éviter tout contact avec les cadavres; dans leurs invocations, ils ne s'adressent qu'aux génies bienfaisants, à ceux qui veillent au bonheur des hommes. Les herbes, les pierres, les parfums, étant chacun le symbole particulier d'une divinité, le théurgiste les offrait aux dieux qu'il voulait se rendre favorables; mais pour que l'opération réussît, il devait nommer tous les dieux et présenter à chacun d'eux l'offrande qui lui était agréable: «Une corde rompue, dit Jamblique, dérange toute l'harmonie d'un instrument de musique; ainsi une divinité, dont on a oublié le nom ou à laquelle on n'a point présenté la pierre, l'herbe ou le parfum qui lui plaît, fait manquer le sacrifice.» La théurgie, comme la religion, avait des initiations, de grands et de petits mystères: on en attribuait l'invention à Orphée, qui était considéré comme le plus ancien des magiciens. Cette science ne changeait rien aux idées que la théogonie païenne se formait des dieux, et toutes deux suivaient les mêmes rites pour arriver aux mêmes résultats.

Il n'en était pas de même de la magie goétique, qui s'adressait aux divinités malfaisantes ou à celles qui présidaient aux passions. Cette magie avait un appareil sombre; elle cherchait pour ses opérations les lieux souterrains, les herbes vénéneuses, les ossements des morts, les plus redoutables imprécations, et n'agissait que pour nuire. Du reste, la distinction entre les deux sciences était fort difficile à maintenir; et si quelques esprits supérieurs ont tenté, en se ralliant à la théurgie, d'en faire l'auxiliaire des cultes païens dans ce qu'ils avaient d'aspirations spiritualistes, la foule ne tint jamais compte des différences. La théurgie et ses mystères restèrent à l'état de doctrines occultes; et la goétie, comme la sorcellerie du moyen âge, dont elle est l'aïeule directe, tenta comme elle de s'emparer du monde et d'assurer à l'homme l'entière satisfaction de tous ses penchants, de toutes ses passions, de tous les désirs de ses sens, de toutes les ambitions de son esprit. Comme la sorcellerie, elle procédait, par des conjurations et par une foule de pratiques absurdes ou minutieuses à l'aide desquelles elle espérait asservir les dieux, les êtres du monde supra-sensible, les éléments, les astres, et toutes les forces vives de la nature. Porphyre nous a conservé les formules de conjurations des magiciens égyptiens: ces magiciens s'adressaient au soleil, à la lune, aux astres. Ils leur disaient que, s'ils ne se prêtaient point à leurs désirs, ils bouleverseraient la voûte du ciel, qu'ils découvriraient les mystères d'Isis, qu'ils exposeraient ce qui était caché dans l'intérieur du temple d'Abydos, qu'ils arrêteraient la course du vaisseau de l'Égypte; et que, pour plaire à Typhon, ils disperseraient les membres d'Osiris. Les enchanteurs de l'Inde procédaient de même par la menace et l'imprécation; seulement ils s'adressaient aux génies au lieu de s'adresser aux astres, et leur écrivaient au lieu de leur parler.

La plupart des recettes qui figurent en si grand nombre dans les livres de la sorcellerie moderne se retrouvent dans l'antiquité. Sans parler de la divination qui faisait partie intégrante du culte, les philtres, les charmes, les évocations des morts, les métamorphoses d'hommes en animaux, tout cela est dans le paganisme gréco-romain. Homère nous montre le devin Tirésias préparant une fosse pleine de sang pour évoquer les mânes; il nous montre Circé changeant en pourceaux les compagnons d'Ulysse, comme Horace nous montre Canidie et Sagone se rendant la nuit dans un cimetière pour procéder à leurs maléfices. Là elles enterrent un jeune enfant tout vivant pour préparer un philtre avec son foie et sa moelle; elles ramassent des herbes malfaisantes, des ossements desséchés; elles déchirent une brebis noire et versent son sang dans une fosse creusée avec leurs ongles; elles animent, comme les envoûteurs du moyen âge, des figures de cire et les brûlent ensuite. Les poètes, dans ces récits, ne font que traduire les superstitions populaires; car le monde païen n'est pas moins riche en légendes de cette espèce que le monde fantastique du moyen âge. S'agissait-il d'évoquer un mort, on pouvait en toute sûreté recourir aux magiciens de Thessalie; on savait que quand les Lacédémoniens eurent fait périr de faim Pausanias dans le temple de Pallas, des magiciens avaient été chargés de débarrasser ce temple du spectre qui venait y rôder chaque jour, et en écartait la foule. Dans ce but, ils évoquèrent les âmes de plusieurs citoyens qui, pendant leur vie, avaient été les ennemis déclarés de Pausanias; et celles-ci, en retrouvant le spectre de l'homme qu'elles avaient détesté, lui donnèrent une telle chasse qu'il n'osa plus se présenter, et laissa parfaitement paisibles les visiteurs du temple. Voulait-on se faire aimer d'une femme, on demandait aux disciples des prêtres de Memphis, pour l'enterrer sur le seuil de la maison qu'elle habitait, la laine d'airain chargée d'images lascives. On savait que les magiciens faisaient tomber la grêle, le tonnerre, qu'ils excitaient les tempêtes, qu'ils voyageaient par les airs, qu'ils faisaient descendre la lune sur la terre, et qu'ils transportaient les moissons d'un champ dans un autre. On savait que pour se défendre de leurs maléfices, il fallait faire des fumigations de soufre, ou clouer à la porte de sa maison une tête de loup. Les plus grands hommes eux-mêmes acceptaient ces croyances. César avait son amulette, et Auguste portait pour talisman une peau de veau marin dans la persuasion que cette peau le préserverait de la foudre.

A Rome, comme chez nous, les magiciens et les sorciers, qui n'étaient souvent en réalité que des malfaiteurs ou des empoisonneurs, abritant leurs crimes sous les mystères d'une doctrine secrète, furent rigoureusement poursuivis par les lois. Ils s'étaient tellement multipliés en Italie, au temps de Tacite, sous le nom de mathématiciens, ils s'y livraient à de si ténébreuses pratiques, que ce grand historien les place au nombre des plus redoutables fléaux de l'empire, et malgré la sévérité des lois romaines qui les frappaient des peines les plus sévères, malgré l'exil ou la mort, ils reparaissaient toujours plus nombreux, et, comme les sorciers du moyen âge, ils semblaient se multiplier par la persécution.




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MessageSujet: Re: TOUT SUR LA MAGIE NOIRE   Lun 14 Avr - 14:44

III.
Transformation de la sorcellerie païenne à l'avènement du christianisme.—Les dieux de l'Olympe se changent en démons.—Les druides et les bardes se changent en enchanteurs.—Différence de l'enchanteur et du sorcier.—Biographie fantastique de Merlin.—Sa naissance; il parle en venant au monde et prophétise à l'âge de six mois.—Viviane et la forêt de Brocéliande.—La tour enchantée.—Merlin n'est pas mort.

Lorsque l'Évangile se fut propagé dans le monde romain, et qu'il eut renversé les autels des dieux païens, on vit se produire un phénomène étrange. Parmi les nouveaux chrétiens, un grand nombre acceptant, comme un fait réel, l'existence des divinités de l'Olympe, considérèrent ces divinités comme des démons; la croyance se répandit que Satan ligué avec tous ces vaincus du passé contre le vainqueur de l'avenir, animait d'une vie factice leurs idoles mourantes, et Salvien s'écria tristement: «Le démon est partout, ubique dæmon.» Les folies du vieux monde firent invasion en se modifiant dans la société nouvelle; à la chute du paganisme, ses rites, ses formes cérémonielles multiples et variées, se convertirent en pratiques superstitieuses, en magie; Diane devint le démon Dianum, et conduisit les femmes au sabbat, comme Mercure avait conduit les âmes dans le royaume des ombres. L'influence de ce que l'on pourrait appeler l'agonie de l'idolâtrie sur les sciences occultes du moyen âge est un fait évident et incontestable, et qui se produisit en même temps pour le polythéisme et le culte druidique. On sait qu'au Ve siècle une sorte de résurrection de ce culte se manifesta dans la grande et la petite Bretagne. Déshérités de leur antique puissance comme Jupiter et Vénus, les bardes furent également adoptés par les superstitions populaires, et l'on vit paraître alors un être intermédiaire entre le magicien inspiré et savant de la théurgie antique et le sorcier des démonographes. Cet être, d'une nature supérieure à celle de l'homme, et qui se rapproche des génies de l'Orient, c'est l'enchanteur, dont nous allons parler avec quelque détail à cause de la place qu'il occupe dans la tradition et la littérature du moyen âge.

Le type le plus parfait de l'enchanteur du moyen tige, c'est Merlin, personnage réel, qui vécut, on le sait, au Ve siècle dans la Bretagne armoricaine, et que l'on retrouve partout, à travers le moyen âge, dans l'histoire, la légende, la poésie et les romans chevaleresques. Les voix prophétiques qui avaient parlé si longtemps dans les vieilles forêts de la Gaule, ne pouvaient se taire tout à coup. Aussi Merlin est-il prophète. Fantastique incarnation des dernières traditions du druidisme, de la mythologie Scandinave et du polythéisme, il défend la nationalité bretonne comme Velléda défendait sa patrie germaine. Il aide Arthur dans ses longues luttes contre les Danois, comme Ulysse aidait Agamemnon de ses conseils et de sa sagesse.

Dans sa transformation nouvelle, il garde les vieilles habitudes de l'idolâtrie celtique. Il aime les fontaines, d'eau vive perdues dans les bois, les chênes centenaires; et, comme les dieux de l'Edda, il a son loup familier qui va chasser pour lui. Les astres, ses confidents habituels, lui révèlent tous les secrets de l'avenir, la destinée des rois et celle des peuples. Il sait tous les mystères de la création, il connaît tous les esprits qui président à l'harmonie des sphères. Si l'on en croit l'un de ses biographes, Robert de Borron, qui écrivait au XIIIe siècle, Merlin était né d'une religieuse et d'un démon incube. Sa mère l'avait conçu en dormant, et pour se purifier de cette souillure, elle fit vœu, pendant le reste de sa vie, de ne manger qu'une fois par jour. Le mystérieux enfant, qui n'avait point de père parmi les hommes, vint au monde noir et velu; en le voyant ainsi pareil aux bêtes fauves, sa mère changea de couleur; mais lui, pour la rassurer, s'écria en souriant: «Je ne suis point un diable;» l'effroi n'en fut que plus grand. Le bruit de cette naissance étrange se répandit bientôt. La pauvre mère fut citée devant le juge. «Vous êtes sorcière, lui dit ce magistrat, je vais vous faire brûler.—Je vous le défends, dit Merlin en sautant des bras de sa mère. Respectez cette femme, ou malheur à vous; car mon pouvoir est plus grand que celui des hommes; et si vous en doutez, écoutez ce que va vous dire le fils de l'incube.» Merlin alors découvrit au juge certains secrets intimes de son ménage, que celui-ci était loin de soupçonner. Le pauvre mari oublia la sorcière pour ne songer qu'à sa propre femme, car les détails étaient tellement précis, qu'il ne pouvait douter de son infortune. C'est ainsi que Merlin révéla pour la première fois cette intuition mystérieuse qui devait élever son nom si haut dans l'admiration des peuples, et cependant à cette époque il n'était âgé que de six mois. Une vie qui débutait par de pareils prodiges devait être féconde en merveilles, et elle le fut en effet. L'enchanteur avait le don de se rendre invisible, ou de se donner telle ressemblance qu'il voulait en se frottant avec le suc des herbes. Il transportait d'un mot à de grandes distances les pierres les plus pesantes, et lui-même, monté sur son cerf bien-aimé, il franchissait l'espace avec la rapidité de l'éclair. Dévoué jusqu'à la mort au roi Arthur, il le sert dans ses guerres et dans ses amours; il l'aide à triompher des pièges de ses ennemis et des pièges bien plus redoutables de la femme, tout en s'y laissant prendre lui-même. Un jour, en se promenant dans une forêt, il rencontre une jeune fille d'une éclatante beauté. Il s'arrête, surpris et troublé, et d'une voix caressante: «Douce dame, lui dit-il, daignez me prendre à merci; je vous dirai de merveilleux secrets. Souhaitez-vous des fleurs? je ferai pousser des rosiers au milieu de la neige. Souhaitez-vous d'être belle éternellement? je préparerai pour vous le bain qui efface les rides.» La jeune fille sourit. Merlin, pour prouver sa puissance, frappa la terre d'un coup de baguette, et une forêt magnifique s'éleva aux alentours. Pour prix de cette galanterie, Merlin demanda et obtint une entrevue nouvelle. Viviane, c'était le nom de la jeune femme, promit de revenir, et tint parole. Mais, ce jour-là, l'enchanteur fut vaincu: Viviane surprit tous les secrets de son art, et Merlin, sentant qu'il allait quitter le monde, se rendit auprès du roi Arthur pour lui donner le baiser d'adieu. Puis il alla trouver maître Blaise, qui l'avait élevé. «Adieu, maître Blaise, lui dit-il, je vous donne une grande tâche. Recueillez les souvenirs de ma vie, mes révélations sur l'avenir, et transmettez-les par un livre à ceux qui vivront après nous.—Je vous le promets,» dit maître Blaise. Le livre, en effet, fut écrit; et ces prédictions de l'enchanteur, devenues au moyen âge les oracles de l'Angleterre, ont été consultées, invoquées par elle à tous les moments solennels de son histoire.

L'enchanteur, en quittant maître Blaise, se rendit auprès de Viviane; et celle-ci, qui le voyait triste, et craignait une séparation, lui demanda comment on pouvait retenir un prisonnier sans lui mettre des fers et sans l'enfermer dans une prison. Merlin lui donna pour cette opération une formule magique; fatale indiscrétion qu'il devait expier bientôt! Le soir, en se promenant dans la forêt de Brocéliande, il se reposa au pied d'un buisson d'aubépine, et s'endormit. Viviane alors détacha sa ceinture, et, traçant avec cette ceinture un cercle autour de lui, elle l'enferma pour toujours dans une enceinte sans issue. Une tour indestructible, dont l'air même avait cimenté les pierres, s'était élevée sur la ceinture et avait enfermé Merlin jusqu'à la fin des siècles.

Depuis ce jour, la forêt de Brocéliande étend sur la tour ses rameaux qui ne se flétrissent jamais, et Viviane veille au pied des murailles, comme cette pieuse matrone qui garde le tombeau du roi Édouard, et qui tresse sur le front de ce saint roi des cheveux dont la mort n'a point arrêté la croissance. Quant à Merlin, il est toujours vivant et captif, et le voyageur, en passant dans les verts sentiers de Brocéliande, l'entend soupirer dans sa tour.

On le voit par ce qui précède, les enchanteurs, dont Merlin est, comme nous l'avons déjà dit, le type le plus parfait, les enchanteurs ont une tout autre physionomie que les sorciers. L'enchanteur est un être surhumain, qui a reçu, en venant au monde, un pouvoir surnaturel; c'est le frère des génies et des fées; les sorciers sont tout simplement des hommes. L'enchanteur fait indistinctement le bien et le mal; le sorcier ne fait que le mal. L'enchanteur est vénéré par les peuples, célébré par les poëtes; le sorcier est méprisé par tout le monde. En un mot, l'enchanteur est un personnage célèbre transfiguré par la légende, Aristote, Virgile, ou Merlin, et le sorcier une espèce de truand, qui n'est bon qu'à brûler ou à pendre. Les enchanteurs, du reste, ont toujours été beaucoup plus rares que les sorciers, et l'on vit un duc de Savoie dépenser en pure perte cent mille écus pour en trouver un.


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MessageSujet: Re: TOUT SUR LA MAGIE NOIRE   Lun 14 Avr - 14:45

IV.
De la sorcellerie proprement dite.—Elle se confond dans les premiers siècles de notre ère avec les hérésies.—Son histoire à travers le moyen âge.—Légendes chrétiennes, et musulmanes sur ses origines.—Elle se propage au XVe et au XVIe siècle.

L'ignorance, l'extrême imperfection des connaissances humaines, l'attrait du mystère et de l'inconnu, l'ambition de se faire craindre, les malheurs d'une société grossière et sans cesse exposée à tous les désastres, telles sont les causes qui contribuèrent à propager la magie et la sorcellerie dans l'Europe du moyen âge, et cette triste aspiration vers les mystères du monde infernal prouve combien alors étaient profondes la misère et la barbarie. La croyance est universelle, et la terreur toujours persistante jusqu'au seuil même de notre temps. Tous les hérétiques des premiers siècles, de l'Église, les basilidiens, les carpocratiens, les gnostiques, les manichéens, sont accusés de magie et de sorcellerie. En France, l'existence des sorciers nous est révélée par le plus ancien de nos codes, la loi salique, qui porte au chapitre LXVII: «Quiconque en appellera un autre sorcier ou l'accusera d'avoir porté la chaudière au lieu où les sorciers s'assemblent, et ne pourra le prouver, sera condamné à deux mille cinq cents deniers d'amende.» Grégoire de Tours nous apprend que le duc Boson usait de sortilège, et qu'à cette époque, c'est-à-dire au VIe siècle, on n'entreprenait rien d'important sans recourir aux enchantements et aux philactères. Agobard, qui écrivait au commencement du IXe siècle, parle de certaines gens qui excitaient des tempêtes, et d'autres qui pouvaient, au moyen de ce qu'il appelle aura levatitia, se transporter à travers les airs. Agobard était évêque de Lyon, et l'on était si convaincu de la vérité de ce fait dans son diocèse, qu'on lui amena un jour un homme et une femme qu'on avait vus tomber du ciel.

Dans le monde entier, la contagion fut générale. Dans toutes les contrées de l'Orient soumises à l'islamisme, la magie, au moyen âge, était regardée comme la science par excellence, et il se forma sur son histoire une foule de légendes dans lesquelles se confondent en s'altérant les traditions chrétiennes et musulmanes. Suivant l'une de ces légendes, Adam lui-même aurait inventé la magie. Suivant d'autres, les descendants de Caïn s'y seraient adonnés les premiers, et Cham, au moment du déluge, en aurait été le dépositaire et le propagateur. N'osant point porter avec lui dans l'arche les livres qui traitent de cette science, il en grava en trois mille vers, suivant les uns, et en deux cent mille vers, suivant les autres, les principaux dogmes sur des pierres très-dures qui résistèrent à l'effort des eaux; ces pierres furent recueillies par son fils Misraïm, qui fonda de nombreuses écoles, entre autres la célèbre école de Tolède, où, dans les XIIe et XIIIe siècles, on venait de tous les points de l'univers étudier les sciences occultes.

Par une bizarrerie singulière, ces sciences se développèrent en raison même du progrès de la civilisation, et le XVIe siècle, qui fut vraiment le grand siècle du scepticisme, fut aussi le grand siècle de la sorcellerie. Les écrits sur les sciences occultes se multiplièrent propagés par l'imprimerie. Elles eurent alors un rapport marqué avec les affaires publiques; et les sorciers, les astrologues et les devins furent souvent consultés pour les choses du gouvernement, comme on avait fait des oracles dans l'antiquité. A cette date cependant, sous la pression des études scientifiques, la magie et la sorcellerie elle-même tentèrent de se manifester sous des formes nouvelles. Elles se rapprochèrent de la philosophie, des sciences exactes, comme on peut le voir dans le traité célèbre d'Agrippa: De la philosophie occulte. La sorcellerie fut vivement attaquée par quelques esprits éminents, tout en gardant sur la foule son antique puissance; et ce fut seulement dans les dernières années du XVIIe siècle, qu'elle perdit le prestige dont elle avait joui si longtemps.


V.
But de la sorcellerie au moyen âge.—Elle est avant tout matérialiste et sensuelle.—La religion la considère justement comme une idolâtrie sacrilège.—Elle s'inspire de toutes les sciences apocryphes.—Énumération et définition de ces sciences.—Cabale.—Science des nombres.—Astrologie judiciaire.—Divination et ses diverses branches.

Comme les sciences les plus positives elles-mêmes, la sorcellerie a un but nettement déterminé, et une série de formules et de pratiques à l'aide desquelles elle opère. Son but est le même dans tous les temps: elle veut donner à l'homme la connaissance des secrets de la nature, satisfaire tous ses désirs, lui révéler le passé et l'avenir, le rendre riche, puissant, invisible comme les esprits, léger comme les oiseaux; elle veut soumettre à sa volonté les Êtres du monde supra-sensible, réveiller les morts de leur sommeil éternel, défendre les sens du vieillard contre les atteintes de l'âge, livrer au jeune homme les femmes qu'il convoite, débarrasser l'amant de ses rivaux, l'ambitieux de ses ennemis. Elle est donc dans son but essentiellement matérialiste et sensuelle; elle est impie dans sa curiosité, parce qu'elle veut pénétrer les secrets que Dieu cache aux yeux des hommes. Elle est sacrilège, parce qu'elle parodie les prières et les mystères les plus vénérables de la religion.

Elle est absurde dans ses pratiques, parce que, laissant de côté l'expérience et l'observation, elle attribue à ce qu'elle appelle les forces élémentaires des vertus qu'elles ne possèdent pas, qu'elles ne peuvent pas posséder. Aux yeux de la religion, elle n'est qu'une idolâtrie, parce qu'elle rend aux créatures un culte qui n'appartient qu'à Dieu, et quand l'Église la proscrit, elle a, comme la science, complétement raison contre elle. Ceci posé, nous allons indiquer d'abord les diverses branches dont l'ensemble constitue les sciences occultes, et qui servent comme de prolégomènes à la sorcellerie, ce vaste pandémonium de toutes les aberrations de l'esprit humain.

Au premier rang, et dans les hautes sphères de l'illuminisme, nous trouvons la cabale, sorte de dégénérescence de la théurgie antique, qui enseigne à découvrir le sens mystérieux des livres sacrés, et à se mettre en rapport direct avec Dieu, les anges et les esprits élémentaires, au moyen de certains mots auxquels est attachée une puissance surnaturelle. On distingue deux sortes de cabales: la haute cabale, la plus ancienne, qui s'inspire des dix attributs de Dieu, couronne, sagesse, intelligence, clémence, justice, ornement, triomphe, louange, base et règne. Cette cabale reconnaît en outre soixante-douze anges, agents intermédiaires entre l'homme et Dieu, et qui prêtent leur assistance à l'homme pour l'élever au-dessus de la condition ordinaire. La cabale élémentaire, beaucoup moins abstraite, opère au moyen de quatre sortes d'esprits, qui sont: les sylphes qui président à l'air; les salamandres, au feu; les ondines à l'eau; les gnomes, à la terre.

Tandis que la cabale cherche dans la combinaison des lettres empruntées au nom de Dieu, des anges ou des génies, un pouvoir supérieur à celui de l'homme, la science des nombres cherche ce même pouvoir dans l'arrangement mystérieux des chiffres. Ces deux prétendues sciences ont été plus particulièrement cultivées par les Arabes et par les Juifs.

La divination n'est pas moins importante. Cette branche, si longtemps populaire des sciences occultes, se subdivise elle-même en une foule de branches accessoires, dont la plus célèbre est l'astrologie.

L'astrologie, ou l'art de prédire l'avenir par l'inspection des corps célestes, remonte à la plus haute antiquité. On a retrouvé dans le tombeau de Rhamsès V, roi d'Égypte, des tables astrologiques pour toutes les heures de tous les mois de l'année. Tibère et la plupart des empereurs romains consultaient les astrologues. Les plus grands esprits du moyen âge, Machiavel entre autres, ont cru à leur infaillibilité. A la cour de Catherine de Médicis, ils ont joui d'un crédit sans bornes, et quand Louis XIV vint au monde, l'astrologue Morin, placé dans la chambre même de la reine mère, fut chargé de tirer son horoscope. Parmi les mensonges des sciences occultes, il en est peu qui aient fait autant de dupes; en effet, en empruntant en quelques points, et pour certains problèmes astronomiques, la certitude du calcul, l'astrologie avait pu prédire quelquefois les révolutions qui s'accomplissent dans l'espace; et comme c'était une croyance générale que les sept planètes et les douze constellations du zodiaque, gouvernent, c'est le mot consacré, le monde, les empires et les diverses parties du corps humain, on était logique dans l'erreur en pensant que ceux qui avaient surpris dans l'infini le secret des astres pouvaient, à l'aide de ces mêmes astres, surprendre sur la terre les secrets de la vie de l'homme.

Nous trouvons encore à côté de l'astrologie une foule d'autres pratiques dont le but était de connaître l'avenir: ce sont les sorts des saints, qui s'obtenaient au moyen âge, en ouvrant au hasard les saintes Écritures, comme dans l'antiquité, les sorts virgiliens, en ouvrant les livres des poëtes; l'onéiromancie, l'aéromancie, la pyromancie, l'hydromancie, la physiognomonie, la métoposcopie, la cartomancie, l'astrogalomancie, la léconomancie, l'alphitomancie, la rhabdomancie, la cléidomancie, l'anthropomancie, la géomancie, etc., c'est-à-dire la divination par les songes, par les phénomènes de l'air, les mouvements de la flamme, l'eau, les lignes du visage, les rides du front, les lignes de la main, les cartes, les dés, les pierres précieuses, la farine, la baguette, les clefs, les entrailles de l'homme, l'aspect de la terre, etc.

Ces divers modes de divination étaient pour la plupart très-inoffensifs dans la pratique, mais presque toujours désastreux dans leurs résultats, parce qu'en trompant sur l'avenir ceux qui étaient assez crédules pour y avoir recours, ils les enchaînaient d'avance à une sorte de fatalité mystérieuse et anéantissaient leur libre arbitre. Aussi l'Église eut-elle toujours le soin de proscrire, quelles qu'elles fussent, toutes les pratiques dont nous venons de parler, en les considérant avec raison comme un danger pour l'homme et un outrage envers Dieu, qui seul peut lire dans l'avenir.
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MessageSujet: Re: TOUT SUR LA MAGIE NOIRE   Lun 14 Avr - 14:46

VI.
De l'alchimie.—De la nécromancie.—Comment on évoquait les morts.—Recettes pour faire des spectres.—Causes rationnelles de la croyance populaire aux apparitions des âmes et aux revenants.

Bien que l'alchimie soit en général considérée comme une aberration des sciences naturelles plutôt que comme l'une des subdivisions de la magie et de la sorcellerie, nous croyons cependant devoir lui donner place à côté de la cabale, de l'astrologie et de la divination, parce qu'il est évident qu'elle s'en est inspirée à toutes les époques, comme elle s'est inspirée également de la démonologie. Pour Albert le Grand et Roger Bacon, l'alchimie, sauf ce tribut d'erreurs qu'il faut toujours payer à son siècle, n'avait été, il est vrai, que l'étude des combinaisons agrégatives de la matière et des lois de l'organisme. Mais c'était là une exception; et dès les premiers temps du christianisme, l'école d'Alexandrie avait imprimé à l'art hermétique une direction mystérieuse. La table d'émeraude et ses formules cabalistiques ouvrirent un vaste champ à d'avides spéculations; et à travers les siècles de ténèbres, l'alchimie, pour le plus grand nombre, comme pour Nicolas Flamel, eut un but spécial, la production de l'or. Afin de donner à ses opérations une puissance plus grande, l'alchimie ne se borna point à essayer entre les divers corps organisés d'innombrables combinaisons; tout en soufflant ses fourneaux pour faire germer des lingots, elle invoqua l'influence des astres, elle emprunta de nombreuses formules à la cabale, à l'astrologie, à la science des nombres, et souvent même, quand la misère démentait ses efforts, quand l'or, objet de tant de veilles et d'espérances, ne bouillonnait pas sur le réchaud brillant, elle s'adressait au démon, et lui offrait une âme en échange d'une formule.

Ainsi, de quelque côté que l'on se tourne dans ce monde de l'erreur et du rêve, on trouve toujours l'homme aux prises avec l'impossible, et cette lutte obstinée a pour théâtre la création tout entière. Quand l'astrologue interroge le ciel, la nécromancie interroge la terre, pour en faire sortir les morts. Elle évoque les âmes, comme la cabale évoque les anges, comme la sorcellerie évoque le démon. Suivant le poëte Lucain, elle opérait au moyen de l'emploi magique d'un os de la personne morte, qu'elle voulait faire apparaître. Les rabbins avaient la même croyance: il fallait, suivant eux, prendre le crâne de préférence, sans doute parce que c'était là que l'âme avait fait sa demeure, lui offrir de l'encens et l'invoquer jusqu'à ce que le mort lui-même eût apparu, ou qu'un démon, prenant sa figure, se présentât et parlât en son nom. Le plus ordinairement, on employait les prières de l'Église, en y ajoutant quelques formules empruntées à la sorcellerie. On disait aussi que lorsqu'on pouvait se procurer quelques débris des cadavres, ou quelques poignées de la terre dans laquelle ils avaient reposé, et, à défaut de cette terre, un fragment des pierres de leur tombeau, un morceau de leur croix funèbre, on parvenait, en soumettant ces objets à l'action du feu, à produire, par la combustion, des spectres, représentant exactement la figure de ceux que l'on cherchait à rappeler de l'autre monde; on assurait de plus que ces spectres, animés d'une vie factice et éphémère, répondaient distinctement à toutes les questions qui leur étaient adressées.

Partant de cette idée que l'âme, dégagée des liens de la chair, a pris une entière possession de ses attributs immortels, et qu'elle a l'intuition complète du passé et de l'avenir, le nécromancien évoquait les morts pour connaître dans quel état, béatitude ou damnation, se trouvaient ceux auxquels il s'intéressait et dont il était séparé par la tombe; pour s'éclairer lui-même sur les mystères de la vie future; pour connaître l'époque de sa mort, de celle de ses proches ou de ses ennemis; enfin pour s'éclairer sur tout ce qui est indépendant de la prévoyance humaine. Les morts, du reste, n'attendaient pas toujours, on le sait, qu'on les rappelât de leur froid sommeil comme un homme qu'on réveille violemment; ils revenaient souvent d'eux-mêmes, quand ils avaient de leur vivant promis de revenir, comme le spectre de Marsile Ficin, le traducteur de Platon, qui se rendit, monté sur un cheval blanc, chez son ami Michaël Mercato, auquel il s'était engagé de révéler les secrets de l'autre monde. Ici encore l'erreur était logique; car elle n'est que le résultat d'un dogme irrécusable, l'immortalité de l'âme. La seconde vie, telle que le christianisme nous l'enseigne, telle que nous l'espérons, se continue avec les souvenirs et les affections de la vie première; elle s'illumine même de clartés nouvelles: dès lors, pourquoi l'âme qui se souvient de la terre ne reviendrait-elle pas, libre et dégagée de ses entraves, vers cette terre qui garde son enveloppe mortelle, et où la rappelle le souvenir? Ainsi, dans ces mystères de la mort et de la nécromancie elle-même, la crédulité qui nous fait sourire n'est que la conséquence immédiate de la plus chère des espérances qui nous consolent. Malgré cette excuse, la nécromancie fut également condamnée dans l'antiquité et les temps modernes. Sous Constantin, ceux qui s'y livraient encoururent la peine capitale; plus tard on les brûla; et à toutes les époques, on les assimila aux violateurs des tombeaux, dans la pensée qu'ils troublaient comme eux le repos de la mort.

VII.
La sorcellerie complète, par l'intervention du diable, ses emprunts aux diverses branches des sciences occultes.—Caractère et puissance du diable dans les légendes démonographiques.—Comment l'homme se met en rapport avec lui.—Du contrat diabolique et de ses conséquences.—De la complaisance et de la méchanceté du démon.—Les deux pôles de la vision.—Le pacte de Palma Cayet.—Histoires diverses.

Les diverses sciences occultes dont nous venons de parler: la cabale, l'astrologie, la divination, la nécromancie forment chacune, on l'a vu, une spécialité distincte et limitée; mais il en est une qui les domine et les résume toutes: c'est la magie, devenue la sorcellerie du moyen âge. La sorcellerie, en effet, prédit l'avenir, change et transforme non-seulement les éléments, mais même les hommes; elle évoque les morts; elle tue les vivants à la distance de plusieurs centaines de lieues; elle donne à ses adeptes la science sans étude, la fortune sans travail; elle opère une foule de prodiges; et telle est la terreur qu'elle inspire, ou la fascination qu'elle exerce sur ses initiés, que de toutes parts les bûchers s'allument pour les consumer, tandis qu'un grand nombre d'entre eux aiment mieux mourir plutôt que de renier la science qui leur coûte la vie.

Comment, dans la croyance du moyen âge, le sorcier arrivait-il à cette puissance supérieure? comment opérait-il ces prodiges qui ont épouvanté les vieux âges? Il les opérait par l'entremise du démon; en d'autres termes, la sorcellerie n'est que le résumé des sciences occultes élevées, par l'intervention de Satan, à leur dernier degré de puissance. La tradition du passé tout entière est là pour l'attester. Satan, en effet, pour les hommes du moyen âge, n'est point le vaincu de l'abîme; c'est le principe du mal des traditions indiennes, égal en puissance au principe du bien: c'est le dispensateur des trésors, des plaisirs, le révélateur de tous les secrets de la nature; c'est le maître de tous ceux qui veulent jouir et savoir, qui escomptent pour des biens périssables les biens éternels, afin d'obtenir l'accomplissement de leurs rêves ou de leurs passions. Voyons maintenant comment s'établissent les relations qui mettent l'homme en contact avec le démon.

Nous ne parlerons point ici des possessions, qui sont attestées par l'Écriture et par l'Évangile. Nous nous occuperons seulement des rapports qui s'établissent dans la sorcellerie et qui sont relatés dans toutes les légendes démonographiques.

Dans la possession, telle qu'elle est définie par la tradition religieuse, c'est le diable qui s'empare de l'homme, qui le pénètre en se transfusant, et qui substitue sa volonté à la sienne. Le possédé est dompté à son insu, et toujours contre son gré. Dans la sorcellerie, au contraire, c'est l'homme qui va au-devant de Satan. Il l'appelle, il l'invite, il lui offre son âme en échange de ses services, l'asservit à ses ordres et lui dérobe ses secrets. D'un côté, c'est un maître; de l'autre, c'est un esclave. Quand le sorcier, ou celui qui aspire à l'être, veut s'unir avec le démon, il commence par renier le baptême; il se livre, comme pour donner des arrhes, aux profanations les plus sacrilèges, et rédige un contrat en bonne forme, dans lequel est stipulé un double engagement: Le diable qui par là gagne une âme, ne manque jamais de venir signer; d'apposer sa griffe, le mot est resté dans la langue. Si le contrat porte que le diable est tenu d'obéir à tous ceux qui se serviront du pacte, il doit se tenir à la disposition des requérants; s'il n'y a point de stipulation semblable, il n'est obligé qu'envers la personne qui a contracté. Dans le premier cas, le pacte est exprès; dans le second cas, il est tacite. Il y a des contrats perpétuels, et des contrats temporaires; les premiers sont valables jusqu'à la fin du monde entre les mains de ceux qui les possèdent; les seconds doivent être renouvelés à leur expiration. Dès ce moment, Satan se trouve vis-à-vis de l'homme dans un vasselage complet, et il est juste de dire qu'il remplit toujours ses engagements avec une grande exactitude. Il se laisse enfermer dans des coffres, dans des boîtes, dans des anneaux; il se laisse mettre en bouteille, et, pour mieux servir ses maîtres, on l'a vu rester près d'eux sous la forme de divers animaux. Simon le Magicien et le docteur Faust l'avaient condamné à entrer dans le corps d'un chien noir. Delrio raconte que Corneille Agrippa de Nettesheim avait deux chiens, Monsieur et Mademoiselle, qui couchaient dans son lit, ou se tenaient des jours entiers sur sa table de travail. Le jour de sa mort, Corneille Agrippa, touché de repentir, appela Monsieur dans son lit, et lui ôtant le collier nécromantique qu'il portait au cou: «Arrière, Satan! lui dit-il, arrière, tu m'as perdu; je te maudis et te renie; laisse-moi, du moins, mourir en paix.» Le chien, à ces mots, se sauva en hurlant, la queue basse, et courut se noyer dans la Saône. On a su depuis qu'il ne s'était pas noyé, mais, qu'après avoir traversé la France, il était passé à la nage en Angleterre, et qu'alors il s'était attaché à une jeune femme de bonne famille, qui avait failli être brûlée pour ce fait.

La croyance aux pactes infernaux fut, pour ainsi dire, universelle au moyen âge. Tandis que les mystiques, les âmes tendres et rêveuses, se tournaient par l'extase et l'aspiration religieuse vers les joies et les clartés du ciel, ceux qui blasphémaient et qui souffraient, les méchants qui rêvaient le crime, les âmes souillées qui rêvaient de monstrueux plaisirs, s'envolaient aussi vers les régions de l'inconnu, mais en se tournant vers l'autre pôle, et les proscrits de cette société incomplète et barbare demandaient au Proscrit de l'abîme les biens que le monde leur refusait, les joies coupables qu'ils ne pouvaient demander à Dieu. Chaque fois qu'un homme s'élevait par son génie ou sa fortune au-dessus de la foule, cette foule ignorante et effrayée l'accusait d'avoir contracté avec Satan. On disait qu'Albert le Grand lui avait demandé le mot des secrets de la nature; l'abbé Trithème, le mot du mystère humain; Virgile, le don de l'harmonie des vers; Faust, la science universelle. Louis Gauffredi de Marseille se donna au diable pour inspirer de l'amour aux femmes rien qu'en soufflant sur elles. Palma Cayet, l'auteur de la Chronologie novennaire, s'était également livré corps et âme, à condition que l'esprit malin le rendrait toujours vainqueur dans ses disputes contre les ministres de la religion réformée et qu'il lui conférerait le don des langues. Le contrat fut trouvé signé de son sang dans ses papiers après sa mort; et comme le diable, au moment de son décès, était venu chercher son corps et son âme, on fut obligé, pour tromper ceux qui devaient le porter en terre, de mettre de grosses pierres dans son cercueil. En 1778 même, à Paris, un laquais qui venait de perdre son argent au jeu se vendit dix écus pour avoir un enjeu nouveau; et vers le même temps, l'Anglais Richard Dugdale, qui voulait devenir le meilleur danseur du Lancashire, se vendit pour une leçon de danse. La légende de Théophile, rêvée primitivement par Eutychien, et transmise au moyen âge par Siméon le Métaphraste et Hroswita, l'abbesse de Gandersheim en Saxe, prouve que la croyance aux faits de cette nature remonte à une haute antiquité.

Satan, nous l'avons dit plus haut, remplissait exactement ses engagements aussi longtemps que durait le contrat; mais à l'expiration de ce contrat, il ne manquait jamais de venir réclamer le prix de ses complaisances, et alors il fallait les payer cher; il n'attendait pas toujours, pour s'indemniser de ses peines, que la fièvre ou la vieillesse emportât son débiteur dans l'autre monde, et pour jouir plus vite de cette âme qui s'était vendue et qu'il regardait comme son bien, comme un bien sur lequel il avait hypothèque, il la déliait souvent lui-même des liens de sa prison charnelle, en tordant le cou à l'homme dont il s'était fait pour quelques jours l'esclave obéissant, afin d'être son maître dans l'éternité.


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MessageSujet: Re: TOUT SUR LA MAGIE NOIRE   Lun 14 Avr - 14:47

VIII.
Recettes pour faire apparaître le diable et les esprits élémentaires.—Les noms efficaces et les lettres éphésiennes.—Théorie des conjurations diaboliques.—Statistique des sujets de Béelzébuth invoqués par les sorciers.—Les ducs et comtes de l'enfer.—Revue des légions sataniques.

Ce n'était point seulement par le pacte ou contrat infernal que l'homme se mettait en rapport direct avec Satan. On pouvait encore, à l'aide de certaines opérations, de certaines formules le forcer à sortir de l'abîme, soit pour s'en servir momentanément, soit pour se l'attacher, comme dans le pacte, durant un temps déterminé. «Les magiciens, dit Clément d'Alexandrie, se font gloire d'avoir le démon pour ministre de leur impiété, et de le réduire par leurs évocations à la nécessité de les servir.» «D'où vient, dit également saint Augustin, que l'homme, souillé de tous les vices, fait des menaces au démon pour s'en faire servir comme par un esclave.» On voit aisément, par ces deux passages, que la théorie des conjurations était connue dès les premiers siècles de l'Église chrétienne; et en consultant les écrivains orientaux, grecs et romains, on en suit les traces à travers les siècles païens.

Dans l'Inde, on pratiquait la conjuration en regardant certaines couleurs consacrées, et en prononçant huit mots qui signifiaient: DIEU EST PUISSANT ET GLORIEUX. C'était ce qu'on appelait les noms efficaces. Chez les Grecs, les lettres éphésiennes jouaient le même rôle; en Égypte, on opérait en nommant les trente-six génies qui présidaient au zodiaque; enfin le moyen âge s'inspira de toutes les traditions antérieures; il ramassa des mots grecs, latins, chaldéens, qu'il mêla au hasard en les défigurant; il y ajouta, par une profanation sacrilége et toujours dans un but coupable, les mots de la liturgie, les noms les plus respectables, et il en forma une langue barbare, inintelligible, à l'usage des rites de la sorcellerie, en un mot, l'argot infernal.

Les démonographes sont loin d'être d'accord sur la manière d'opérer dans les conjurations. Agrippa en reconnaît de trois espèces: 1° par les éléments; 2° par le monde céleste: étoiles, rayons, force, influence; 3° par le monde des intelligences: religion, mystère, sacrement, Dieu. Il est facile de reconnaître à première vue que le mysticisme, l'astrologie et la cabale se confondent dans cette théorie bizarre. «Pour opérer dans la magie, dit Agrippa, il faut une foi constante, de la confiance, et la ferme conviction que l'on réussira.» Ici, on le voit, nous retrouvons la théorie des magnétiseurs. Suivant Agrippa, la voix a une grande puissance en ce qu'elle exprime l'intention; mais elle ne l'exprime que passagèrement. L'écriture qui la fixe, qui lui donne un corps, est douée d'une puissance encore plus grande. On doit donc, quand on fait une conjuration magique, exprimer le vœu, d'abord par la voix, et ensuite par l'écriture; et ce n'est pas à l'écriture vulgaire qu'il appartient de figurer dans de si grands mystères; il faut au magicien, comme aux prêtres des anciens cultes, un caractère accessible aux seuls initiés, une écriture céleste, dont le type se trouve dans la juxtaposition des astres. Cette formule est certainement parmi toutes celles que nous avons rencontrées la moins déraisonnable, et on peut par là juger des autres.

Suivant quelques écrivains, moins enthousiastes qu'Agrippa de l'astrologie et de la cabale, on ne doit dans les invocations s'adresser qu'aux démons; mais pour que l'opération soit efficace, il faut les nommer tous, et c'est là que l'embarras commence, car il est fort difficile, à cause du nombre, de connaître tous les sujets de ce que les démonographes appellent la monarchie infernale, laquelle se compose: 1° de Béelzébuth, empereur de toutes les légions diaboliques; 2° de sept rois, qui sont: Bael, Pursan, Byleth, Paymon, Bélial, Asmodée, Zapan, lesquels règnent aux quatre points cardinaux; 3° de vingt-trois ducs, de dix comtes, de onze présidents, et de quelques centaines de chevaliers; 4° de six mille six cent soixante-six légions, formées chacune de six mille six cent soixante-six diables, soit pour le tout: quarante-quatre millions quatre cent trente-cinq mille cinq cent cinquante-six diables. Quelques docteurs en sorcellerie comptent différemment en prenant toujours le chiffre 6 pour multiplicateur cabalistique; ainsi ils reconnaissent parmi les esprits de ténèbres soixante-douze princes (6 X 12), et sept millions quatre cent cinq mille neuf cent vingt-six démons (1 234 321 X 6). Il est à remarquer que ce dernier nombre offre, tant à gauche qu'à droite, les quatre nombres qui constituent la tétrade de Pythagore et de Platon. En opérant sur de pareilles quantités, l'erreur était inévitable, et le cérémonial d'ailleurs se compliquait tellement, que quand l'opération manquait, le sorcier pouvait toujours, pour lui-même ou pour les autres, invoquer l'excuse de l'oubli. Du reste, pour remédier aux défaillances de la mémoire, on avait des livres où se trouvaient consignées les évocations et les conjurations les plus redoutables, et ces livres, soumis eux-mêmes à une foule de consécrations magiques, acquéraient par ce seul fait une sorte de pouvoir surnaturel. Nous avons nommé les clavicules et les grimoires.

IX.
De la bibliothèque infernale.—Clavicula et grimorium.—Arcanum arcanorum, etc.—Absurdité et impiété grossière des livres de conjurations.—Exemples.—Satan assigné par huissier.—Formalités accessoires, sacrifices et présents.—Histoire d'un étudiant de Louvain.—Les mariages diaboliques.

Les clavicules sont attribuées à Salomon. On sait, en effet, que d'après les croyances de l'Orient, croyances qui, du reste, ne paraissent pas remonter au delà des premiers siècles de l'islamisme, Salomon avait asservi à ses ordres tous les êtres du monde invisible; il tenait les génies dans un état complet de dépendance; son nom apposé sur un cachet suffisait seul à donner à ce cachet une vertu magique; et l'on pensait que ce roi, qui savait et qui pouvait tant de choses, n'avait point voulu quitter la terre sans y laisser pour l'instruction des hommes des monuments de son génie. Il avait dans ce but composé un livre de formules, auquel il avait donné le nom de clavicule (clavicula), c'est-à-dire petite clef avec laquelle on ouvre en quelque sorte tous les secrets de la nature et les portes de l'enfer. Si les adeptes de la sorcellerie s'étaient donné la peine de vérifier l'âge des clavicules, ils n'auraient point tardé à reconnaître qu'ils étaient dupes d'une étrange mystification; car on y cite non-seulement Porphyre et Jamblique, mais Paracelse, Agrippa et d'autres personnages du XVIe siècle.

Les grimoires n'étaient pas regardés comme aussi anciens que les clavicules; mais on ne leur en attribuait pas moins une puissance irrésistible. Outre ceux qui sont restés manuscrits, nous en connaissons plusieurs imprimés, qui tous ont été fort célèbres. L'un sous le titre de Mystère des mystères, perle rare et unique des secrets—nous traduisons littéralement: Arcanum arcanorum, gemma rara et unica secretorum—a circulé sous le nom du pape Honorius. Les autres sont intitulés: l'Art du grimoire (Ars grimoriæ) le Grimoire vrai (Grimorium verum), et le Grand grimoire.

Pour donner à ces livres absurdes, où les choses les plus respectables sont indignement profanées, une autorité plus grande, on disait qu'il fallait les faire baptiser par un prêtre, et les nommer comme un enfant. Le prêtre recommandait aux puissances infernales d'être favorables à ce néophyte; et il sommait l'une de ces puissances de venir, au nom de toutes, apposer son cachet sur le volume. Le livre signé et scellé, tout l'enfer se trouvait soumis aux volontés de celui qui s'en servait, et il n'y avait point de diable qui ne se fît un plaisir et un honneur d'obéir.

Tout ce que l'imagination la plus déréglée peut inventer de plus absurde, tout ce que l'impiété peut rêver de plus sacrilège se trouve réuni dans ces volumes, que l'on peut regarder avec raison comme devant occuper le premier rang parmi les monuments de la sottise humaine. Les noms de la Trinité, de Dieu, de Jésus-Christ, de sa mère, des saints et des martyrs, les versets de l'Ancien et du Nouveau Testament y sont profanés sans cesse. On peut en juger par la conjuration suivante, extraite du grimoire faussement attribué au pape Honorius, et connue sous le nom de: Conjuration universelle pour tous les esprits.

«Moi (on se nomme), je te conjure, esprit (on nomme l'esprit qu'on veut évoquer), au nom du grand Dieu vivant qui a fait le ciel et la terre et tout ce qui est contenu en iceux, et en vertu du saint nom de Jésus-Christ, son très-cher fils, qui a souffert pour nous mort et passion à l'arbre de la croix, et par le précieux amour du Saint-Esprit, trinité parfaite, que tu aies à m'apparaître sous une humaine et belle forme, sans me faire peur, ni bruit, ni frayeur quelconque. Je t'en conjure au nom du grand Dieu vivant, Adonay, Tetragrammaton, Jehova, Tetragrammaton, Jehova, Tetragrammaton, Adonay, Jehova, Othéos, Athanatos, Adonay, Jehova, Othéos, Athanatos, Ischyros, Athanatos, Adonay, Jehova, Othéos, Saday, Saday, Saday, Jehova, Othéos, Athanatos, Tetragrammaton, à Luceat, Adonay, Ischyros, Athanatos, Athanatos, Ischyros, Athanatos, Saday, Saday, Saday, Adonay, Saday, Tetragrammaton, Saday, Jehova, Adonay, Ely, Agla, Ely, Agla, Agla, Agla, Adonay, Adonay, Adonay! Veni (on nomme l'esprit), veni (on nomme l'esprit), veni (on nomme l'esprit).

«Je te conjure derechef de m'apparaître comme dessus dit, en vertu des puissances et sacrés noms de Dieu que je viens de réciter présentement, pour accomplir mes désirs et volontés sans fourbe ni mensonge, sinon saint Michel, archange invisible, te foudroiera dans le plus profond des enfers; viens donc pour faire ma volonté.»

Le style des conjurations n'est point uniforme; il varie suivant les temps et les lieux, et l'on y trouve souvent les traces des plus anciennes idolâtries. En Espagne, on y voit figurer l'ange-loup; en Allemagne, au XVIe siècle, on y emploie avec une préférence marquée la syllabe OUM[1], qui désigne la trinité hindoue, Shiva, Wishnou, Brama, et à laquelle l'Inde attribue un pouvoir sublime.

On pouvait aussi quelquefois faire venir le diable en employant tout simplement envers lui les formalités de la justice ordinaire. M. de Saint-André, dans ses Lettres au sujet de la magie[2], dit avoir connu un bénéficier, homme de beaucoup d'esprit, qui prétendait que l'on pouvait forcer Satan à comparoir, au moyen de sommations réitérées, faites par des sergents approuvés, le tout sur papier de formule bien et dûment contrôlé.

Si grande que fût la puissance évocatrice des mots employés dans les conjurations, ces mots cependant ne suffisaient point seuls à déterminer Satan à paraître; il fallait corroborer leur action par diverses formalités accessoires. On sacrifiait des chats, des chiens, des poules noires; on portait sur soi de la corde de pendu; on cherchait surtout à se procurer des œufs de coq, pondus dans le pays des infidèles; on lavait avec grand soin la chambre où devait se passer la cérémonie, et l'on y dressait une table sur laquelle on plaçait, avec une nappe blanche, du pain, du fromage, des noix, ou toute autre chose, ne fût-ce même que des savates ou des chiffons, car Satan ne faisait jamais rien pour rien. Il fallait toujours, lorsqu'on le dérangeait, lui offrir quelque petit présent, sous peine d'être étranglé; il fallait surtout avoir soin de tracer autour de soi le pentacle, cercle magique, où le sorcier s'établissait comme dans un asile inviolable.

Le diable ne répondait point toujours en personne aux sommations de ceux qui le conjuraient. Il se contentait quelquefois de leur envoyer des délégués; ou de faire apparaître devant eux et de mettre à leur disposition les individus ou les objets dont on lui avait fait la demande. Ces sortes de communications n'étaient pas, du reste, sans danger, et ceux qui n'étaient point suffisamment au courant de la science risquaient souvent leur vie. C'est ce qui arriva, en 1526, à Louvain. Un sorcier célèbre qui, à cette époque, habitait cette ville, sortit un jour de chez lui en laissant à sa femme les clefs de son cabinet, avec la recommandation expresse de n'y laisser entrer personne; mais celle-ci, indiscrète comme toutes les personnes de son sexe, les remit à un étudiant qui habitait la même maison. Poussé par une curiosité fatale, ce jeune homme franchit le seuil de la retraite mystérieuse. Un livre est ouvert sur une table; il lit.... Au même moment, un coup terrible ébranle la porte. Satan paraît, et d'une voix menaçante: «Me voilà, que me veux-tu?» L'étudiant pâlit et ne sait que répondre. Alors Satan, furieux de s'être dérangé pour rien, le saisit à la gorge, et l'étrangle. Le sorcier rentrait en ce moment. Il voit des diables perchés sur sa maison, et, tout surpris, il leur fait signe d'approcher. L'un d'eux se détache de la bande, et lui raconte ce qui s'est passé. Il court à son cabinet, et trouve en effet l'étudiant étendu mort sur le pavé. Que faire de ce cadavre? On va peut-être l'accuser de meurtre? Et alors comment se justifier? Après un moment de réflexion, il ordonne au diable qui avait commis l'assassinat de passer dans le corps de sa victime. Le diable obéit, et va se promener sur la place, à l'endroit le plus fréquenté des écoliers. Mais tout à coup, sur un nouvel ordre, le démon quitte ce corps qu'il vient d'animer d'une vie factice, et le cadavre retombe au milieu des promeneurs saisis de crainte. On pensa longtemps que l'étudiant avait été frappé de mort subite; mais plus tard la vérité fut découverte; et le sorcier, obligé de quitter Louvain, alla répandre dans la Lorraine les poisons de son abominable doctrine.

Il ne suffisait pas aux sorciers, et surtout aux sorcières, de pactiser avec Satan. Celles-ci, pour le tenir dans une dépendance plus grande, pour obtenir de lui de plus éclatantes faveurs, le traitaient souvent comme un amant ou un mari. Les exemples de ces mariages diaboliques, sont assez nombreux au moyen âge. En 1275, la date est précise, on découvrit une femme de soixante ans qui, depuis longues années déjà, avait épousé un démon. A l'âge de cinquante-trois ans elle donna le jour à un monstre qui avait une tête de lapin, une queue de serpent et le corps d'un homme. Elle le nourrit pendant deux ans avec de la chair de petits enfants étranglés avant le baptême; au bout de ce temps le monstre disparut sans qu'on en ait jamais entendu parler depuis.


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MessageSujet: Re: TOUT SUR LA MAGIE NOIRE   Lun 14 Avr - 14:48

X.
Des instruments et des outils de la sorcellerie.—Des diverses espèces de talismans.—La peau d'hyène, les pierres précieuses et les talismans naturels.—Les talismans fabriqués.—Comment on les faisait.

Ainsi que les mathématiques, ou les sciences physiques et naturelles, la sorcellerie avait une foule d'instruments particuliers, à l'aide desquels elle opérait. Ces instruments, comme les livres dont nous venons de parler, portaient en eux-mêmes une puissance extraordinaire, puissance qui leur était communiquée par le sorcier lui-même, et qui souvent aussi était inhérente à leur nature. Ils comprenaient sous le nom générique d'abraxas, talismans, phylactères, cercles, anneaux, carrés magiques, etc., une foule d'objets très-différents entre eux et dont il suffira d'indiquer ici les principaux, en laissant toutefois de côté les amulettes, qui appartiennent plutôt à l'histoire des pratiques superstitieuses qu'à celle de la sorcellerie.

Parmi les talismans naturels, nous indiquerons la peau d'hyène, qui rendait invulnérable au milieu des combats; la mandragore, qui inspirait l'amour; la valériane et le sang des chiens noirs, qui éloignaient les démons quand le sorcier voulait se débarrasser de leur présence; la plupart des pierres précieuses, telles que l'émeraude, qui préservait de la foudre, et rendait la mémoire infaillible; la topaze, qui guérissait la mélancolie; le rubis, qui apaisait les soulèvements des sens, etc. L'hippomanès, excroissance charnue de couleur brune, qui se trouve à la tête des poulains lors de leur naissance, était considérée du temps même de saint Augustin comme un agent des plus puissants pour produire l'amour; il en était de même du crapaud desséché. La membrane dont la tête de certains enfants est couverte à leur naissance, faisait réussir les avocats au barreau. La pierre alectorienne donnait aux soldats une victoire assurée. Une autre pierre qui, suivant Isidore de Séville, se trouve dans la tête d'une tortue des Indes, procurait la faculté de deviner l'avenir à ceux qui portaient habituellement cette pierre sur leur langue. Ces talismans formaient ce que l'on pourrait appeler l'arsenal inoffensif des sciences occultes, et leur usage avait sa source dans une sorte de naturalisme panthéistique plutôt que dans la sorcellerie proprement dite. Quant aux talismans fabriqués, ils appartiennent de plein droit à la magie et souvent à la magie la plus noire.

L'emploi de ces étranges objets remonte à la plus haute antiquité. Périclès portait au cou un talisman que lui avaient donné les dames d'Athènes. César, dit-on, s'en servait également. Les anciens attribuaient les plus grandes vertus au mot abracadabra, Quintus Sérénus prétend que ce mot écrit sur du parchemin et pendu au cou, est un remède infaillible contre la fièvre. Les anneaux constellés, les bagues d'argent baptisées, étaient de sûrs préservatifs contre la peste, la rage, l'épilepsie, etc. On trouve les talismans dans l'Inde, chez tous les peuples de l'Orient, comme chez tous les peuples sauvages. Au moyen âge, on avait recours, pour les confectionner, à toutes les forces vives des sciences occultes, à l'astrologie, à la cabale, à l'évocation des démons, et l'on profanait même les mots les plus saints, les cérémonies les plus vénérables de la religion.

On faisait des talismans ou abraxas avec des mots efficaces, dont les plus célèbres sont les mots agla et abracadabra. On en faisait avec les noms des diables, avec des chiffres, avec des figures astrologiques, et pour ces derniers, voici comment on raisonnait: «Les astres, disait-on, sont des intelligences, ils voient, ils entendent; leurs rayons ont une sorte d'instinct qui leur fait chercher par sympathie dans le monde inférieur tout ce qui se rapporte à leur nature. Or, en reproduisant sur des pierres ou des métaux la figure ou le chiffre d'un astre, on intéresse cet astre à ces pierres ou à ces métaux, et il leur communique quelque chose de sa propre vertu.»—«Pour attirer la vertu du soleil, dit Agrippa, qu'il faut toujours citer en ces ténébreuses matières, on enveloppe le symbole ou signe astronomique du soleil dans des fils d'or ou de soie jaune, couleur des rayons solaires; on suspend ce signe à son cou, et l'astre y dépose quelques-unes de ses vertus.» On connaît la fameuse médaille où Catherine de Médicis est représentée toute nue entre les constellations du Bélier et du Taureau, le nom d'Ébullé Asmodée sur la tête, un dard à la main, un cœur dans l'autre, et dans l'exergue le nom d'Oxiel.

Le plus célèbre des talismans du moyen âge était, sans contredit, l'anneau de Salomon; quelques rois, parmi les plus puissants, se sont vantés de le posséder; mais ils se sont vantés à tort, car on sait d'une manière certaine, disent les cabalistes, que cet anneau incomparable repose dans le tombeau même de ce grand prince au milieu des îles de l'océan Indien. Il y avait aussi des talismans avec les noms de Jésus-Christ ou de saint Pierre, de saint Paul ou de saint Michel. Le concile de Laodicée, au IVe siècle, en interdit l'usage sous peine d'excommunication, et déclara que ceux qui les fabriqueraient seraient chassés de l'église.

XI.
Le miroir magique.—La pistole volante.—Les têtes d'airain et l'androïde.—Les armes enchantées.—Les coupes.—Les bagues.—L'anneau du voyageur et l'anneau d'invisibilité.—Le téraphim.—Le carré.—La baguette magique.—Comment elle se fabriquait.

L'une des pièces les plus importantes de l'arsenal des sorciers était les miroirs magiques. Dans l'antiquité païenne les sorcières de la Thessalie écrivaient avec du sang humain leurs oracles sur ces miroirs, et les oracles se réfléchissaient dans le disque de la lune, où on pouvait les lire comme dans un livre. L'usage de ces instruments devint extrêmement commun en France, au XVIe siècle, et l'on assure que Catherine de Médicis en possédait un à l'aide duquel elle apercevait d'un coup d'œil tout ce qui se passait en France, et tout ce qui devait y arriver dans l'avenir. Pasquier rapporte qu'elle y vit un jour une troupe de jésuites qui s'emparaient du pouvoir; à cette vue elle entra dans une telle colère, qu'elle voulut briser l'instrument révélateur, mais on le lui arracha des mains, et à la fin du XVIIe siècle, en 1688, on assurait que l'on pouvait encore le voir au Louvre. Les ennemis des jésuites accusèrent le père Coton de faire voir à Henri IV, dans un miroir étoilé, ce qui se passait dans les cours et les cabinets de tous les princes.

La pistole volante était une monnaie marquée d'un signe magique, qui revenait toujours dans la poche de son maître, comme les cinq sols du Juif errant.

Les têtes d'airain, fabriquées sous l'influence de certaines constellations, avaient la faculté de parler, et elles donnaient des avis sur les affaires importantes. Virgile, Robert de Lincoln, Roger Bacon, en possédaient plusieurs qui ne se trompaient jamais. Albert le Grand avait même fait un homme entier, à la confection duquel il travailla trente ans; cet homme d'airain se nommait l'androïde; mais il fut brisé par saint Thomas d'Aquin, qui ne pouvait supporter son babil.

Les armes enchantées, qui rappellent les armes forgées par Vulcain, et qui jouent un si grand rôle dans les romans de chevalerie, avaient la propriété de faire voler en éclats toutes celles qui leur étaient opposées, et de ne jamais se briser elles-mêmes.

Les coupes magiques communiquaient aux breuvages, dont elles étaient remplies, des vertus extraordinaires, et se brisaient lorsqu'elles étaient touchées par une liqueur empoisonnée.

Les peaux d'enfants sur lesquelles on traçait des caractères magiques, préservaient des maladies, et reculaient indéfiniment la vieillesse.

Les bagues constellées renfermaient de petits démons, appelés servants, qui remplissaient les fonctions de domestiques, et se rendaient en un clin d'œil, d'un bout du monde à l'autre, pour remplir les commissions dont on les avait chargés. Quand le possesseur de la bague avait besoin d'un avis, il approchait le chaton de son oreille, et le servant répondait à toutes ses questions. L'historien Froissart, qui séjourna longtemps à la cour de Gaston Phoebus, comte de Foix, nous apprend que ce seigneur avait un de ces lutins à ses ordres. Le lutin avait d'abord été attaché à un prélat romain qu'il avait quitté pour un baron gascon. Celui-ci, qui était vassal du comte de Foix, avait consenti à ce qu'il passât au service de son seigneur. Il était fort utile au comte qui l'employait comme courrier, et l'envoyait dans tous les pays du monde pour savoir ce qui s'y passait. Le lutin se rendait immédiatement aux endroits désignés, et revenait presque aussitôt donner des nouvelles à son maître.

L'anneau du voyageur faisait parcourir, sans fatigue, des espaces immenses, et l'anneau d'invisibilité, réminiscence de l'anneau de Gigès, avait la propriété, comme son nom l'indique, de dérober a tous les yeux la personne qui le portait. On pouvait aussi se rendre invisible au moyen d'un tibia de chat noir, bouilli dans des herbes magiques, ou d'une petite pierre qui se trouve dans le nid de la huppe.

Le téraphim, espèce d'automate dans le genre de l'androïde, se fabriquait également sous l'influence des constellations. On le frottait d'huile et d'ammoniaque, on l'entourait de cierges, on plaçait sous sa langue une lame d'or, sur laquelle était écrit en caractères mystérieux le nom d'un démon impur, et, dans cet état, il répondait à toutes les questions qui lui étaient faites.

Le carré magique, espèce d'échiquier dont chaque case était marquée d'un chiffre, servait tout à la fois aux conjurations et aux consultations sur l'avenir; il devait être tracé sur un parchemin préparé avec la peau d'un animal vierge, ou qui n'avait jamais engendré.

La baguette magique servait à tracer les cercles de conjuration et à découvrir les trésors; il y eut même, en 1700, dans la ville de Toulouse, un curé qui devinait à l'aide de cet instrument ce que faisaient les personnes absentes. Il consultait la baguette sur le passé, le présent et l'avenir. Elle s'abaissait pour répondre oui, et s'élevait pour répondre non. On pouvait faire les demandes de vive voix ou mentalement, «ce qui serait bien prodigieux, dit le père Lebrun, si plusieurs réponses ne s'étaient trouvées fausses.» La baguette était faite d'une branche de coudrier de la poussée de l'année; il fallait la couper le premier mercredi de la lune, entre onze heures et minuit, et se servir d'un couteau neuf; une fois coupée on la bénissait, on écrivait au gros bout le mot agla; au milieu cor; au petit bout tetragrammaton, avec une croix à chaque mot, de plus on prononçait cette formule: Conjuro te cito mihi obedire. Venies per Deum vivum, et l'on faisait une croix,—per Deum verum,—une seconde croix,—per Deum sanctum,—une troisième croix.—Ainsi, comme nous l'avons déjà remarqué, les mots les plus saints, les formules les plus vénérables étaient profanées dans les pratiques les plus absurdes. La sorcellerie parodiait toutes les cérémonies de l'Église, et l'Église en la proscrivant se montrait justement sévère, car elle ne défendait pas seulement la religion contre l'idolâtrie satanique, elle défendait aussi les droits de la raison humaine contre la plus étrange des aberrations.



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MessageSujet: Re: TOUT SUR LA MAGIE NOIRE   Lun 14 Avr - 14:49

XII.
Des onguents, des poudres et des breuvages.—Des plantes et matières diverses qui entraient dans leur composition.—De l'emploi des cadavres dans les préparations magiques.—Recettes.—Empoisonnements.

Après avoir cherché une puissance surnaturelle dans les rayons des astres, dans le ciel et dans l'enfer, dans les chiffres et les lettres, les traditions du paganisme et la parodie des cérémonies chrétiennes, les sorciers s'adressaient encore aux plantes, aux arbres, aux animaux, aux cadavres; ils les soumettaient à des manipulations fantastiques, elles combinaient de cent manières différentes pour en tirer des onguents, des poudres ou des breuvages. Ces herbes de la Thessalie, sur lesquelles on disait que Cerbère, vaincu par Hercule, avait répandu sa bave, ces herbes avaient gardé pour le moyen âge leurs propriétés redoutables.

Parmi les plantes, la sorcellerie choisit de préférence toutes celles qui sont vénéneuses ou infectes, telles que la ciguë ou la valériane; celles qui croissent dans les ruines et sur les tombeaux, le lierre, la mauve et l'asphodèle; parmi les arbres, elle choisit le cyprès, et, comme pour rendre un dernier hommage à l'idolâtrie druidique, elle prête au gui une vertu mystérieuse. Parmi les animaux, elle s'attache à ceux qui sont hideux, tristes ou malfaisants, comme le coq que l'antiquité avait consacré à la mort; le serpent qui séduisit la première femme sur les gazons du paradis terrestre; le loup, le hibou, le crapaud.

Les cadavres humains eux-mêmes figuraient dans les préparations diaboliques, et les sorciers, fidèles à leur principe de chercher toujours ce qui était impur et souillé, recommandaient de n'employer, en fait de débris humains, que ceux qui provenaient des malfaiteurs, des excommuniés, des hérétiques et des pendus. Pour ajouter à l'efficacité de ces restes affreux, on devait se les procurer dans les circonstances les plus lugubres. Ceux que l'on ramassait dans les voiries étaient beaucoup plus efficaces que ceux qui provenaient des cimetières; mais rien n'égalait le corps des suppliciés détachés du gibet, à l'heure de minuit, par une nuit sans lune, et surtout à la lueur des éclairs, pendant un orage.

Du reste les recettes variaient à l'infini. En voici une à l'usage des sorciers espagnols: Prenez des crapauds, des couleuvres, des lézards, des colimaçons, et les insectes les plus laids que vous pourrez trouver. Écorchez avec vos dents les crapauds et les reptiles; placez-les dans un pot avec des os d'enfants nouveau-nés et des cervelles de cadavres tirés de la sépulture des églises. Faites bouillir le tout jusqu'à parfaite calcination, et faites bénir par le diable.

Shakspeare, résumant dans ses drames splendides les croyances de son pays et de son temps, nous offre dans Macbeth une formule non moins étrange. L'une des sorcières fait bouillir dans une chaudière, avec les entrailles empoisonnées d'un personnage de la tragédie, un crapaud, un filet de serpent, un œil de lézard, du duvet de chauve-souris, une langue de chien, un dard de vipère, une aile de hibou, des écailles de dragon, des dents de loup, un foie de juif, des branches d'if coupées pendant une éclipse, un nez de Turc, le doigt d'un enfant de fille de joie, mis au monde dans un fossé et étranglé en naissant, le tout, après parfaite cuisson, refroidi dans du sang de singe.

Dans les onguents ou breuvages destinés à produire l'amour, on employait des têtes de milan, des queues de loup, des cendres de tableaux ou d'images de saints canonisés, des cheveux d'hommes et de femmes. Tous les mélanges dont nous venons de parler, outre les vertus qu'ils avaient par eux-mêmes, devaient recevoir la consécration des paroles et des conjurations magiques, et dans ces paroles il y avait toujours une parodie des prières de l'Église, comme il y eut aussi quelquefois une profanation de ses plus grands mystères par l'emploi sacrilége des hosties consacrées.

Ainsi la sorcellerie recommandait pour ses pratiques tout ce que l'imagination la plus souillée peut rêver de plus hideux. Sans doute il faut faire ici une très-large part à la légende et au conte; mais il nous paraît hors de doute que l'application de la plupart de ces recettes a été souvent tentée, et il est facile de comprendre quelles profanations, quels dangers, quels crimes même devaient en résulter: aussi voit-on dans plusieurs textes de lois que le sorcier et l'empoisonneur se confondaient souvent, et sous le règne même de Louis XIV, Le Sage, Bonard, la Vigoureux, Expilli, qui, aux yeux de la foule, avaient passé pour sorciers, ne se trouvèrent, en dernière analyse, que des scélérats vulgaires, justiciables de la chambre des poisons. Il était difficile, en effet, que des individus qui croyaient ou qui feignaient de croire à de semblables folies n'arrivassent point rapidement au dernier degré de la démoralisation.

XIII.
Applications diverses des recettes de la sorcellerie.—Les prédictions.—Un soldat du duc Uladislas.—Les meurtres.—La sorcière de Provins.—Évocation des rois de France au château de Chaulmont.

Nous connaissons maintenant toutes les sources auxquelles les magiciens et sorciers vont demander un pouvoir surnaturel. Nous connaissons les pactes, les conjurations, le grimoire, les talismans, les carrés, les baguettes, les anneaux magiques, les poudres, les breuvages et les onguents. Nous allons voir maintenant à quels usages les sorciers appliquaient tout ce formalisme lugubre, et ce qu'ils faisaient ou prétendaient faire de leur puissance.

Cette puissance était infinie et sans bornes, et en suivant à travers l'histoire les prodiges qu'on lui attribuait, on reste épouvanté de la sottise humaine, et l'on a peine à comprendre ce qu'il en coûte à l'humanité de siècles et d'efforts pour secouer le joug des plus grossiers mensonges.

La divination, qui formait dans l'antiquité l'une des branches les plus importantes de la théogonie païenne, fut aussi dans le moyen âge, nous l'avons indiqué plus haut, l'un des principaux attributs des magiciens et des sorciers qui, en général, en empruntaient les pratiques à l'astrologie. Il n'est point d'événements importants que les magiciens et les devins n'aient prédits; il n'est point d'hommes célèbres dont ils n'aient annoncé la grandeur ou la mort; et l'on ferait des volumes avec les contes auxquels cette croyance a donné lieu. Nous choisirons au hasard, au milieu de ces rêveries, quelques faits caractéristiques.

Ænéas Sylvius raconte que pendant la guerre du duc Uladislas contre Grémiozilas, duc de Bohème, une sorcière dit à son fils, qui suivait le parti d'Uladislas, que son maître succomberait dans l'a première bataille avec la plus grande partie de son armée, et que, pour lui, il échapperait au péril s'il tuait le premier ennemi qu'il rencontrerait dans la mêlée, s'il lui coupait ensuite les oreilles, et faisait une croix avec son épée sanglante entre les pieds de devant de son cheval. Le fils de la sorcière exécuta fidèlement ces prescriptions; il sortit sain et sauf du combat, tandis qu'Uladislas resta sur le champ de bataille avec une grande partie de son armée.

En 1452, dit le savant auteur d'un travail sur les vaudois, M. Bourquelot, une étrangère se présente au grand hôtel-Dieu de Provins; on la reçoit avec bienveillance; mais au moment où elle entrait, un chien se précipite sur elle et la mord au visage. Furieuse alors, elle dit à la gardienne de la maison: Tu m'as fait mordre par ton chien; avant trois jours, tu mourras de mauvaise mort. La gardienne mourut en effet, car la prédiction s'accomplissait toujours.

Voici maintenant, dans un autre genre, une anecdote qui a été plusieurs fois racontée par de graves historiens, et qui se trouve consignée dans les Recherches de Pasquier: «La feue royne mère Catherine de Médicis, dit Pasquier, désireuse de savoir si tous ses enfants monteroient à l'Estat, un magicien, dans le château de Chaulmont, qui est assis sur le bord de la rivière de Loire entre Blois et Amboise, luy monstra dans une chambre, autour d'un cercle qu'il avoit dressé, tous les roys de France qui avoient esté et qui seroient, lesquels firent autant de tours autour du cercle qu'ils avoient regné ou qu'ils dévoient regner d'années; et comme Henri troisième eut fait quinze tours, voilà le feu roy qui entre sur la carrière gaillard et dispos, qui fit vingt tours entiers et, voulant achever le vingt et uniesme, il disparut. A la suite vint un petit prince, de l'aage de huit à neuf ans, qui fit trente-sept à trente-huit tours; et après cela toutes choses se rendirent invisibles, parce que la feue royne mère n'en voulut voir davantage.»

Les sorciers appliquaient leur science divinatoire à prédire les événements les plus importants comme les plus futiles; ils donnaient l'horoscope des peuples, des villes et des individus. Ils annonçaient les disettes, les tremblements de terre, la perte ou le gain des batailles, et leurs prédictions, propagées dans la foule, tenaient souvent pendant de longues années tout un peuple en émoi. Ils annonçaient également, dans la vie privée, les maladies, la mort, la perte de la fortune, les héritages, les infidélités des amants et des maîtresses. Plusieurs d'entre eux payèrent de leur vie leur prétendue science, et il en fut quelquefois de même de ceux qui les consultaient. En 1521, le duc de Buckingham fut décapité pour avoir écouté les prédictions d'un devin nommé frère Hopkins, et vers le même temps lord Humperford fut également décapité pour avoir consulté certains devins sur le terme de la vie de Henri VIII. A toutes les époques et dans tous les rangs de la société, chose humiliante pour la raison, ces prophètes de mensonges ont trouvé autour d'eux une foi robuste; la divination a même échappé au scepticisme moderne; bien des esprits forts; qui ne sont souvent en réalité que des esprits faibles, après avoir douté de tout, n'auraient point osé douter de cette science absurde, et comme preuve, il suffit de nommer Cagliostro, Mlle Lenormant, les cartomanciens, les buccomanciens, l'auteur du Corbeau sanglant, et les devins de nos bals publics. Vantons-nous après cela du progrès de nos lumières, de notre perfectibilité et de notre civilisation.
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MessageSujet: Re: TOUT SUR LA MAGIE NOIRE   Lun 14 Avr - 14:50

XIV.
Les sorciers font la pluie et le beau temps.—Les marchands de tempêtes.—Ensorcellement des terres, des moissons et des animaux domestiques.—Formules.—Le château de Belle-Garde.—Création d'animaux vivants.

En même temps qu'ils révélaient les mystères de l'avenir, les sorciers opéraient sur les éléments, les hommes, les animaux, les objets immatériels, et enfin sur eux-mêmes une foule de prodiges désignés sous le nom de sorts, enchantements, maléfices, envoussures, aiguillettes, etc. Dans ce monde sans bornes de l'erreur, toutes les absurdités s'enchaînaient logiquement et découlaient pour ainsi dire les unes des autres. Dès que la possibilité d'un seul fait était admise, on pouvait en admettre mille; ils se valaient tous, et l'on n'avait point à choisir.

Quand ils opéraient sur les éléments, les sorciers produisaient à leur gré le beau temps ou la pluie, le froid ou le chaud; mais comme ils étaient essentiellement malfaisants de leur nature, ils ne donnaient de beau temps que quand ils en avaient besoin pour eux-mêmes; ils excitaient le plus souvent des ouragans et des tempêtes. Ceux qui se livraient à cette spécialité sont désignés par les lois romaines de la décadence et les lois du moyen âge, dont quelques-unes les punissent de mort, sous le nom de missores tempestatum, tempestarii. Un roi des Goths, suivant le Démonographe de Lancre, n'avait, pour exciter un orage, qu'à tourner son bonnet du côté où il voulait que le vent soufflât. Les Norvégiens et les Danois, peuples navigateurs, excellaient dans ces sortes de pratiques, et leurs sorciers vendaient le vent, le beau temps et la tempête. «Un respectable voyageur allemand, qui explora le nord vers la fin du XVIIe siècle, raconte, dit M. Marmier dans ses Souvenirs de voyage, qu'il acheta d'un Finlandais un mouchoir, où il y avait trois nœuds qui renfermaient le vent. Quand il fut en pleine mer, le premier nœud lui donna un délicieux petit vent d'ouest-sud-ouest, qui était précisément, celui dont il avait besoin. Un peu plus loin, comme il changeait de direction, il ouvrit le second nœud, et il survint un vent moins favorable; mais le troisième nœud produisit une horrible tempête, et c'était sans doute, dit le naïf conteur, une punition de Dieu que nous avions irrité en faisant un pacte avec des hommes réprouvés.»

On ensorcelait des pays tout entiers comme on ensorcelait un homme. Les forêts surtout jouent un grand rôle dans les traditions magiques, et quand elles sont possédées ou habitées, soit par des sorciers, soit par des enchanteurs, elles prennent le nom de forêts enchantées. Il en est souvent parlé dans la Jérusalem du Tasse. La plus célèbre en France, était celle de Brocéliande, que nous avons mentionnée plus haut à l'occasion de Merlin, et dont la forêt de Lorges comprend encore quelques débris. Les bêtes venimeuses et les mouches qui nuisent au bétail ne pouvaient vivre sous ses ombrages. On trouvait au centre de cette forêt la fontaine de Bellenton, auprès de laquelle le chevalier Pontus fit sa veille des armes, et près de la fontaine une grosse pierre, nommée le perron de Bellenton. Chaque fois que dans le pays on avait besoin de pluie, pour les biens de la terre, le seigneur de Montfort se rendait à la fontaine; il arrosait la pierre avec l'eau de cette fontaine, et le jour même, de quelque côté que le vent ait soufflé, il tombait des pluies si abondantes et si tièdes que la terre en était fécondée pour longtemps.

Les sorciers se vantaient également d'arrêter le cours des fleuves, de les faire remonter vers leur source, de produire la foudre et de la faire tomber là où ils voulaient, de transporter les moissons d'un champ dans un autre, de frapper les terres de stérilité. Chez les Romains, cette dernière opération se pratiquait au moyen d'une pierre qui, placée sur le sol que l'on voulait rendre improductif, indiquait qu'il était voué à la malédiction, et que ceux qui oseraient le cultiver étaient à leur tour voués à la mort. Les lois prononçaient la peine capitale contre les sorciers qui se livraient à cet enchantement. Des faits analogues se produisirent au moyen âge et même dans les temps modernes. On vit se former en Écosse des associations de sorcières, dont le but était de s'approprier la récolte des champs qui ne leur appartenaient pas, et la superstition populaire s'emparant de ce fait, inventa une foule de légendes. On disait que, quand les sorcières voulaient s'emparer des produits, d'un champ, elles labouraient ce champ avec un attelage de crapauds; que le diable lui-même, conduisait la charrue, que les cordes de cette charrue étaient de chiendent, que le soc était fait avec la corne d'un animal châtré, que ce singulier labourage une fois terminé, tous les fruits passaient d'eux-mêmes dans la grange des sorcières, et qu'il ne restait au propriétaire que des épines et des ronces.

Quand on agissait avec cette puissance sur la matière, on devait à bien plus forte raison agir sur les êtres vivants; aussi voyons-nous les croyances populaires se préoccuper constamment, et avec une insistance qui persiste encore aujourd'hui dans les campagnes, des maléfices et des sortilèges auxquels sont exposés les animaux domestiques. Les bergers avaient, pour ainsi dire, monopolisé cette sorte de maléfices. On les accusait de répandre à leur gré les épizooties, de rendre les chevaux immobiles, de dessécher les pâturages pour faire mourir de faim les troupeaux de leurs ennemis, et de changer en loups les agneaux naissants, qui dévoraient leurs mères au lieu de les téter; mais, par compensation, s'ils étaient puissants pour le mal, ils l'étaient également pour le bien. Ils avaient des formules infaillibles pour guérir les animaux ou pour éloigner les loups; en voici un échantillon:

«Le château de Belle-Garde pour les chevaux. Prenez du sel sur une assiette; puis, ayant le dos tourné au lever du soleil, et les animaux devant vous, prononcez, étant à genoux, la tête nue, ce qui suit:

«—Sel qui es fait et formé au château de Belle, sainte belle Élisabeth, au nom de Disolet, Soffé portant sel, sel dont sel, je te conjure au nom de Gloria, Dorianté et de Galliane, sa sœur; sel, je te conjure que tu aies à me tenir mes vils chevaux de bêtes cavalines que voici présents, devant Dieu et devant moi, saints et nets, bien buvants, bien mangeants, gros et gras, qu'ils soient à ma volonté; sel dont sel, je te conjure par la puissance de gloire, et par la vertu de gloire, et en toute mon intention toujours de gloire.

«Ceci prononcé au coin du soleil levant, vous gagnez l'autre coin, suivant le cours de cet astre, vous y prononcez ce que dessus. Vous en faites de même aux autres coins; et étant de retour où vous avez commencé, vous y prononcez de nouveau les mêmes paroles. Observez, pendant toute la cérémonie, que les animaux soient toujours devant vous, parce que ceux qui traverseront sont autant de bêtes folles.

«Faites ensuite trois tours autour de vos chevaux, faisant des jets de votre sel sur les animaux, disant:—Sel, je te jette de la main que Dieu m'a donnée; Grapin, je te prends, à toi je m'attends.

«Dans le restant de votre sel, vous saignerez l'animal sur qui on monte, disant:—Bête cavaline, je te saigne de la main que Dieu m'a donnée; Grapin, je te prends, à toi je m'attends.»

Ou pourrait choisir entre mille recettes du même genre; mais comme elles se valent toutes, et que quelques-unes seulement se distinguent par des profanations et des blasphèmes, nous n'insisterons pas plus longtemps, et pour en finir avec les maléfices de cette espèce, nous ajouterons que certains sorciers avaient la prétention de créer des animaux, et de les tirer, comme Dieu, du néant. L'auteur du Monde enchanté, Bekker, a examiné à fond cette question, et si, forcé, dit-il, par l'évidence, il accorde aux magiciens le pouvoir de faire des poux, il croit que ce pouvoir se borne là, et il leur refuse même celui de faire des grenouilles.

XV.
Opérations de la sorcellerie contre les hommes.—Maladies effroyables.—Envoûtement.—La fièvre du roi Duffus.—L'évêque Guichard, la reine Blanche et sa fille Jeanne.—De l'envoûtement à la cour de France au XVIe siècle.

En suivant les pratiques de la sorcellerie d'après l'échelle ascendante des êtres, nous arrivons des éléments à la matière, de la matière à l'animal, de l'animal à l'homme, et nous trouvons le magicien opérant sur ses semblables et, en dernière analyse, sur lui-même; en d'autres ternies, le sorcier ensorcelle les autres et finit aussi par s'ensorceler. Ici encore nous allons le suivre pas à pas à travers ses ténébreuses pratiques.

Lorsque le sorcier agit sur les autres ou pour les autres, c'est, en général, pour nuire ou servir des passions coupables, et en cela il diffère essentiellement de l'enchanteur et même du magicien, tel que ce dernier est présenté par les croyances orientales, ou par les plus anciens poèmes chevaleresques, car dans ces poèmes, comme dans ces croyances, le magicien fait plus volontiers le bien que le mal et on peut le prendre sans scrupule pour un savant ou pour un sage. Quant au sorcier, c'est toujours et partout, dans ses rapports avec ses semblables, l'homme que nous avons vu plus haut pactiser avec le diable; c'est toujours un être foncièrement méchant; on en jugera par ce qui suit.

Comme les dieux de l'enfer païen, le sorcier ne sait point s'attendrir, et pour se venger de ses ennemis, quelquefois même pour tourmenter par plaisir ceux qui lui font envie, il les frappe de maladies effroyables. M. de Saint-André parle d'une jeune fille ensorcelée, qui, après avoir perdu le mouvement et la respiration, vomit, pendant plusieurs mois, des coques d'œufs, du verre, des coquilles, des clous de roues de chariot, des couteaux, des aiguilles et des pelotes de fil. D'autres vomissaient des crapauds, des serpents, des hiboux; quelquefois le sorcier ordonnait au diable lui-même d'entrer dans le corps de la victime, et alors on voyait se produire, par l'effet du maléfice, tous les phénomènes de la possession. Les ensorcelés qui portaient en eux un autre être, se détournaient de la société des hommes pour s'exiler dans les cimetières, et jusque dans les tombeaux. Leur figure avait la couleur du cèdre; leurs yeux rouges comme des charbons, sortaient des orbites; leur langue, roulée comme un cornet, pendait sur leur menton, et le contact et la vue des choses saintes produisaient sur eux le même effet que l'eau sur les hydrophobes. La médecine était impuissante à les guérir, et ils mouraient souvent comme suffoqués par le diable.

On envoyait aussi la maladie et la mort, soit aux personnes avec lesquelles on pouvait communiquer, soit à celles qui se trouvaient à de grandes distances, à l'aide de figures de cire, faites à leur image; ce genre de maléfice, connu au moyen âge sous le nom d'envoussure ou d'envoûtement, fut souvent pratiqué, principalement contre les grands personnages. Après avoir baptisé, nommé et habillé la figure qui servait à l'envoûtement, on la frappait, on la blessait plus ou moins fort, on la jetait à l'eau, on la brûlait, on l'enterrait, on la pendait, on l'étouffait, et toutes les tortures à laquelle elle était soumise se répétaient sur les corps des vivants. Quelquefois, lorsqu'on voulait faire mourir à petit feu l'envoussé, on enfonçait dans la statuette, où on les laissait fixées à demeure, des épingles très-aiguës, de telle sorte que le malheureux sentît constamment dans ses chairs la pointe meurtrière.

Les affaires d'envoûtement sont très-nombreuses au moyen âge, et même à une époque assez rapprochée de nous; elles sont de plus répandues dans toute l'Europe. On racontait en Écosse que le roi Duffus, ayant été attaqué tout à coup d'une fièvre brûlante et de sueurs continuelles, dont rien ne pouvait calmer l'ardeur ou diminuer l'abondance, les médecins déclarèrent que leur art était impuissant, et que sans aucun doute Duffus était ensorcelé. Les sergents et les magistrats se mirent en quête et trouvèrent deux femmes d'une fort mauvaise réputation, qui faisaient des cérémonies étranges sur une petite statuette de cire qu'elles chauffaient à un grand feu. Les femmes, conduites en prison, avouèrent qu'elles avaient envoûté le roi, et que c'étaient elles qui avaient causé la fièvre et les sueurs; les médecins alors ordonnèrent de placer la statuette dans un endroit frais. L'ordre fut exécuté. Aussitôt le roi cessa de suer, et ne tarda point à se rétablir.

Les premières années du XIVe siècle offrirent un célèbre procès d'envoûtement, et ce procès fit d'autant plus de bruit, que l'accusé était un grand dignitaire de l'Église, Guichard, évêque de Troyes, que le peuple avait surnommé le fils de l'incube. La reine, Blanche de Navarre, étant morte en 1304, et sa fille Jeanne l'ayant suivie de près dans la tombe, à l'âge de trente-trois ans, Guichard fut accusé d'avoir fait périr ces deux princesses par œuvre magique. On instruisit son procès, et voici ce qu'on lit dans l'acte d'accusation: L'évêque Guichard portait une haine mortelle à la reine Jeanne et à sa mère, parce que c'était à leur poursuite qu'il avait été chassé du conseil du roi. Il s'était vanté de les faire mourir, et s'était associé dans ce but une sorcière, une femme inspiritée, et un moine jacobin; ils avaient tous trois évoqué le diable, et le diable interrogé avait répondu qu'il fallait faire une image de cire, ressemblant à la reine, la baptiser, lui donner les noms de cette princesse, l'approcher du feu, la piquer avec une aiguille au cou et à la tête; que la reine alors commencerait à se mal porter, et qu'elle mourrait aussitôt que la cire serait fondue: d'après ce conseil du diable, Guichard fit l'image et la baptisa, conjointement avec le jacobin, dans l'ermitage de Saint-Flavy; il y fit fondre l'image et aussitôt la reine mourut.

De nombreux témoins furent interrogés, entre autres l'ermite de Saint-Flavy, qui confirma les faits; l'évêque fut condamné, mais le caractère dont il était revêtu le sauva du dernier supplice, et il resta en prison jusqu'en 1313, époque à laquelle son innocence fut reconnue. Vers le même temps, des accusations de sorcellerie furent aussi, on le sait, portées contre les templiers, mais moins heureux que l'évêque Guichard, ils expièrent sur le bûcher les crimes, pour la plupart imaginaires, dont on les avait chargés.

Au XVIe siècle, la mode des envoûtements devint tout à fait populaire. On sait que la duchesse de Montpensier employa souvent ce maléfice contre Henri III, et qu'elle ne recourut au poignard de Jacques Clément qu'après en avoir reconnu l'inutilité. Catherine de Médicis, qui patronna toutes les folies et toutes les scélératesses, se servit aussi plusieurs fois de l'envoûtement, tout en redoutant pour elle-même ses terribles effets, et lorsque La Mole et Coconas furent livrés au dernier supplice, elle se montra fort inquiète de savoir s'ils ne l'avaient point envoûtée: c'est qu'en effet, du moment où l'efficacité de cette pratique était admise, il n'y avait plus de sécurité, même au sein de la puissance absolue, et la garde des barrières du Louvre n'en défendait pas les rois.
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MessageSujet: Re: TOUT SUR LA MAGIE NOIRE   Lun 14 Avr - 14:51

XVI.
De l'aiguillette.—Comment on la noue et on la dénoue.—Des philtres.—Les sorciers improvisent l'amour et l'amitié—De l'alphabet sympathique et de la télégraphie humaine.

En même temps qu'il donnait la mort par l'envoûtement, le sorcier, par l'aiguillette, empêchait l'homme ou la femme de transmettre la vie. Ce maléfice, connu de l'antiquité, est mentionné dans Virgile et dans Ovide. Le nouement de l'aiguillette se faisait ordinairement pendant la cérémonie du mariage. Le sorcier opposait aux paroles du prêtre des paroles magiques, en prononçant le nom des deux époux, s'il voulait les ensorceler, tous deux, ou seulement le nom du mari ou le nom de la femme; s'il ne voulait en ensorceler qu'un seul. De plus, lorsque le prêtre disait les paroles sacramentelles, celui qui pratiquait le maléfice faisait un ou plusieurs nœuds à un bout de cuir, de laine, de coton ou de soie qu'il tenait à la main, et dès ce moment l'aiguillette était nouée, c'est-à-dire que la consommation du mariage devenait impossible, et restait impraticable aussi longtemps que le nœud n'était point défait. Le maléfice était beaucoup plus puissant encore, quand on avait fait passer le nœud magique à travers l'anneau nuptial. La femme pouvait elle-même nouer l'aiguillette à son mari, et pour cela il lui suffisait, le jour de ses noces, de jeter son anneau de mariage à la porte de l'église où la bénédiction lui avait été donnée, ou bien, la première union contractée devant un prêtre, d'en contracter immédiatement une seconde devant un juif, un excommunié ou un Turc, ou bien encore d'envelopper une aiguille dans un drap mortuaire et de mettre cette aiguille sous du fumier. Dans l'antiquité, les procédés étaient différents. On faisait des figures de cire, comme dans l'envoûtement du moyen âge; on prononçait sur ces figures des imprécations, et on leur enfonçait des clous ou des aiguilles à la place du foie, siège de l'amour. Le moyen le plus sûr de se préserver de ces maléfices, c'était de porter dans le chaton d'une bague une dent de belette; mais une fois le sortilége opéré, la personne qui avait noué l'aiguillette pouvait seule la dénouer. Elle devait surtout faire attention à ne point couper le nœud, car dans ce cas l'enchantement était éternel.

L'aiguillette, comme toutes les choses du moyen âge, avait son contraire, et les hommes qui, dans certains cas, détruisaient l'amour, le produisaient dans d'autres circonstances. La huitième églogue de Virgile fait connaître avec détail les pratiques au moyen desquelles on allumait dans le cœur des hommes ou des femmes d'irrésistibles passions. Dans ce curieux morceau de poésie, on voit une sorcière, fatiguée de l'indifférence de son amant Daphnis, essayer, pour exciter ses feux, des formules les plus efficaces. On la voit portant une figure de cire au pied des autels, l'apostropher dans les termes les plus passionnés. Elle ceint cette figure de trois bandelettes de couleurs différentes, et s'adressant à Amaryllis, elle la conjure de nouer les trois bandelettes de trois nœuds, et de dire, en faisant cette opération, qu'elle serre les liens de Vénus. On opérait encore au moyen des breuvages connus sous le nom de philtres; mais ces breuvages n'étaient souvent, et tout simplement, que des boissons aphrodisiaques, et même des poisons, comme on le voit par le philtre qui donna, dit-on, la mort au poëte Lucrèce.

Les philtres furent également connus du moyen âge. On les fabriquait avec de la racine d'emilæ campanæ, cueillie la veille de la Saint-Jean, de la pomme d'or, de l'ambre gris, le tout mêlé et trituré avec adjonction d'un morceau de papier sur lequel était écrit le mot sheva. Leur usage était extrêmement répandu; sous le règne de Louis XIV, les plus hauts personnages en usaient avec une confiance aveugle, et le résultat le plus certain de cette mode singulière fut d'enrichir les charlatans qui les vendaient et de ruiner souvent la santé de ceux qui les avaient achetés.

L'amitié s'improvisait avec la même facilité que l'amour. On n'avait, pour la faire naître, qu'à fabriquer deux figures de cire qui s'embrassaient, et à les lier ensemble au moyen de cordonnets de soie. Les hommes dont elles offraient l'image, et dont elles portaient le nom, restaient amis aussi longtemps qu'elles restaient attachées elles-mêmes par leurs cordonnets. L'alphabet sympathique, auquel bien des gens croient encore aujourd'hui, complète toute la partie de la sorcellerie qui se rapporte à l'amitié. Pour composer cet alphabet, on se traçait sur le bras la figure des vingt-quatre lettres, au moyen d'une aiguille, et on introduisait dans les piqûres le sang de l'ami avec lequel on voulait correspondre à tous les moments de la vie et à toutes les distances. Cet ami répétait sur lui-même une opération semblable, et dès ce moment, quand l'un des deux individus voulait donner de ses nouvelles à l'autre, il n'avait qu'à toucher successivement toutes les lettres composant les mots nécessaires à la correspondance; l'autre personne ressentait immédiatement une légère douleur au bras, à chacune des lettres que son ami avait touchées. C'était un véritable télégraphe humain, moins les résultats positifs.

XVII.
Ensorcellements des sorciers par eux-mêmes.—Métamorphoses des hommes en bêtes.—De la lycanthropie.—La patte du loup et la main de la châtelaine.—Anecdotes diverses.—La caverne de Lucken-Have.—La sorcière volante.

Les divers enchantements dont nous venons de parler, quelque absurdes qu'ils soient, ont du moins leurs motifs dans les sentiments ou les passions. On conçoit en effet que l'homme désire ardemment connaître l'avenir; qu'il recherche la vengeance, l'amour ou l'amitié, qu'il veuille asservir les éléments à sa puissance, et qu'il tente même de créer des êtres vivants, en dehors des lois ordinaires de la reproduction des races. Il y a là tout à la fois, de sa part, un effort de son orgueil et une lutte désespérée contre sa propre faiblesse. Mais ce qui se conçoit plus difficilement, c'est qu'il soit venu à l'idée des hommes de se changer eux-mêmes en animaux malfaisants, comme cela se pratiquait dans la lycanthropie, ou métamorphose de l'homme en loup.

L'antiquité, comme le moyen âge, a cru avec une bonne foi singulière à cette étrange transformation. Hérodote en parle comme d'un fait avéré; Virgile en parle également, et dans sa huitième églogue, il fait dire à Alphésibée: «J'ai vu Moeris se faire loup et s'enfoncer dans les bois.» Au moyen âge, on vit les lycanthropes, devenus loups-garous, jeter l'épouvante dans les villes et dans les campagnes. Les sorciers opéraient cette métamorphose sur leurs ennemis, mais le plus souvent, ils l'opéraient sur eux-mêmes, et sous cette forme nouvelle ils attaquaient, non-seulement les troupeaux, mais encore les hommes, dont ils dévoraient la chair saignante; ils pouvaient toujours, quand ils le voulaient, reprendre leur première forme, mais quand, par hasard, ils avaient reçu en se trouvant à l'état de loup, une blessure qui les avait privés d'un membre, ils gardaient, en redevenant hommes, l'empreinte de cette mutilation, et c'est par là que l'on parvenait souvent à les reconnaître. L'un des démonographes les plus entêtés du XVIe siècle, Boguet, raconte que, dans les montagnes de l'Auvergne, un chasseur fut un jour attaqué par un loup énorme, auquel, en se défendant, il coupa la patte droite. L'animal ainsi mutilé s'enfuit en boitant sur trois pattes, et le chasseur se rendit dans un château voisin pour demander l'hospitalité au gentilhomme qui l'habitait; celui-ci, en l'apercevant, s'enquit s'il avait fait bonne chasse. Pour répondre à cette question, il voulut tirer de sa gibecière la patte qu'il venait de couper au loup qui l'avait attaqué, mais quelle ne fut point sa surprise, en trouvant au lieu d'une patte, une main et à l'un des doigts un anneau que le gentilhomme reconnut pour être celui de sa femme. Il se rendit immédiatement auprès d'elle, et la trouva blessée et cachant son avant-bras droit. Ce bras n'avait plus de main, on y rajusta celle que le chasseur avait rapportée, et force fut à cette malheureuse d'avouer que c'était bien elle qui, sous la forme d'un loup, avait attaqué le chasseur dans la plaine, et s'était sauvée ensuite en laissant une patte sur le champ de bataille. Le gentilhomme qui ne se souciait point de garder une telle compagne, la livra à la justice, et elle fut brûlée.—Les sorciers ne se déguisaient pas seulement en loups, ils se changeaient encore, suivant les occasions, en corneilles, en chats, en lièvres et en autres animaux. Une sorcière écossaise, du nom d'Isobel, ayant été envoyée par le diable porter un message à ses voisines sous la forme d'un lièvre, rencontra des laboureurs accompagnés de leurs chiens. Les chiens poursuivirent la sorcière avec une telle vivacité que celle-ci n'eut point le temps de prononcer les paroles magiques qui devaient lui rendre sa forme humaine, et qu'elle regagna en toute hâte sa maison où elle parvint à dépister les chiens en se cachant dans un réduit. Les histoires de ce genre sont excessivement nombreuses, et comme elles se ressemblent à peu près toutes, nous nous bornerons, à celle que nous venons de raconter.

Il faudrait des volumes pour exposer en détail tous les prodiges attribués aux sorciers; nous avons essayé, dans les pages qu'on vient de lire, de grouper autant que possible, dans un ordre logique, ceux qui passaient pour être les plus fréquents, et qui formaient pour ainsi dire la tradition classique; mais il en reste encore une infinité d'autres qui sont tout à fait en dehors de cette tradition, et qui paraissent au milieu de toutes ces merveilles, des merveilles exceptionnelles. Les deux récits suivants, pris au hasard entre mille autres du même genre, nous ont paru mériter une distinction particulière, le premier à cause de sa teinte poétique et chevaleresque, le second parce qu'il est gravement enregistré dans une histoire sérieuse, celle de Charles-Quint, par Sandoval.

Dans le premier récit il s'agit d'une armée enchantée, qu'un patriote écossais tenait en réserve pour le jour où son pays serait en danger. Cette armée, immobile et glacée comme une armée de statues, était rangée dans d'immenses cavernes en attendant l'heure du combat, et voici comment son existence fut découverte: «Un maquignon avait vendu, dit Walter Scott, un cheval noir à un vieillard à l'air vénérable, qui lui donna rendez-vous à minuit, pour lui en payer le prix, sur la pointe remarquable appelée Lucken-Have, sur les montagnes d'Eildon. Le maquignon y alla. La somme lui fut payée en pièces de monnaie fort anciennes, et l'acheteur l'invita à venir voir sa demeure. Le marchand de chevaux le suivit avec le plus grand étonnement dans d'immenses écuries, de chaque côté desquelles étaient rangés des chevaux dans un état d'immobilité parfaite, et auprès de chaque coursier était un guerrier également immobile.—Tous ces hommes, lui dit le vieillard à voix basse, s'éveilleront à la bataille de Sheriffmoor.—A l'extrémité de ces écuries extraordinaires étaient suspendus une épée et un cor, que le prophète montra au maquignon comme offrant le moyen de rompre le charme. Celui-ci, troublé et Confondu, prit le cor et essaya d'en tirer quelques sons. Au même instant, les chevaux hennirent, trépignèrent et secouèrent leurs harnais; les guerriers se levèrent, le bruit de leurs armures retentit, et le maquignon, effrayé du tumulte qu'il avait excité, laissa tomber le cor de ses mains. Alors, une voix semblable à celle d'un géant s'éleva au-dessus du bruit qui régnait, et prononça ces paroles:—Malheur au lâche qui ne tire pas l'épée avant de donner du cor!—Un tourbillon poussa le maquignon hors de la caverne, et il ne put jamais en retrouver l'entrée.»

Le second fait, comme nous l'avons dit, est emprunté à Sandoval. «En 1547, dit cet historien, on découvrit dans la Navarre un grand nombre de femmes qui se livraient aux pratiques de la sorcellerie. L'un des inquisiteurs voulant s'assurer, par sa propre expérience, de la vérité des faits, fit venir une vieille sorcière, lui promit sa grâce à condition qu'elle ferait devant lui toutes les opérations de sorcellerie, et lui permit de s'échapper pendant son travail, si elle en avait le pouvoir. La vieille ayant accepté la proposition, demanda une boîte d'onguent qu'on avait trouvée sur elle, et monta avec le commissaire dans une tour, où elle se plaça avec lui devant une fenêtre. Elle commença, à la vue d'un grand nombre de personnes, par se mettre de son onguent dans la paume de la main gauche, au poignet, au nœud du coude, sous le bras, dans l'aine et au côté gauche; ensuite elle dit d'une voix très-forte: Es-tu là? Tous les spectateurs entendirent dans les airs une voix qui répondit: Oui, me voici. La femme alors se mit à descendre le long de la tour, la tête en bas, en se servant de ses pieds et de ses mains, à la manière des lézards; arrivée au milieu de la hauteur, elle prit son vol dans l'air, devant les assistants, qui ne cessèrent de la voir que lorsqu'elle eut dépassé l'horizon. Dans l'étonnement où le prodige avait plongé tout le monde, le commissaire fit publier qu'il accorderait une somme d'argent considérable à quiconque lui ramènerait la sorcière. On la lui présenta au bout de deux jours qu'elle fut arrêtée par des bergers. Le commissaire lui demanda pourquoi elle n'avait pas volé assez loin pour échapper à ceux qui la cherchaient. A quoi elle répondit, que son maître n'avait voulu la transporter qu'à la distance de trois lieues, et qu'il l'avait laissée dans le champ où les bergers l'avaient rencontrée.»

Nous avons, on le voit, traversé déjà dans cette histoire, bien des récits étranges, évoqué bien des visions fantastiques, et cependant il nous reste encore à raconter bien des folies. Ces folies sont comme entassées dans un rêve qui les résume toutes; nous avons nommé le sabbat.
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MessageSujet: Re: TOUT SUR LA MAGIE NOIRE   Lun 14 Avr - 14:51

XVIII.
Du sabbat,—Ce que c'est que le sabbat.—Des assemblées générales et particulières.—Où elles se tiennent.—Ce qu'il faut faire pour y être admis.—Noviciat sacrilège des initiés.—Convocation à domicile.—Comment on se transporte au sabbat.—La pluie d'hommes.—Mise en scène et cérémonial.—De la forme du diable et de l'aspersion.

On appelait sabbat les assemblées que les sorciers tenaient la nuit sous la présidence du diable, pour célébrer les rites les plus mystérieux de leur art infernal, rendre hommage à leur maître, et se livrer entre eux à tous les emportements de leurs passions.

La croyance au sabbat, universelle dans l'Europe du moyen âge, remonte au V siècle environ, et on la retrouve formellement condamnée au IXe, dans le célèbre capitulaire sur les sortilèges et les sorciers, de sortilegiis et sortiariis. Ce capitulaire est principalement dirigé contre les femmes qui, abusées par des illusions, croyaient traverser les airs avec la déesse Diane, devenue le démon Dianum, mais à cette date les détails manquent; il faut attendre jusqu'au XIVe siècle pour en trouver de circonstanciés et de précis; et alors, par compensation, ils sont tellement nombreux, qu'on est souvent embarrassé pour choisir.

Les assemblées du sabbat étaient de deux sortes, générales et particulières. Le grand sabbat réunissait tous les sorciers d'une même nation, le petit sabbat, tous ceux d'une même ville ou d'un même canton. Le premier se célébrait quatre fois l'année, au renouvellement de chaque saison, le second, deux fois chaque semaine, dans la nuit du lundi et du vendredi. Les réunions se tenaient dans les lieux solitaires, au sommet des montagnes, au fond des bois, sur les charniers des champs de bataille, sur le bord des routes, aux endroits mêmes où des meurtres avaient été commis. La réunion générale de l'Italie avait lieu sur le Vésuve, qu'on regardait comme un soupirail de l'enfer, et celle de l'Allemagne sur le Bloksberg. Les assassins, les adultères, les envieux, les hérétiques, les filles perdues sur le retour de l'âge, les jeunes filles qui souhaitaient de se perdre, les renégats, les excommuniés, en un mot tous les vassaux de l'empire infernal, formaient le personnel ordinaire de ces fêtes, où Satan, comme les rois et les barons du moyen âge, tenait cour plénière et lit de justice. Il fallait, pour y être admis, faire comme dans les métiers, l'apprentissage et le chef-d'œuvre, ou comme dans les ordres monastiques, le noviciat. On présentait donc une requête au démon, qui faisait passer à l'aspirant un examen sévère, et s'assurait longuement de sa capacité pour le mal. Lorsque l'examen était satisfaisant, le diable écrivait sur un registre le nom du récipiendaire, il le faisait signer ensuite, et après l'avoir fait renoncer au baptême et à l'Église, il lui imprimait sur le corps la marque de l'ongle du petit doigt; en signe d'investiture. Ces formalités remplies, le sorcier prononçait ses vœux, obtenait le droit d'assistance, et pouvait participer à tous les plaisirs et à toutes les pratiques. Quand le diable enrôlait une sorcière, il avait soin, pour ne point l'effrayer, de lui apparaître sous la figure d'un beau jeune homme, et de quitter son vilain nom de Béelzébuth ou de Satan pour en prendre un qui caressât mieux l'oreille, tel que Joli-Bois, Vert-Joli, Verdelet, etc.

Le diable, pour réunir ses affidés, faisait paraître dans les airs un signe dont eux seuls connaissaient le sens, ou il envoyait une chauve-souris, un papillon de nuit, et quelquefois un mouton, les prévenir à domicile. Quelques-uns se rendaient à l'endroit désigné montés sur un manche à balai, parodie vulgaire du dard merveilleux qu'Apollon hyperboréen avait donné à Abaris, et sur lequel celui-ci traversait les airs. De Lancre nous apprend que, quand on partait emporté par cette singulière monture, il fallait, pour ne point tomber de la région des nuages, répéter à plusieurs reprises, ÉMEN ÉTAN, c'est-à-dire en argot satanique, ICI et LA. D'autres se frottaient avec des onguents magiques, ou le venin lancé par un crapaud effrayé et irrité, et, par le seul effet de ces drogues, ils se trouvaient tout à coup transportés au lieu de la réunion. Quelquefois aussi, quand le sorcier voulait aller au sabbat; il se dépouillait de ses vêtements, et après s'être frotté aux aisselles, aux plis des bras, aux poignets, sous la plante des pieds, avec une graisse dont nous donnons plus loin la composition, il montait le long de la cheminée, et, là à l'extrémité du tuyau, il trouvait un grand homme cornu, velu et noir, qui le transportait avec la rapidité de la pensée, au lieu de la réunion. Cet homme, on le devine, c'était le diable, qui poussait la complaisance jusqu'à prêter ses épaules; aux initiés; mais ce mode de transport n'était point sans péril, car il arrivait souvent qu'au milieu du voyage le malin esprit, humilié de son rôle, ou par simple fantaisie de mal faire, se cabrait comme un cheval rétif; les cavaliers désarçonnés se cassaient le cou en tombant du haut des airs, et on les trouvait le lendemain matin, accrochés au sommet des arbres, ou couchés tout sanglants sur les chemins, dans leur costume du sabbat. C'est là, dit un démonographe, ce qui a donné lieu à cette croyance, qu'il y avait des pluies d'hommes. Lorsqu'un sorcier était convoqué pour le sabbat, et qu'il avait la ferme intention de s'y rendre, aucun pouvoir humain n'était capable de l'en empêcher. Quand on l'enfermait, il passait par la serrure. Un mari voulut un jour retenir sa femme; il l'attacha près de lui dans son lit. Mais la femme échappa à l'étreinte des liens en se changeant en chauve-souris, et se sauva par la cheminée.

Tous les sorciers étaient tenus d'assister aux assemblées générales, et ils ne pouvaient se justifier d'y avoir manqué qu'en présentant un certificat en bonne forme, qui donnait à leur absence un motif plausible. Le diable, dans ces assemblées, se faisait rendre compte de leurs actions, des maléfices qu'ils avaient pratiqués; il les recevait d'une façon d'autant plus bienveillante, qu'ils avaient fait plus de mal, et, quand par hasard ils n'en avaient point fait, il les grondait, les battait, leur donnait des coups d'étrivières et de baguettes.

Dans les assemblées ordinaires, le cérémonial variait à l'infini, suivant les temps ou les lieux, mais, sauf les nuances de certains détails, le fond restait le même à peu près partout; et voici comme les choses se passaient généralement.

Dans ces drames fantastiques l'unité de temps et de lieu est toujours sévèrement observée. Une lampe sans huile, comme ces lampes éternelles qui brûlaient dans les tombeaux païens, répand sur l'assistance une lueur tremblante et sombre. Satan préside; assis sur un trône, et toujours sous une forme hideuse; c'est un crapaud couvert de laine ou de plumes, un corbeau monstrueux avec un bec d'oie, un bouc fétide, un homme blanc, et transparent de maigreur, dont l'haleine donne le frisson, un chat noir avec des yeux verts et des griffes de lion, etc. La forme du reste varie suivant les pays. En Suède, le diable se montre au sabbat avec un habit gris, des bas rouges, une barbe rousse, un chapeau à haute forme et des jarretières d'une longueur démesurée. Chaque sorcier, en arrivant, dépose auprès du diable, son herbe de sabbat, c'est-à-dire une plante quelconque, dont il s'est muni en partant, fougère, gui, plantain, armoise, ciguë, etc. Satan prend une poignée de ces herbes, fait une aspersion de son urine à toute l'assemblée, et alors la séance, est ouverte.

XIX.
Continuation du sabbat.—Hommages rendus au diable par les initiés.—De la messe diabolique.—De la fabrication des onguents magiques.—Exhortations du diable à ses hôtes.—Le festin.—Le bal.

La séance une fois ouverte, chacun prend son rôle: comme de raison, le plus important appartient au diable; et ce rôle peut se ranger sous quatre chefs principaux: 1° Satan reçoit les hommages de ses sujets; 2° il compose, pour les leur distribuer, des poudres et des onguents magiques; 3° il fait des conférences et des exhortations; 4° il se livre, à l'égard des cérémonies du catholicisme, aux profanations les plus sacriléges.

Nous ne décrirons pas les hommages que le diable exigeait de ses affidés. L'inquisiteur Pierre Broussard, qui fit brûler, au XVe siècle, les vaudois d'Arras, n'osait pas lui-même en parler, pour doute, dit un vieil historien, que les oreilles innocentes ne fussent averties de si vilaines choses, tant il s'y commettoit des crimes puants et énormes. Nous ne parlerons pas non plus de la messe diabolique, dont on peut lire le détail dans l'Histoire de l'inquisition d'Espagne, de Llorente; il nous suffira de dire ici que tout ce que l'imagination la plus souillée, la plus monstrueuse, peut rêver de plus obscène et de plus impie, se trouve entassé comme à plaisir dans ces légendes, qui effrayent par leur perversité. Nous nous arrêterons seulement à la composition des onguents, et aux exhortations.

Après avoir fait l'aspersion dont nous avons parlé plus haut, Satan plaçait toutes les herbes apportées par les initiés dans une immense chaudière, avec des crapauds, des couleuvres, des balayures d'autels, de la limaille de cloches et des enfants coupés par morceaux. Il écumait la graisse de cet affreux bouillon, et, après avoir prononcé sur cette graisse des paroles sacramentelles, il en faisait des onctions aux assistants, et leur en distribuait ensuite de petits pots; c'était là, pour les maléfices, l'ingrédient le plus infaillible, et cette drogue conservait dans son action quelque chose de la perversité et de la puissance de celui qui l'avait préparée.

Les sorciers, après avoir reçu l'onguent, mangeaient les débris des chairs qui avaient servi à sa composition et ils se rangeaient ensuite autour du trône, pour écouter les exhortations de leur maître. Celui-ci revêtait, comme pour la messe diabolique, une mitre, une aube, une chasuble noire. On ne dit pas si, pour cette nouvelle cérémonie, il reprenait la forme humaine, car ces vêtements devaient figurer fort mal sur un bouc, un corbeau ou un crapaud. Debout sur son trône d'ébène, «Il les preschoit, et leur défendoit d'aller à l'église, d'ouyr la messe, prendre de l'eau bénite, et que, s'ils en prenoient pour montrer qu'ils fussent chrétiens, ils diroient:—Ne déplaise à notre maître!» Satan recommandait à ses vassaux de faire tout ce que réprouvait l'Église, et leur ordonnait le meurtre, l'inceste, l'adultère, la trahison, tous les grands crimes, et, pour gages de leur soumission, il leur demandait d'affreux blasphèmes. Ses discours étaient entrecoupés d'imprécations terribles, et sa voix rauque et discordante. Il semblait plutôt braire que parler, et il terminait son discours en donnant le signal des réjouissances.

Comme dans les fêtes mondaines, ces réjouissances consistaient principalement en danses et en festins. Le menu de ces festins était des plus variés. Tantôt la table était chargée de mets splendides, préparés avec une délicatesse extrême, tantôt on n'y mangeait que du pain noir et de la chair d'enfants; mais cette chair et les mets les plus recherchés eux-mêmes étaient toujours d'une extrême fadeur, attendu que l'on n'y employait jamais le sel, parce que l'Église s'en servait dans la bénédiction de l'eau et dans le baptême; de plus, les sorciers avaient beau manger et boire, ils ne parvenaient jamais à calmer leur soif ou leur faim, ce qui fait dire à quelques démonographes que le diable ne donnait jamais aux invités du sabbat que des viandes et des vins fantastiques. Quelquefois, pour égayer les convives, Satan chantait, comme les jongleurs dans les repas des barons, des histoires empruntées aux légendes de l'enfer, et, la chanson terminée, on portait des toasts à la ruine de la foi, à l'hérésie, à l'Antechrist.

Après le repas, on dansait; chaque homme devait amener une femme, et quand, par hasard, il manquait quelques personnes pour compléter les quadrilles, Satan y suppléait par des incubes et des succubes, c'est-à-dire des démons mâles et femelles. La toilette de rigueur était une nudité complète. Les danseurs et les danseuses, au lieu de bouquets, portaient à la main des torches de poix noire; un vieux Turc ouvrait la danse avec une jeune religieuse qui avait forfait à ses vœux; alors, au milieu d'une ronde effrénée, tous les assistants se livraient aux actes de la plus hideuse dépravation. La danse terminée, et au moment où le chant du coq annonçait les premières lueurs du jour, chacun retournait chez soi, comme il était venu, sur un balai ou sur le dos du diable.
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MessageSujet: Re: TOUT SUR LA MAGIE NOIRE   Lun 14 Avr - 14:53

XX.
Coup d'œil rétrospectif sur l'ensemble de la sorcellerie.—Impiété et dangers de cette prétendue science.—Confiance qu'elle inspire dans tout le moyen âge.—De la conviction des sorciers.—Explication naturelle de divers faits extraordinaires.—Charlatans et hallucinés.

Nous connaissons maintenant toutes les aspirations, tous les secrets, tous les actes de la sorcellerie. En parcourant cette lugubre histoire, nous nous sommes borné à raconter les faits sans réflexions, sans commentaires; il nous faut maintenant passer du rêve à la réalité.

On le voit, par ce que nous venons de dire, la sorcellerie, qui va toujours en se dégradant à travers le moyen âge, arrive, au seuil même des temps modernes, aux dernières limites de la folie et de l'impiété. Ce n'est plus seulement, comme à l'origine, une sorte de superfétation de la science; c'est une sombre et cynique protestation contre les croyances les plus saintes et les plus respectables. C'est en quelque sorte la religion du mal qui se pose en face d'une religion divine. C'est la réhabilitation de tous les instincts pervers, le triomphe et l'exaltation de toutes les passions redoutables. C'est un outrage à la raison humaine. Que feront l'Église, la raison, la société, à l'égard de cette prétendue science, qui ne tend à rien moins qu'à bouleverser les éléments, à commettre avec impunité tous les crimes, à s'élever au-dessus des lois divines et humaines?

Pendant de longs siècles, la raison accepte et s'incline. Quelque absurdes que soient les faits, le moyen âge les croit toujours, et, dans son ignorance, il se garde bien de soupçonner qu'il insulte à la fois l'homme et Dieu: l'homme, en rapportant à une intelligence supérieure et mauvaise la science et la puissance d'action qui sont le résultat de l'intelligence et de la volonté humaine; Dieu, le maître absolu, en lui faisant partager l'empire du monde avec une créature vouée à sa colère. Quand on a fait la part du charlatanisme, qui sans aucun doute a, dans tous les temps, y compris le nôtre, exploité habilement la crédulité publique; quand on a fait à l'ignorance des chroniqueurs et des démonographes la plus large part possible, on n'en constate pas moins, d'une manière irrécusable, l'adhésion universelle des hommes, et même des hommes éclairés; on reconnaît que les faits les plus absurdes ont acquis, auprès d'une foule de gens, l'évidence des faits les plus irrécusables; et ce qu'il y a de plus étrange ce n'est pas que la foule ait cru qu'il y avait des sorciers et qu'elle en ait vu partout, c'est qu'un très-grand nombre d'individus se soient sincèrement imaginé qu'ils l'étaient eux-mêmes. C'est là un point sur lequel il convient de s'arrêter.

Lorsqu'on suit avec attention les procès de sorcellerie, on ne tarde point à reconnaître que les accusés se partagent en trois catégories distinctes, qui se composent: 1° des véritables malfaiteurs qui cherchent à déguiser leurs crimes sous les apparences d'une science supérieure; 2° de malheureux qui sont innocemment victimes des préjugés de leur temps; 3° d'hallucinés qui sont dupes de leurs rêves. C'est de ces derniers que nous allons nous occuper d'abord.

On trouve, dans les procès dont nous venons de parler, une foule d'individus qui, appliqués à la torture, font des aveux complets, et les rétractent ensuite, en disant qu'ils n'ont avoué que pour échapper à la douleur; mais on en trouve aussi un très-grand nombre qui soutiennent la réalité des faits dont on les accuse, et qui s'obstinent à croire et à mourir. On en voit d'autres qui, sur le bûcher même, restent persuadés que le diable viendra les délivrer, et qui affrontent le supplice avec un courage extraordinaire. La science moderne a cherché l'explication de ce singulier phénomène, et elle l'a trouvé dans l'hallucination et l'extase. Elle a remarqué d'abord que les sorciers véritablement convaincus étaient, en général, des gens appartenant aux classes les moins éclairées de la société, ou à celles qui se trouvaient en lutte ouverte avec elle, comme les juifs, les cagots, les bohémiens, les hérétiques; il résulte évidemment de là, d'une part, que ces malheureux, par leur ignorance même, étaient aptes à recevoir sans examen l'impression de toutes les folies qui avaient cours de leur temps, et, de l'autre, qu'ils avaient intérêt à chercher en dehors de la société même des ressources secrètes pour vivre d'une manière plus heureuse, ou pour se défendre contre les attaques auxquelles ils étaient en butte. Du moment où la croyance universelle admettait une science supérieure, il était naturel qu'ils se tournassent vers elle pour lui demander, comme nous l'avons déjà dit, tout ce que le monde leur refusait. L'étude et la pratique de cette science devenant pour eux l'objet d'une constante préoccupation, et l'instinct de l'homme le portant toujours à croire ce qu'il désire, ils finissaient par s'absorber dans une idée fixe. Le caractère sombre et mystérieux des pratiques auxquelles ils se livraient exaltait leur imagination, et ils s'élevaient, par degrés, à une sorte d'état extatique. Ils acquéraient le fanatisme et la conviction de leur erreur; le rêve finissait par dominer la raison, en un mot, ils avaient la folie de la sorcellerie. Les drogues dont ils faisaient usage ajoutaient encore à cet état d'excitation naturelle, et, en ce qui touche les faits relatifs au sabbat, nous citerons quelques exemples concluants.

Laissant ici de côté le bouillon de couleuvres; de crapauds et de limaille de cloches et toutes les recettes dont nous avons parlé plus haut, nous constaterons, d'après des témoignages irrécusables, que les sorciers pour se rendre au sabbat pratiquaient réellement sur diverses parties de leur corps une onction magique, c'est-à-dire qu'ils se frottaient avec différentes drogues, et qu'ils usaient de certains breuvages. Lucien et Apulée parlent de cette onction, que pratiquaient également les initiés aux mystères de l'antre de Trophonius. Or, quand on trouve dans Porta, dans Cardan et dans quelques autres médecins et philosophes naturalistes du moyen âge ou de la renaissance, l'indication des drogues que l'on employait à cet usage, on comprend le sabbat. Ces drogues, c'était le stramonium dont la racine cause un délire accompagné d'un sommeil profond; le solanum somniferum, la jusquiame et l'opium. Dès ce moment, la vision s'explique. Le sorcier, après l'onction magique ou l'usage des boissons prescrites par son art, tombe dans un sommeil fébrile, traversé de rêves terribles, riants, voluptueux. Les idées qui l'ont occupé, possédé dans l'état de veille, se pressent en foule dans son esprit, et le sommeil réalise pour lui tous ses désirs, toutes ses espérances. Il y a là sans doute encore un mystère profond, mais ce mystère du moins est dans les lois ordinaires de la nature; et des esprits sérieux et positifs l'avaient déjà constaté au moment même où les croyances à la sorcellerie régnaient dans toute leur puissance. En 1545, les médecins du pape Jules III voulurent éprouver sur une femme attaquée d'une maladie nerveuse l'effet d'une pommade trouvée chez un sorcier; elle dormit pendant trente-six heures de suite. Lorsqu'on parvint à la réveiller, elle se plaignit qu'on l'arrachait aux embrassements d'un beau jeune homme; elle raconta une foule d'hallucinations étranges, et le médecin n'hésita point à attribuer à l'effet naturel des drogues ce qu'elle attribuait à l'onction magique. Une expérience du même genre fut faite à Florence au commencement du XVIIe siècle. On conduisit un jour devant un juge une femme qui s'accusait elle-même d'être sorcière. Le juge, qui était un homme de bon sens, ne reçut cette accusation qu'avec beaucoup de défiance; et fit des représentations à la sorcière; mais celle-ci qui tenait à prouver son talent, dût la mort s'ensuivre, déclara qu'elle irait au sabbat le soir même si on voulait la laisser retourner chez elle et pratiquer l'onction. Le magistrat y consentit. Elle se frotta de ses drogues, et s'endormit sur-le-champ; alors on l'attacha sur un lit, on la piqua, on lui fit de légères brûlures, ce qui ne l'empêcha point de dormir pendant vingt-quatre heures, et le lendemain en s'éveillant, elle raconta avec le plus grand détail tout ce qu'elle avait vu au sabbat, en ajoutant que le diable l'avait piquée et brûlée. On lui dit alors ce qui s'était passé, mais il fut impossible de la détromper, et malgré cet entêtement on la renvoya saine et sauve. Gassendi essaya sur un paysan l'effet d'une pommade analogue composée de jusquiame et d'opium; le paysan s'endormit d'un sommeil profond, et à son réveil il fit la description d'une assemblée merveilleuse à laquelle il avait assisté.

Ce qui se passait pour le sabbat, se passait également pour les lycanthropes. Certains individus s'imaginèrent qu'ils avaient le pouvoir de se transformer en loup, et l'on en vit qui dans cette idée marchaient à quatre pattes et cherchaient à imiter le cri de cette bête fauve. Un de ces hommes encore fort jeune, dit Walter Scott, fut mis en jugement à Besançon. Il déclara qu'il était le serviteur ou le piqueur du seigneur de la forêt, ainsi qu'il nommait son maître, qu'on jugea être le diable. Par le pouvoir de ce maître, il était transformé en loup, prenait le caractère de cet animal, et se voyait accompagné dans ses courses par un loup de plus grande taille, qu'il supposait être le seigneur de la forêt lui-même. Ces loups dévastaient les troupeaux et égorgeaient les chiens qui les défendaient. Si l'un ne voyait pas l'autre, il hurlait à la manière des loups pour inviter son camarade à venir partager sa proie; et si celui-ci n'arrivait pas à ce signal, le premier enterrait cette proie aussi bien qu'il le pouvait.» Ce malheureux croyait très-sincèrement à ce récit, et les juges qui l'interrogèrent le firent brûler, en toute sécurité de conscience, après l'avoir fait condamner sur sa propre déposition. En 1498, le parlement de Paris s'était montré beaucoup plus raisonnable en cassant un arrêt rendu par le lieutenant criminel d'Angers contre un habitant de Maumusson, près Nantes, qui prétendait avoir erré pendant plusieurs années sous la forme d'un loup, et en envoyant ce pauvre diable à l'hôpital Saint-Germain des Prés où il fut traité comme maniaque.

Nous n'insisterons pas plus longtemps sur les faits de ce genre. Les nombreuses études auxquelles les philosophes et les médecins[3] se sont livrés de notre temps ne laissent aucun doute sur la puissance avec laquelle le rêve, dans l'extase, l'hallucination et la folie, prend les apparences de la réalité, et combien les illusions de l'esprit réagissent sur les illusions des sens. On voit dès lors comment une foule d'aventures plus ou moins extraordinaires, n'étaient en réalité que des hallucinations, des idées fixes, transformées par l'imagination de certains hommes en faits apparents et tangibles. Qu'on admette ensuite la contagion de l'hallucination, contagion qui n'est pas moins irrécusable que les effets de l'hallucination elle-même, qu'on fasse en même temps la part des phénomènes naturels que la science n'avait point encore constatés ou vérifiés, et l'on comprendra avec quelle facilité les erreurs les plus étranges ont pu s'accréditer.
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MessageSujet: Re: TOUT SUR LA MAGIE NOIRE   Lun 14 Avr - 14:54

XXI.
De quelques hommes célèbres accusés de sorcellerie.—Virgile, Roger Bacon, Albert le Grand, les papes.—Réaction contre la sorcellerie, provoquée par le procès de Jeanne d'Arc.

Contagieuse comme l'hallucination, la crédulité qui transformait en œuvres magiques les faits les plus simples, transformait également en sorciers les hommes qui par leur génie ou leur science s'élevaient au-dessus du vulgaire. Orphée, Amphion, Zoroastre, Pythagore, Démocrite, Socrate, Aristote, Numa Pompilius, dans l'antiquité païenne, sont réputés sorciers. On disait même que ce dernier, pour rédiger ses lois, avait recours à l'hydromancie, et qu'à l'aide de conjurations magiques, il en avait fait apparaître tous les articles dans un baquet d'eau qui en reflétait le texte comme un miroir. Cham et Moïse furent également regardés comme des magiciens. Jésus-Christ lui-même fut traité de magicien par les ennemis de sa divinité, qui allèrent jusqu'à dire que, pour opérer ses miracles, il consultait les heures astrologiques. Apollonius de Tyane, Simon, Porphyre, Jamblique, jouirent dans les premiers siècles de notre ère d'une immense réputation à cause des prodiges qu'on leur attribuait. Quelques Pères de l'Église même, avant que la foi n'eût touché leur cœur, approchèrent leurs lèvres, disent les hagiographes, de ces sources empoisonnées. Saint Cyprien d'Antioche entre autres, voulut s'initier aux sciences infernales; mais convaincu bientôt de la faiblesse des démons il se dégoûta de son art; et comme il faisait des reproches au diable de son impuissance, celui-ci le renversa par terre et s'efforça de le tuer[4].

Virgile complétement défiguré était devenu un petit homme bossu et laid, qui s'occupait de toute autre chose que de vers, et qui n'avait plus guère de commun avec le divin poëte que de porter le même nom, d'avoir demeuré à Rome et d'être enterré aux environs de Naples. Ce néo-Virgile, très-souvent cité dans les romans de chevalerie, appliquait principalement sa science infernale à la mécanique, à l'architecture, aux beaux-arts. En se transformant il était resté artiste; car on sait qu'il fit une lampe inextinguible, un pont très-long qui se soutenait sans arches, en un mot un véritable pont suspendu, une tête d'airain qui annonçait l'avenir, une mouche du même métal qui débarrassait les maisons des véritables mouches, un œuf sur lequel était bâtie une ville entière qui s'écroulait quand on remuait l'œuf, et l'instant d'après se rebâtissait d'elle-même, etc.

L'une des périodes les plus curieuses de l'histoire des sciences occultes est, sans contredit, l'époque qui s'étend du Ier au IIIe siècle de notre ère. Une transformation profonde s'opère dans l'esprit des païens eux-mêmes, de ceux que n'a point encore touchés la lumière de la religion nouvelle. Cette voix mystérieuse, qui courait le long des rives de la mer Égée: Le grand Pan est mort, semble annoncer qu'un âge nouveau va commencer pour le monde; aux antiques légendes du paganisme, s'ajoutent des légendes philosophiques et populaires qui sont comme la source des traditions merveilleuses du moyen âge. Une foule d'illuminés réclament pour eux-mêmes le pouvoir qui échappe aux dieux détrônés de l'Olympe. Les enchanteurs, les devins, les sorciers, ont de nombreux précurseurs. La magie s'allie encore avec la philosophie et la science antiques, en même temps qu'elle cherche à opposer ses mensonges aux miracles de la foi nouvelle. Deux hommes, au premier siècle de notre ère, représentent cette double tendance, nous avons nommé Apollonius de Tyane et Simon le Magicien.

Simon, contemporain des apôtres, avait acheté à Tyr une femme perdue, nommée Hélène; il disait que cette femme était la créatrice des anges, qu'elle était descendue sur la terre en passant de ciel en ciel; que quant à lui, il n'avait que la figure de l'homme, qu'il était le vrai Messie, et pour séduire les peuples, il opposait aux miracles du Christ des enchantements et des sortilèges. Il se vantait de pouvoir rappeler des enfers les âmes des prophètes, de voler à travers les airs; il disait qu'il s'était enveloppé dans le feu, qu'il se confondait avec cet élément et ne pouvait en être consumé. Il avait, disait-il, animé, fait mouvoir et parler des statues, changé des pierres en pains; il se rendait invisible à volonté, passait à travers les rochers, et les creusait sans employer autre chose que des mots. Il faisait naître tout à coup des arbres chargés de fleurs et de fruits, prenait la forme de divers animaux, et changeait de visage sans qu'il fût possible de le reconnaître. Il racontait que sa mère l'ayant un jour envoyé dans les champs faire la moisson, il avait ordonné à sa faucille de moissonner toute seule et qu'elle avait fait plus de besogne que dix ouvriers ensemble. La foule, toujours crédule, toujours facile à tromper, acceptait sans contrôle ces récits merveilleux, et on racontait qu'un jour il avait dit à Néron: «Faites-moi décapiter, et dans trois jours je ressusciterai.» Néron, qui aimait le sang, voulut tenter l'expérience; mais Simon se fit remplacer par un bélier sous forme humaine, et trois jours après, il se montra comme s'il était ressuscité. Quelques Pères de l'Église racontent que Simon étant à Rome, sous l'empereur Néron, entreprit de voler et de monter au ciel et qu'en effet il vola pendant quelques moments; mais que les apôtres saint Pierre et saint Paul, s'étant mis en prière, le magicien fut précipité et mourut de sa chute, ce qui n'empêcha point, vers l'an 150, le peuple romain de lui élever une statue contrairement aux lois de l'empire qui condamnaient la magie et punissaient sévèrement ceux qui s'adonnaient à ses pratiques.

Apollonius de Tyane n'avait point eu, comme Simon, connaissance de la vraie foi. C'était un philosophe pythagoricien, originaire de Tyane, ville de Cappadoce. Après avoir pratique toutes les austérités de la secte pythagoricienne, il entreprit de longs voyages, visita Babylone, Taxella, capitale des Indes, et acquit, dans le cours de ses pérégrinations, une renommée si grande, qu'à son entrée à Éphèse tous les artisans quittèrent leurs travaux, pour le voir. Ce nuage fatidique, qui couronnait, dans ces âges reculés tous les hommes supérieurs, ne tarda point à l'environner d'une auréole éblouissante, et il fut considéré par le peuple comme le plus puissant des magiciens. En effet, Philostrate qui nous a transmis sa vie, raconte de lui des merveilles surprenantes. Il comprenait le langage des animaux, et traduisait avec la plus grande facilité les présages annoncés par les cris des oiseaux. Il interprétait également les songes. Pendant un séjour assez long qu'il fit à Syracuse, une femme mit au monde un enfant à trois têtes. Ces monstruosités humaines faisaient toujours alors une sensation très-vive. Tous ceux qui expliquaient les prodiges furent consultés; mais leur science fut impuissante. Apollonius n'eut qu'à jeter les yeux sur l'enfant pour expliquer le phénomène. Les trois têtes signifiaient les trois prétendants à l'empire, Galba, Othon et Vitellius. Un démon, d'un caractère méchant et dissimulé, étant entré dans le corps d'un jeune garçon, Apollonius l'en chassa en lui adressant une lettre pleine de menaces. Une autre fois il guérit un tueur de lions qui avait été blessé à la cuisse, en combattant un de ces animaux, par la seule apposition des mains sur le membre blessé. Il enseignait aux femmes à enfanter sans douleurs, en cachant sous leurs vêtements un lièvre vivant. Il leur enseignait également à préserver leurs enfants de l'intempérance en leur faisant manger des œufs de hibou avant qu'ils aient bu de vin.

Apollonius était tout à la fois devin et nécromancien. A Pergame, sur les ruines de Troie, il passa la nuit sur le tombeau d'Achille, et par le moyen d'un sortilège, qu'il avait appris dans l'Inde, il évoqua l'âme du héros, et eut avec cette âme une très-longue conversation. A Éphèse, il annonça l'approche d'une peste et d'un tremblement de terre; il se trouvait encore dans cette ville au moment même de la mort de Domitien, et l'on raconte qu'il s'arrêta tout à coup au milieu d'une discussion publique, et s'écria: «C'est bien fait! Stéphanus, courage, tue le tyran.» Ensuite, après un moment de silence, il reprit: «Le tyran est mort, il est tué en ce moment même.»

Apollonius n'était pas moins habile dans la pratique de cette médecine merveilleuse qui guérissait avec des mots. Dans la ville de Tarse, un chien enragé avait mordu un jeune homme, et celui-ci s'était mis à faire comme les chiens, à aboyer et à marcher à quatre pattes. La famille du jeune homme était désespérée de cet accident, et sur la grande réputation d'Apollonius, elle le pria de guérir cette maladie étrange. Celui-ci demanda où était le chien, on lui dit qu'il se tenait ordinairement auprès d'une fontaine, et que là, toujours altéré et n'osant jamais boire, on le voyait s'agiter sans cesse avec des mouvements convulsifs. «Qu'on me l'amène,» dit le magicien. L'ordre fut exécuté; le chien en voyant Apollonius, s'approcha de lui dans l'attitude d'un suppliant et avec des gémissements. Celui-ci le caressa et, se faisant amener le jeune homme qui avait été mordu, il ordonna à l'animal de lécher la plaie qu'il avait faite. La guérison fut instantanée. Quant au chien, il le conduisit sur le bord du fleuve qui traversait la ville, et lui ordonna de le passer à la nage. Le chien, toujours docile, obéit encore, et quand il eut touché l'autre rive, il se mit à courir, à aboyer, a redresser les oreilles et à remuer la queue, car il était joyeux de se sentir guéri.

Nous avons insisté sur ces détails parce que Simon le Magicien et Apollonius sont célèbres entre tous les faiseurs de prodiges, et que tous deux, au seuil même du moyen âge, sont comme le type et la souche originelle de cette double race qui se perpétue à travers les légendes, l'une s'adressant, comme Simon, au génie du mal, pour faire le mal; l'autre, comme Apollonius, cherchant dans une science supérieure le pouvoir d'adoucir les maux de l'humanité, et d'étendre la puissance de l'homme au delà des limites imposées à sa faiblesse; en un mot, le sorcier et l'enchanteur.

Pour épuiser la liste de tous les hommes célèbres, il faudrait pour ainsi dire citer les noms de tous ceux qui, dans les arts, la médecine, les sciences, la philosophie, ont fait faire au moyen âge quelques progrès à l'esprit humain. Ce qui contribua puissamment à corroborer cette croyance, c'est que les sciences comme les arts technologiques s'enveloppèrent toujours, à ces époques de ténèbres, d'un certain mystère; que leurs formules étaient considérées comme des secrets, et que souvent on ne les communiquait qu'à un petit nombre d'initiés, ce qui sans aucun doute fit perdre une foule de découvertes précieuses. L'illustre Roger Bacon ne parut à la plupart de ses contemporains qu'un sorcier vulgaire. Il en fut de même des encyclopédistes Thomas d'Aquin, Albert le Grand, Raymond Lulle, car on ne pouvait comprendre qu'un homme parvînt sans le secours du diable à embrasser l'universalité des connaissances humaines.

On voit par le grand nom de saint Thomas, que les théologiens n'étaient pas plus épargnés que les savants, et les papes à leur tour furent accusés comme les théologiens. Ces papes sont Sylvestre II, Benoît IX, Jean XX, Jean XXI, Grégoire VII, et Léon III, six en tout. Les communications que Sylvestre II (Gerbert) avait eues avec les Arabes, et les connaissances qu'il leur devait, attirèrent sur lui les soupçons les plus absurdes, et on alla jusqu'à l'accuser de ne s'être élevé à la papauté qu'en se vendant au diable, en un mot d'avoir échangé son âme pour la tiare. Des reproches du même genre furent adressés à Grégoire VII, et ce qu'il y a de curieux, c'est que ces reproches ont fait le sujet d'un livre écrit par un grand dignitaire de l'Église, le cardinal Beno.

Toutes les absurdités que peut rêver une imagination en délire sont entassées dans les biographies légendaires des prétendus sorciers, et nous recommandons aux personnes curieuses du fantastique l'histoire du docteur Faust, de ce même Faust que le génie de Goethe devait emprunter aux démonographes, pour en faire un des types les plus grandioses de la poésie moderne. Fils d'un paysan des environs de Weimar, Jean Faust, né au commencement du XVIe siècle, après avoir étudié la théologie et la médecine, se livra exclusivement à la magie, et devint pour les Allemands l'idéal du sorcier. Faust, qui excellait à conjurer le diable, avait asservi à ses ordres, par un pacte de vingt-quatre ans, un démon nommé Méphistophélès. A l'aide de ce démon, il descendit aux enfers, parcourut les sphères célestes et toutes les régions du monde sublunaire. Il eut un commerce de galanterie avec Hélène, femme de Ménélas, qu'il avait rappelée de l'autre monde pour s'assurer de sa beauté. Il fit apparaître Alexandre le Grand devant Charles-Quint, et pour terminer convenablement son infernale existence, il eut à l'expiration de son pacte le cou tordu par le diable[5].

La plus célèbre comme la plus cruelle de ces accusations de magie est sans contredit celle qui fut portée contre Jeanne d'Arc, ce miracle vivant de notre histoire, cette figure presque divine, qui semble grandir encore chaque jour à la distance des siècles, et qui représentera désormais pour tous les âges, comme pour tous les peuples, le symbole de l'héroïsme élevé par la foi à son dernier degré de puissance. Les détails du procès de cette sainte et noble fille sont trop connus pour qu'il soit besoin de les rapporter ici, même en ce qui se rattache directement à notre sujet. Mais ce que nous tenons à constater, ce que personne jusqu'ici n'a remarqué, c'est que de ce procès date en France et en Europe une ère nouvelle dans l'histoire de la sorcellerie; le doute se manifeste pour la première fois. L'évidente absurdité des reproches dont Jeanne fut l'objet, la grandeur de sa raison quand elle réfuta ces calomnies grossières, son amour du pays et sa foi, démontrèrent à tous les esprits qui gardaient quelque notion du bon sens qu'il était possible dans ce monde de faire de grandes choses sans l'intervention du diable. Les écrivains qui s'efforcèrent de la justifier du reproche d'avoir été sorcière, en arrivèrent nécessairement à se demander ce que c'était que la sorcellerie, et tandis que, d'un côté, il y avait une véritable recrudescence de crédulité, de l'autre il se formait une école investigatrice qui devait aboutir au remarquable livre de Naudé, Apologie des grands hommes accusés de magie, mais il s'écoula près de quinze siècles, à dater de notre ère, avant que cette école se fût formée; et si en demandant plus haut ce qu'avait fait la raison, nous avons pu dire justement qu'elle s'était inclinée, nous pouvons dire ici plus justement encore qu'elle avait abdiqué complétement.
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MessageSujet: Re: TOUT SUR LA MAGIE NOIRE   Lun 14 Avr - 14:55

XXII.
Dispositions diverses de la législation, relatives à la sorcellerie.—Lois romaines.—Lois barbares.—Lois ecclésiastiques.—Influence des hérésies du XIIe et du XIIIe siècle sur la démonologie.—La sorcellerie est dévolue à l'inquisition.

On conçoit que, du moment où certains hommes étaient investis par la tradition universelle d'un pouvoir aussi grand, et surtout aussi malfaisant que celui des sorciers, la société se soit crue sérieusement menacée, et qu'elle ait pris, pour se défendre, les plus grandes précautions. On conçoit également que l'Église, outragée dans sa foi, se soit armée d'une réprobation sévère. Cette réprobation était légitime; mais comme en semblable matière, les délits étaient le plus souvent imaginaires, la répression atteignit une foule de victimes innocentes, et les châtiments furent presque toujours d'une effroyable rigueur.

L'antiquité elle-même avait compris le danger qui pouvait résulter d'une science ténébreuse dont le but était de changer l'ordre éternel de la nature; elle avait reconnu que les maléfices et les philtres cachaient souvent de véritables empoisonnements; que ceux qui, à côté des oracles et des prêtres, se mêlaient de prédire l'avenir par l'évocation des morts n'étaient que des charlatans qui cherchaient des dupes; et tout en admettant une espèce de magie, moitié scientifique, moitié religieuse, elle poursuivit avec sévérité les adeptes des sciences occultes, qu'on désignait alors sous le nom de mathématiciens. Une loi de Constantin, promulguée en 321, établit nettement la distinction entre les deux sciences, en admettant que certains magiciens peuvent rendre de véritables services, guérir les maladies, conjurer les vents, et que, dans ce cas, il faut les laisser faire; mais bientôt Constance frappa d'une même réprobation tous les adeptes des sciences occultes. Il leur imposa un silence éternel, et par une loi promulguée en 358, il condamna les magiciens et les Chaldéens à être déchirés avec des ongles de fer. Les codes barbares les proscrivirent également, et le chapitre LXVII de la loi salique porte que les sorcières qui dévoreront des hommes seront condamnées à huit mille deniers d'amende.

Les Pères de l'Église, persuadés que la magie était l'héritière directe des rites et des impuretés du paganisme, se montrèrent aussi pour elle d'une grande sévérité. Les conciles d'Ancyre et de Laodicée frappèrent les sciences occultes d'anathèmes, mais en punissant seulement par la pénitence et des peines spirituelles ceux qui se livraient à des maléfices. Dès ce moment, la législation civile et religieuse fut nettement établie, et la pénalité seule se modifia suivant les temps. Charlemagne, dans ses Capitulaires, s'inspirant des lois romaines, des lois barbares, des canons des conciles, déclara les magiciens des hommes exécrables. Jusqu'au XIIIe siècle, les condamnations furent peu nombreuses, et beaucoup moins sévères qu'elles ne l'ont été depuis. Charlemagne, tout en ordonnant qu'on se saisît des sorciers, ne veut pas qu'on les fasse périr, et il recommande seulement qu'on les tienne en prison, afin qu'ils s'amendent. On voit même, en 936, le pape déclarer solennellement que, quoique les devins, les enchanteresses et les sorciers soient condamnés à mort par l'ancienne loi, les juges ecclésiastiques doivent cependant leur sauver la vie, pour qu'ils puissent faire pénitence. Cette indulgence, trois siècles plus tard, fit place à la plus inexorable sévérité.

Jusqu'à la fin du XIIe siècle, les hérésies, en France, avaient été avant tout philosophiques; mais, à cette époque, elles s'imprégnèrent d'une foule de superstitions, qui semblent en certains points reproduire les doctrines orientales. Les vaudois et les albigeois, qui furent considérés comme les descendants directs des manichéens, admettaient comme eux l'existence de deux principes, entièrement indépendants, qui se partageaient le gouvernement du monde. Bardesanes, Manès, Priscillien, semblaient renaître dans les sectes que nous venons de nommer. Ces sectes, en élevant le diable jusqu'à l'idée de cause, en firent le vice-roi tout-puissant de ce monde; elles partagèrent leurs adorations, et l'importance que prit alors la sorcellerie fut une conséquence de leurs doctrines. L'Église, qui retrouvait là d'antiques erreurs, s'arma d'une rigueur nouvelle. Elle enveloppa dans une même proscription les hérétiques et les sorciers, et pour punir des crimes qui remontaient jusqu'à Dieu, on recourut aux supplices que Dieu lui-même imposait aux réprouvés: on brûla ceux que l'on regardait comme coupables d'hérésie et de sorcellerie. Une juridiction nouvelle, celle de l'inquisition, fut instituée pour connaître de ces crimes, et une bulle du pape Innocent VIII signala les sorciers à la sévérité des inquisiteurs. «Nous avons appris, dit cette bulle, qu'un grand nombre de personnes des deux sexes ne craignent pas d'entrer en communication avec le diable, et que par leurs sorcelleries elles frappent également les hommes et les animaux, rendent les mariages stériles, font périr les enfants des femmes et les petits des bestiaux, flétrissent les blés, les jardins, les fruits et l'herbe des pâturages.» Par ces motifs, les inquisiteurs furent armés de pouvoirs extraordinaires. Les juges civils les secondèrent dans l'œuvre de la répression. Les bûchers s'allumèrent, et les sorciers, ou ceux que l'on regardait comme tels, furent immolés par centaines. Déjà, dès les premiers siècles de notre ère, le juif Philon avait dit que leur mort ne doit pas être différée d'un instant; qu'il faut les tuer, «comme on écrase les serpents, les scorpions, et autres bêtes venimeuses, avant qu'elles aient fait un mouvement pour mordre.» Le moyen âge suivit à la lettre cette recommandation cruelle, et quand Voltaire dit qu'on a brûlé en Europe plus de cent mille sorciers, il est sans aucun doute resté bien au-dessous du chiffre véritable.

XXIII.
Procès de sorcellerie au XIVe et au XVe siècle.—Affaire des vaudois d'Arras.—Contradiction expliquée par une absurdité.

Au XIVe et au XVe siècle, on voit les procès de sorcellerie se multiplier d'une manière extraordinaire, principalement en Espagne et en Italie. Les accusés appartiennent à toutes les classes de la société, aux plus éclairées comme aux plus ignorantes, et les membres du clergé ne sont pas même épargnés.

Pierre d'Albano, écrivain italien et savant fort distingué, fut accusé d'avoir appris les sept arts libéraux par le secours de sept démons. On voulut le convaincre d'avoir enfermé ces sept démons dans une grosse bouteille qu'on trouva chez lui remplie d'une mixtion de sept drogues différentes. Il fut mis en prison à l'âge de quatre-vingts ans; on lui fit son procès, mais il mourut avant le jugement; et comme il n'avait point été condamné, on l'enterra d'abord dans l'église Saint-Antoine de Padoue. Bientôt les inquisiteurs le firent déterrer, et, par leur ordre, on brûla ses os dans la grande place.

En 1453, le prieur de Saint-Germain en Laye, Guillaume Édeline, docteur en théologie, fut accusé de s'être donné au démon dans l'intention de posséder une femme dont il était vivement épris, et de s'être trouvé souvent au sabbat. La sentence fut prononcée à Évreux; mais protégé qu'il était par sa qualité de prêtre, il en fut quitte pour une prison perpétuelle, et le pain et l'eau pour toute nourriture.

Ce fut surtout dans les procès intentés aux vaudois que se révélèrent en France la sottise et la cruauté des lois, la crédulité des juges et la perversité de certains hommes qui exploitaient dans un intérêt de vengeance et de fortune l'ignorance et la méchanceté de leurs contemporains. Les vaudois du XVe siècle sont mentionnés pour la première fois dans une bulle du pape Eugène IV donnée à Florence le 10 avril 1439. Eugène accuse Amédée VIII, duc de Savoie, que le concile de Bâle venait d'élire pape, après l'avoir déposé lui-même, de s'être laissé séduire par des sorciers, frangules, straganes ou vaudois, et de s'être servi de leur aide pour l'exécution de ses coupables projets. Voici ce que dit Monstrelet:

«Le duc, le prince et l'ouvrier de toute cette néphande œuvre a esté ce très desloyal Sathan Asmodus, jadis duc de Savoye, lequel jà piéçà a ces choses prémedictées en son couraige et a esté acerténé de plusieurs fauches pronostications et sorceries de plusieurs inexcécrés et maulditz hommes et femmes, lesquelz ont délaissé leur Sauveur derrière et se sont convertiz aprez Sathan, séduitz par illusion de dyables, lesquelz en commun langage sont nommées sorceries, frangules, straganes ou vaudoyses, desquelz on dit en avoir grant foison en son pays. Et par telles gens, jà passé aulcuns ans, a esté séduyt tellement que affin que il peust esleue estre ung chief monstrueux et difforme en l'Église de Dieu, il print ung habit de hermite, etc.»

Les accusations de vaudrerie se multiplièrent bientôt avec une extrême rapidité, principalement au nord de la France, en Flandre et en Picardie. Dans un chapitre général des frères prêcheurs tenu à Langres en 1459, un nommé Robinet de Vaulx, natif de Hébuterne, en Artois, condamné au feu comme vaudois ou sorcier, car les deux noms étaient synonymes, signala un grand nombre de personnes comme coupables du même délit. De nouvelles arrestations furent faites, et les vicaires de l'évêque d'Arras, voyant que le nombre des accusés augmentait dans une proportion effrayante, et de plus que les faits étaient loin d'être prouvés, furent d'avis d'abandonner les poursuites. Jacques Dubois, docteur en théologie, et l'évêque Jean Faulconnier, soutinrent au contraire la culpabilité, et prétendirent que «aussitôt qu'un homme estoit print, et accusé pour ladicte vaulderie, on ne les debvoit aider ny secourir, l'eust père, mère, frère ou quelque autre proche parent ou amy, sous peine d'estre prins pour vaudois.» Ces doctrines prévalurent. La pitié fut interdite; on nomma des commissions composées de clercs, de moines et de jurisconsultes, on amena les accusés, la tête couverte d'une mitre, sur un échafaud au milieu de la cour du palais épiscopal; et là, l'inquisiteur Pierre Broussard leur reprocha d'avoir assisté au sabbat. On les soumit ensuite à la torture, et quand on leur demanda si les faits allégués contre eux étaient réels: vaincus par la douleur, ils répondirent que oui. Peu de jours après on les brûla, et tous, en mourant, protestèrent de leur innocence. L'année suivante, en 1460, de nouvelles exécutions eurent lieu. Mais en 1461 le nouvel évêque, Jean Geoffroy, qui pendant toutes ces scènes lugubres avait été absent de sa ville épiscopale, y revint enfin pour mettre un terme à ces cruautés; il désapprouva vivement la conduite des juges; le parlement s'intéressa dans l'affaire; on relâcha les prétendus vaudois qui se trouvaient encore en prison, et trente ans plus tard, le 10 juillet 1491, la mémoire des malheureuses victimes de cette odieuse persécution fut solennellement réhabilitée au lieu même où elles avaient subi le dernier supplice[6].

Ici se présente naturellement cette question qui ressort de la nature même des accusations dont les sorciers étaient l'objet: comment des hommes qui avaient asservi les éléments, qui se transportaient par les airs avec la rapidité de la pensée, et dont le diable lui-même s'était fait l'esclave complaisant, comment de pareils hommes pouvaient-ils se laisser prendre, ou comment une fois pris n'échappaient-ils point à la prison, et par cela même au supplice? Il y avait là, pour ceux qui croyaient au pouvoir des sorciers, un fait embarrassant; mais le moyen âge avait toujours une réponse prête pour toutes les absurdités, et les juges aussi bien que la foule ignorante étaient persuadés que du moment où le sorcier se trouvait dans les mains de la justice, le diable l'abandonnait aussitôt; qu'il pouvait bien, pendant la durée du procès, lui donner quelques conseils, mais qu'il était tout à fait impuissant à le sauver. L'absurdité de l'accusation se trouvait ainsi sauvegardée par une absurdité nouvelle.
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MessageSujet: Re: TOUT SUR LA MAGIE NOIRE   Lun 14 Avr - 14:55

XXIV.
La sorcellerie au XVIe siècle.—Scepticisme et crédulité de cette époque.—Les diableries de Luther.—Poursuites nombreuses.—Causes de ces poursuites.—Interrogatoires, aveux et supplices.—Sorciers emportés par le diable.

Le XVIe siècle, que l'on est convenu de regarder comme une époque d'affranchissement pour l'esprit humain, se montra, en ce qui touche les sciences occultes, plus crédule et aussi cruel que les siècles précédents. Le nombre des sorciers s'accrut par toute l'Europe dans une proportion considérable; et les traités de sorcellerie et de démonologie qui furent à cette date publiés dans toutes les langues et chez tous les peuples de la chrétienté, contribuèrent à fortifier encore les erreurs populaires, chez les catholiques aussi bien que chez les réformés.

La plupart des prédicateurs institués après l'adoption des doctrines de Luther étaient en général des hommes dépourvus d'instruction, des artisans étrangers à toute espèce de science et de littérature. Au lieu de combattre la sorcellerie, ils contribuèrent encore à la propager dans les sectes nouvelles, et Luther lui-même leur donna l'exemple. Les sympathies de l'orgueil et de la révolte rapprochent le démon et le réformateur, et pour le moine de Worms il semble que le monde ne soit qu'une immense diablerie: il tient avec le diable des conférences théologiques; et il arriva même un jour que Luther, ne sachant que répondre aux arguties de son adversaire, lui lança, à défaut de raisonnements et de textes, son écritoire à la figure; on montra longtemps dans la chambre célèbre de la Wartbourg une large tache d'encre qui rappelait la dispute. Dans ce grand siècle du scepticisme, qui est aussi le grand siècle de la crédulité, Satan se relève de son antique déchéance, et il vient d'un souffle puissant éteindre les lueurs tremblantes de la raison, comme autrefois il éteignait les lampes dans le cloître de Cîteaux.

Ainsi qu'au temps de Salvien, le diable est partout avec son cortège de sorciers. Au nord et au midi, en Italie, en Espagne, en France, en Angleterre, la ronde échevelée du sabbat emporte dans son tourbillon fantastique les adorateurs de Satan. Les bûchers brident sans s'éteindre. En quelques années, le seul électorat de Trêves vit périr plus de six mille de ses habitants. En Angleterre, un enfant de cinq ans fut accusé de tourmenter ceux que lui désignaient les initiés, et des gens qui s'imaginaient avoir été mordus par lui montraient sur leur corps les marques de ses dents. Les animaux mêmes ne furent point épargnés, et l'on pendit un chien pour crime de sorcellerie.

En France, la persécution fut incessante et sans miséricorde. Pierre de Lancre, magistrat au parlement de Bordeaux, devint conseiller d'État pour avoir envoyé à la mort, dans le pays de Labourd, environ cinq cents malheureux, qui furent tous brûlés. Un conseiller du duché de Lorraine, Nicolas Rémi, dit avec un certain orgueil, en résumant ses services: «Je compte que depuis quinze ans que je juge à mort en Lorraine, il n'y a pas eu moins de neuf cents sorciers convaincus envoyés au supplice par notre tribunal.» Il existait, dit-on, à Paris, sous le règne de Charles IX, plus de trente mille individus qui s'occupaient de sorcellerie. En 1515, cinq cents sorciers furent exécutés à Genève dans le cours de trois mois. Un millier périrent en une année dans le diocèse de Côme, et, plus tard, dans le même diocèse, on en brûla une centaine, terme moyen, par année.

A cette triste époque, l'art de reconnaître les sorciers, de les interroger, de les torturer, de pénétrer dans les secrets de leur science, devint, pour quelques hommes, une spécialité qui leur valut des honneurs, du pouvoir, de la renommée. De Lancre, Bodin, Delrio, Boguet, le roi d'Angleterre Jacques II, ont excellé dans les questions de sorcellerie, et l'on conçoit que du moment où ces écrivains admettaient la réalité des faits consignés dans leurs livres, ils aient cru réellement rendre un grand service à la société et à la religion en débarrassant la terre de ces malfaiteurs insignes qui la souillaient par leur présence. On peut en juger par les quinze chefs d'accusation suivants qui nous ont été conservés par Bodin, et qui tous, selon lui, méritent une mort exquise: 1° Les sorciers renient Dieu; 2° ils le blasphèment; 3° ils adorent le diable; 4° ils lui vouent leurs enfants; 5° ils les lui sacrifient avant qu'ils soient baptisés; 6° ils les consacrent à Satan dès le ventre de leur mère; 7° ils lui promettent d'attirer tous ceux qu'ils pourront à son service; 8° ils jurent par le nom du diable, et s'en font honneur; 9° ils commettent des incestes; 10° ils tuent les personnes, les font bouillir et les mangent; 11° ils se nourrissent de charognes et de pendus; 12° ils font mourir les gens par le poison et par les sortilèges; 13° ils font crever le bétail; 14° ils font périr les fruits et causent la stérilité; 15° enfin ils ont copulation charnelle avec le diable.

On frémit quand on voit sur quels soupçons et sur quelles preuves impossibles reposent la plupart des procès de sorcellerie. Les juges voient des coupables partout, et comme le dit avec raison Walter Scott en parlant des écrits de de Lancre, son histoire ressemble à la relation d'une guerre à outrance entre Satan, d'un côté, et les commissaires du roi de l'autre, attendu, dit le démonographe, que rien n'est plus propre à frapper de terreur le diable et tout son empire qu'une commission armée de tels pouvoirs. La simple accusation équivalait la plupart du temps à un arrêt de mort, car il était toujours impossible de prouver qu'on n'avait point de rapports avec Satan. Une épidémie venait-elle à éclater dans une ville, un orage avait-il ravagé la campagne, un paysan perdait-il ses bœufs ou ses moutons, il ne manquait jamais de gens pour accuser les sorciers de ces malheurs. C'était là, pour les haines et les vengeances, une accusation commode, et c'était aussi, pour la cupidité, une source féconde de profit, car, en plusieurs pays, les biens des condamnés étaient répartis, après confiscation, non-seulement entre les rois, les princes, les villes, etc., mais encore entre les dénonciateurs et les juges, et ce fait, aussi bien que la crédulité, peut expliquer le grand nombre des accusations[7]. Le président Hénault rapporte que demandant à La Peyrère, auteur d'une histoire de Groënland, pourquoi il y avait tant de sorciers dans le nord, celui-ci lui répondit: «C'est que le bien de ces prétendus sorciers que l'on fait mourir est en partie confisqué au profit de ceux qui les condamnent.»

Dans les procès pour sortilèges, l'audition des témoins n'était qu'une formalité insignifiante, et souvent dangereuse pour ces témoins eux-mêmes, que l'on ne manquait pas d'accuser aussi lorsqu'ils manifestaient le moindre doute ou la moindre pitié. Les circonstances les plus futiles étaient regardées comme des preuves irrécusables de culpabilité. Ainsi nous avons vu plus haut que, d'après une croyance générale, Satan, dans les initiations du sabbat, imprimait avec l'ongle du petit doigt une marque presque invisible sur le corps des néophytes. L'un des premiers soins des juges était de retrouver cette marque sur les accusés, et il suffisait souvent de la plus légère cicatrice pour être déclaré sorcier. L'insensibilité, telle qu'elle existe dans la catalepsie, et quelquefois même dans le sommeil; l'extrême abattement du regard, l'impossibilité de pleurer, étaient aussi considérés comme des témoignages irrécusables, et les faits les plus simples, traduits en faits merveilleux, prenaient de suite le caractère du crime. Nous ne citerons qu'un exemple, tiré du démonographe Boguet, exemple qui nous dispensera des autres par sa sottise et son atrocité: Un paysan, couché auprès de sa femme, s'aperçut que celle-ci était complètement immobile. Il l'appela, la tira par le bras, mais en vain; il lui sembla que le souffle même était complètement suspendu en elle, lorsqu'il la vit tout à coup, aux premières clartés du jour, se lever sur son séant, ouvrir de grands yeux, et pousser un grand cri. Le paysan, épouvanté, alla de suite raconter cet événement à Boguet. Aussitôt celui-ci fit emprisonner la femme, et trouva dans les circonstances racontées par le mari les éléments d'une accusation des plus graves. La pauvre femme eut beau protester, en attribuant son sommeil et son insensibilité à la fatigue éprouvée dans le travail du jour, elle fut condamnée et brûlée.

Ce n'étaient pas seulement les hommes, mais les démons eux-mêmes qui punissaient les sorciers. Wier raconte qu'une sorcière d'Angleterre, pressentant sa mort prochaine, dit à ses enfants: «Aujourd'hui ma charrue est parvenue à son dernier sillon. Les diables viendront chercher mon corps et mon âme. Je vous prie donc de prendre ce corps, de le coucher dans une peau de cerf, de l'enfermer clans une bière de pierre, et de serrer le couvercle de cette pierre avec trois grandes chaînes. Peut-être la terre ne voudra-t-elle point recevoir ma dépouille. Cependant quatre jours après ma mort, vous me donnerez la sépulture, et pendant cinquante jours et cinquante nuits, vous ferez dire des messes et réciter des prières.» Les enfants exécutèrent la volonté de leur mère; le corps fut porté dans une église, les prêtres officièrent autour du cercueil; mais vers la troisième nuit on entendit tout à coup un bruit effroyable, les portes du temple furent brisées en morceaux; des hommes d'une figure étrange apparurent aussitôt; l'un d'eux, plus grand et d'un aspect encore plus terrible que les autres, s'avança vers le cercueil, et ordonna à la morte de se lever. Celle-ci répondit qu'elle ne le pouvait pas à cause de la chaîne qui liait son cercueil. «Cette chaîne sera brisée,» dit l'inconnu, qui n'était autre que le diable. La chaîne en effet fut brisée comme verre; le diable poussant du pied, le couvercle de la bière, prit la morte par la main et la conduisit à la porte de l'église. Là un cheval noir, magnifiquement enharnaché, hennissait et battait la terre du pied; le démon fit asseoir le cadavre sur une selle toute garnie de pointes de fer; le cheval partit au galop. On entendit pendant deux lieues la sorcière qui criait et appelait du secours; bientôt ses plaintes se perdirent dans la nuit, et ceux qui furent témoins de cette étrange aventure ne doutèrent point qu'elle ne fût partie pour l'enfer.» Les instruments qui servaient aux maléfices des sorciers étaient traités avec la même rigueur que les sorciers eux-mêmes; on brisait leurs anneaux, et on brûlait leurs livres. Cet usage remonte aux premiers temps de l'Église, comme on le voit par l'exemple de saint Paul, qui brûla dans la ville d'Éphèse une masse considérable de volumes magiques représentant une valeur de cinquante mille livres d'argent.
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MessageSujet: Re: TOUT SUR LA MAGIE NOIRE   Lun 14 Avr - 14:56

XXV.
Le licencié Torralba.—Des procès de sorcellerie et de la croyance aux sorciers depuis le XVIe siècle jusqu'à nos jours.

Vous le connaissez tous, ce licencié fameux, car don Quichotte en parlait avec Sancho lorsque, monté sur Chevillard, il entreprenait de détruire l'enchantement qui avait couvert de barbe le menton des dames du château du duc. «Souviens-toi, disait le chevalier de la Manche, que les diables emportèrent Torralba dans l'air, à cheval sur un roseau, les yeux bandés; qu'il arriva à Rome en douze heures, où il descendit à la tour de Nona, qui est une rue de cette ville, d'où il put voir le choc et la mort du Bourbon, et que, le lendemain matin, il était déjà de retour à Madrid, où il rendit compte de tout ce qu'il avait vu. Il raconta aussi qu'étant dans les airs, le diable lui dit d'ouvrir les yeux, ce qu'ayant fait, il se vit si près du disque de la lune qu'il aurait pu la toucher de la main, et qu'il n'osa point tourner ses regards sur la terre, crainte de s'évanouir.»

Célèbre entre tous les sorciers de l'Espagne, Torralba a raconté lui-même sa vie aux inquisiteurs qui furent chargés de le poursuivre, et nous la raconterons d'après lui-même, parce qu'elle offre dans l'espèce une variété particulière, et qu'elle montre que, si pour de malheureux hallucinés, la sorcellerie était un rêve dangereux, elle pouvait aussi quelquefois, pour des intrigants habiles, devenir, en dépit des inquisiteurs eux-mêmes, une assez bonne spéculation. Le licencié Torralba naquit dans la ville de Cuença; à quinze ans il fut attaché au Cardinal Soderini. Vers 1501, il fut reçu médecin, et se lia d'amitié avec un juif nommé Alphonse, qui avait renoncé à la loi de Moïse pour celle de Mahomet, à laquelle il renonça bientôt pour se faire chrétien, et revenir ensuite par une nouvelle évolution à la religion naturelle. Alphonse fit faire à Torralba la connaissance d'un certain moine dominicain, nommé frère Pierre, lequel, à son tour, le mit en rapport avec un esprit élémentaire nommé Zéquiel, que nul autre esprit n'égalait dans la connaissance de l'avenir et des choses cachées. Zéquiel, sur l'invitation de frère Pierre, apparut sous la figure d'un jeune homme blanc et blond, vêtu d'un habit couleur de chair et d'un surtout noir. Il dit à Torralba: «Je serai à toi pour tout le temps que tu vivras, et te suivrai partout où tu seras obligé d'aller.» Depuis ce temps, l'esprit tint sa promesse; il apparut à son protégé aux différents quartiers de la lune, et lui enseigna les secrets merveilleux propres à la guérison des maladies. Il lui apprit en même temps à connaître l'avenir par l'inspection des mains, ce qui fit au licencié une grande réputation et le mit en rapport avec les principaux personnages de son temps. Torralba se trouvait, en 1510, à la cour de Ferdinand le Catholique, lorsque Zéquiel le chargea de dire à ce prince qu'il recevrait bientôt une nouvelle désagréable. Le lendemain on apprit par un courrier d'Afrique, la défaite de l'expédition entreprise contre les Maures, et la mort de don Garcie de Tolède, fils du duc d'Albe, qui commandait l'armée espagnole. Une autre fois, Torralba prédit à l'archevêque Ximenès de Sisneros, qu'il parviendrait à être roi, ce qui se vérifia, au moins quant au fait, puisqu'il fut gouverneur absolu de toutes les Espagnes et des Indes. En 1513, Torralba, qui se trouvait alors à Rome, eut envie de voir un de ses amis intimes dont la résidence était Venise. Zéquiel, qui connut son désir, le mena dans cette ville et le ramena à Rome en si peu de temps que les personnes qui faisaient sa société habituelle ne s'aperçurent point qu'il leur eût manqué.

Le 5 mai 1525, Zéquiel dit au licencié que le lendemain la ville de Rome serait prise par les troupes de l'empereur. Le licencié pria l'esprit de le conduire dans la capitale du monde chrétien pour être témoin de ce grand événement. Zéquiel y consentit; il remit à son affidé un bâton plein de nœuds en lui disant: «Ferme les yeux, ne t'effraye pas, prends ceci dans ta main, et il ne t'arrivera rien de fâcheux.» Ils se trouvèrent bientôt à Rome. C'est à cet événement que don Quichotte fait allusion. Après avoir assisté à toutes les péripéties de la prise de cette ville, ils revinrent à Valladolid en une heure et demie. Torralba publia tout ce qu'il avait vu, et comme on ne tarda pas à apprendre à la cour la nouvelle de tous les événements qui venaient de s'accomplir en Italie, la réputation du licencié, qui était alors médecin de l'amiral de Castille, se répandit dans toute l'Espagne, et on le proclama le plus grand nécromancien, le plus grand sorcier, le plus habile devin qui eût encore existé.

Jusqu'à ce moment, Torralba en exploitant habilement les connaissances surhumaines de son lutin Zéquiel, était parvenu à se faire un nom célèbre, à ramasser de grosses sommes d'argent, à se donner auprès des grands, importance et crédit. Il n'avait oublié qu'une chose, c'est qu'il fallait, un jour ou l'autre, compter avec l'inquisition. Après avoir subi une détention de trois ans dans les prisons du saint-office, il fut arrêté au commencement de l'année 1528, et, après un an d'information, il fut décrété que Torralba serait appliqué à la question autant que son âge et sa qualité pouvaient le permettre, afin de savoir quelle avait été son intention en recevant et en gardant auprès de lui l'esprit Zéquiel; s'il croyait fermement que ce fût un mauvais ange, s'il avait fait un pacte pour se le rendre favorable, quel avait été ce pacte, comment s'était passée la première entrevue, si alors, ou depuis ce jour, il avait employé la conjuration pour l'invoquer, etc. Le licencié ne s'effraya point, il donna des détails précis qui ne permirent point aux inquisiteurs de douter de l'existence de Zéquiel, et ils suspendirent la condamnation pendant l'espace d'un an, pour se donner la gloire d'amener à une éclatante conversion un sorcier si fameux. Frère Augustin Barragan, prieur du couvent des dominicains de Cuença, et Diègue Manrique, chanoine de la cathédrale de la même ville, furent chargés de préparer la réconciliation de l'accusé avec l'Église. Celui-ci répondit aux exhortations des deux prêtres qu'il se repentait beaucoup de toutes ses fautes; mais que, quant aux conseils qu'on lui donnait, de s'interdire toute communication avec l'esprit Zéquiel, la chose n'était pas en son pouvoir attendu que cet esprit était beaucoup plus puissant que lui; que du reste il consentait à ne plus l'appeler, et qu'il s'engageait à n'écouter à l'avenir aucune de ses propositions. Les inquisiteurs se contentèrent de la réponse, et l'amiral de Castille aidant, le licencié fut bientôt mis en liberté. Le procès de Torralba fut longtemps célèbre en Espagne où Zéquiel est encore populaire, et un historien moderne, en racontant toutes les péripéties de cette affaire célèbre, dit qu'on ne sait ce qui doit le plus étonner, ou la crédulité et l'ignorance des inquisiteurs et des conseillers du saint-office, ou l'audace de l'accusé, qui entreprend de faire passer ses impostures pour des faits, malgré un emprisonnement de trois années, et les tourments de la question. Ce même historien ajoute, avec raison, que c'est là un exemple frappant de ce que l'homme est capable d'entreprendre lorsqu'il veut attirer sur lui l'attention publique, et s'élever à la fortune et aux honneurs. L'histoire de bien des sorciers dans ce monde est en réalité la même que celle du licencié Torralba.

La torture était, pour ainsi dire, le seul mode d'information, et il résultait de là que les accusés se trouvaient toujours condamnés d'après leur propre témoignage, car ceux qui persistaient à se déclarer innocents au milieu des douleurs atroces qu'on leur faisait subir, ne formèrent jamais qu'une très-faible minorité. Il suffit de jeter les yeux sur les interrogatoires de quelques sorciers pour reconnaître qu'il n'y a là que les hallucinations de la folie, ou des réponses incohérentes arrachées par d'intolérables douleurs. Consultons, par exemple, les «faits et dicts mémorables advenus en la confession de Marie de Sains, princesse de magie.» Nous verrons Marie de Sains déclarer qu'elle avait donné son corps et son âme au diable; avait occis plusieurs petits enfants, les avait ouverts tout vifs, afin de les sacrifier au diable; en avait égorgé plusieurs, mangé le cœur à d'autres. Elle en avait volé et les avait tués pour les porter au sabbat; elle les avait premièrement étouffés. Elle en avait rôti, noyé, brûlé, bouilli, jeté dans les latrines, dans des fours échauffés, donné à manger aux loups, lions, serpents; elle en avait pendu par les pieds, par les bras, par le cou; chiqueté aucuns si menu que sel; à aucuns brisé la teste contre une muraille; escorché d'autres, assommé comme on assomme bœufs, tiré les entrailles du ventre; elle en avait lié à de gros chiens pour les écarteler, tenaillé et crucifié pour dépiter et faire déshonneur à celui qui les avait créés. Elle avait adoré le prince du sabbat, Louis Gaufridi, et cependant elle se croyait une sainte, quoiqu'elle eût mangé journellement la chair des petits enfants. Elle avait chanté en l'honneur de Lucifer le psaume: Laudate Dominum de coelis, et autres; méprisé le paradis de tout son cœur, désiré l'enfer pour son éternelle demeure; donné au démon toutes les parties de son corps, toutes les gouttes de son sang, tous ses nerfs, tous ses os, toutes ses veines, etc., etc.»

Didyme, sorcière, s'accusera de faits analogues[8]: «Le diable lui a conseillé de prendre l'habit dans un couvent pour y jeter le trouble; elle a semé des poudres dans tous les parloirs, dans les cloîtres, dans les jardins, pour que ceux qui y viendraient se rompissent le cou; le diable l'a incitée à faire devenir fous, à faire mourir subitement tous les habitants de la maison.

«Elle a mangé de la chair des petits enfants; elle en a porté sept ou huit à la synagogue, où on les a tués; elle a mangé de la chair d'un de ces enfants, et du cœur d'autres enfants. Elle en a tué un de ses propres mains, avec un licou; c'est Béelzébuth qui le lui a commandé.—Elle a été baptisée au nom de très-méchants démons.

«Elle a donné au diable une cédule signée de son propre sang, par laquelle elle lui donnait son corps et son âme. Elle a renié Dieu, sa mère et toute la cour céleste.»

Pour échapper aux affreuses souffrances auxquelles ils étaient soumis dans la torture, les sorciers au moyen de certaines drogues dont la recette est aujourd'hui perdue, arrivaient à un état complet d'insensibilité. Cet état est attesté par un grand nombre d'écrivains, entre autres par Laboureur, avocat du roi au bailliage de Dijon, qui, dans son Traité des faux sorciers et de leurs impostures, publié en 1585, dit qu'il est inutile de donner la question, à cause d'une drogue engourdissante que les geôliers vendaient aux accusés. Nicolas Eymeric, grand inquisiteur d'Aragon, dans son Directoire des inquisiteurs, parle également en termes formels de sorciers qui, appliqués à la torture, paraissaient insensibles. Les phénomènes de l'éthérisation donnent à ces faits un nouveau degré de vraisemblance; mais, si les accusés parvenaient ainsi à se dérober aux douleurs de la question, ils ne se dérobaient point pour cela au supplice,—car les juges, en voyant l'adresse des bourreaux impuissante et vaincue, se rejetaient encore sur le diable, qu'ils accusaient d'être l'auteur de ce phénomène, après l'avoir accusé, toutefois, comme nous l'avons vu plus haut, d'abandonner ses disciples lorsqu'ils tombaient sous la main de la justice,—et l'insensibilité fut regardée comme la preuve la plus certaine de la culpabilité. Que pouvait-on attendre de juges comme de Lancre, comme Boguet ou comme les membres du parlement d'Aix, qui siégèrent dans le procès du curé Gaufridi? Ces derniers entraient pour tenir séance dans la grande chambre, lorsque tout à coup on vit rouler sur le parquet, au milieu d'un nuage de poussière, un objet volumineux et noir. Messieurs de la Tournelle, épouvantés, s'imaginant qu'ils avaient affaire au diable, se mirent à fuir en criant, hormis le rapporteur, qui, embarrassé dans sa robe, s'était agenouillé en marmottant des prières. L'objet noir, à son tour, demanda pardon, et tout s'éclaircit. Le prétendu diable était un petit ramoneur qui, en train de nettoyer la cheminée, avait perdu l'équilibre; les fugitifs se remirent en séance; le rapporteur commença la lecture des pièces, et Gaufridi fut condamné au feu, sans qu'il leur vînt à l'idée que d'autres avaient pu, comme eux, prendre un ramoneur pour le diable.

C'est à peine si, durant de longs siècles, quelques voix s'élevèrent pour protester contre ces cruautés et ces folies qui infestèrent les plus beaux jours du règne de Louis XIV lui-même. Fénelon, La Fontaine, La Bruyère, Molière, s'élèvent en plusieurs passages de leurs écrits immortels contre l'absurde croyance à l'astrologie judiciaire, toute-puissante encore dans les hautes classes de la société; et, quoique tout soit possible aux hommes en fait de sottise et de méchanceté, on ne peut comprendre que les procès de Loudun et de Louviers soient contemporains de la Méthode de Descartes, de Polyeucte et de Cinna. La lumière, cependant, brillait d'un éclat trop vif pour que les ténèbres de la sorcellerie ne fussent point bientôt dissipées. La croyance absolue, qui avait été si longtemps la règle générale, devint enfin l'exception. Le parlement donna le signal de la réaction officielle. Il demanda, avant de condamner au feu, des preuves certaines et évidentes. Il infirma ou modéra un grand nombre de sentences des juges inférieurs, craignant justement, dit le père Le Brun, que certes on n'accusera pas de scepticisme, de condamner des visionnaires plutôt que des malfaiteurs; et il posa en principe qu'on ne devait examiner les accusés que par des voies naturelles et légitimes. En 1672, une déclaration de Louis XIV défendit à tous les tribunaux du royaume d'admettre les simples accusations de sorcellerie; enfin, en 1682, une ordonnance nouvelle réduisit les crimes de magie à des proportions naturelles, en les traitant comme des impiétés et des sacrilèges. L'exemple de Louis XIV fut suivi en Angleterre, et, là comme en France, cette date de 1682 marque la fin des persécutions.

Depuis cette époque jusqu'à nos jours, on vit encore ça et là se reproduire quelques faits qui attestent combien est puissante la persistance des traditions. En 1732, Dangis publia un traité sur la magie, en appelant sur les sorciers la sévérité des lois. En 1750, à Wurtzbourg, on brûla une religieuse qui se prétendait sorcière, et qui affirmait avoir donné la mort à plusieurs personnes, quoique ces personnes vécussent encore. Des illuminés fondèrent en Allemagne une école de magie et de théurgie, et recrutèrent de nombreux disciples; enfin, de notre temps même, le 2 décembre 1823, un arrêt de la cour prévôtale de la Martinique condamna aux galères à perpétuité un nègre, nommé Raymond, comme véhémentement soupçonné d'avoir usé de sortilèges et maléfices.
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MessageSujet: Re: TOUT SUR LA MAGIE NOIRE   Lun 14 Avr - 14:57

Aujourd'hui la sorcellerie s'est réfugiée au fond des campagnes, plutôt comme un souvenir que comme une croyance encore vivace et agissante. Les bergers en sont les derniers représentants, comme Matthieu Laensberg est le dernier représentant des astrologues, comme les fées sont les dernières filles des druides. Mais les fées ont perdu leur baguette; les sorts des bergers ne changent plus en loups les jeunes agneaux; le voyageur qui se met en route sans manteau, sur la foi de Matthieu Laensberg, est souvent trempé par la pluie; et ce monde fantastique dont nous venons de raconter l'histoire s'est évanoui devant les clartés de notre âge comme le palais de Morgane aux premiers rayons du jour. Malgré son impuissance et sa folie, la sorcellerie n'en a pas moins dominé longtemps avec l'autorité des choses les plus vraies et les plus saintes; elle a tenté de supplanter la science; elle s'est révoltée contre Dieu; elle a fait éclater au grand jour tout ce qu'il y a de folie et de méchanceté au fond de l'âme humaine, et, de quelque point de vue que l'on se place pour la juger, soit du point de vue religieux, soit du point de vue physiologique ou médical, soit même du point de vue de la simple curiosité, elle présentera toujours l'un des phénomènes les plus étranges, les plus attrayants et les plus douloureux de l'histoire; un phénomène étrange, parce qu'elle montre avec quelle facilité l'erreur s'impose et persiste; douloureux, parce qu'elle laisse à travers les siècles une trace sanglante; attrayante, parce qu'on y voit poindre toutes les curiosités de l'esprit humain, et qu'elle cherche en dehors de toute observation positive, la solution de quelques-uns des problèmes que la science moderne a résolus. Par l'alphabet sympathique, elle veut correspondre aux extrémités du monde, et aujourd'hui le télégraphe électrique marche comme la pensée elle-même. Elle demande à l'anneau du voyageur la locomotion rapide et sans fatigue, et la vapeur plus rapidement encore que d'après les anciennes croyances l'anneau mystérieux ne le pouvait faire; le fulgurateur antique veut à son gré faire tomber la foudre, et Franklin, le fulgurateur moderne, arrache au ciel la foudre obéissante; enfin la sorcière volante veut se frayer un chemin à travers les airs, et le ballon, dans cette route des oiseaux, nous emporte plus loin que les aigles et plus haut que les nuages.
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MessageSujet: Re: TOUT SUR LA MAGIE NOIRE   Lun 14 Avr - 14:59

Le code des sorciers par Henry Boguet ( 1550-1619 ).

Grand Juge de la terre de Saint Claude au comté de Bourgogne, mort en 1619, auteur d'un livre plein de crédulité souvent puérile et d'un zèle outré contre la sorcellerie. Ce livre publié au dix septième siècle est intitulé Discours des sorciers, avec six avis en fait de sorcellerie et une instruction pour un juge en semblable matière. C'est une compilation des procédures auxquelles, comme juge, l'auteur a généralement présidé. On y trouve l'histoire de Louise Maillat, possédée de cinq démons à l'âge de huit ans ; l'auteur détaille les abominations qui se font au Sabbat.

Dictionnaire Infernal, Collin de Plancy, 1863

Le juge du ressort instruit l'affaire et la juge ; on ne doit point suivre là-dedans les formes ordinaires. La présomption de sorcellerie suffit pour arrêter les personnes. L'interrogatoire doit suivre l'arrestation, parce que le Diable assiste les sorciers en prison.

Le juge doit demander à l'accusé s'il a des enfants.

Il doit bien adviser à la contenance des sorciers, voir si le prévenu ne jette point de larmes, s'il regarde à terre, s'il barbotte à part, s'il blasphème : cela est indice.

Souvent la honte empêche le sorcier d'avouer ; c'est pourquoi il est bon que le seul juge soit seul, et que le greffier soit caché pour écrire les réponses.

Si le sorcier a devant lui un compagnon du sabbat , il se trouble. On doit raser le sorcier, pour mettre à découvert le sort de taciturnité.

On ne doit point mettre au bain le sorcier ; le suffragant de Trèves dit que c'est pêché. Il faut visiter le prévenu avec un chirurgien, pour chercher les marques.

Si l'accusé n'avoue pas, il faut le mettre dans une dure prison, et avoir des gens affidés pour tirer la vérité du patient.

Il y'a des juges qui veulent promettre le pardon, et qui ne laissent pas de de passer à l'exécution, mais cette coutume, autorisée par bon nombre de docteurs, me parait Barbare.

Le juge doit eviter la torture pour le prévenu, puisqu'elle ne fait rien sur le sorcier ; néanmoins il est permis d'en faire usage, même un jour de fête.

Si l'accusé se trouve saisi de graisses, si le bruit public l'accuse de sorcelleries, il est sorcier.

Les indices légers sont les variations dans les réponses, les yeux fixés en terre, le regard hagard.

Les indices graves sont la naissance ; comme si par exemple, le prévenu était enfant de sorcier, s'il est marqué, s'il blasphéme.

Le fils est admis à deposer contre son père.

Les témoins reprochables doivent être entendus comme les autres.

On doit aussi entendre les enfants.

Les variations dans les réponses du témoin ne peuvent faire présumer en faveur de l'innocence de l'accusé, si tous l'accusent d'être sorcier.

La peine est le supplice du feu : on doit étrangler les sorciers, et les brûler après.

Les loups garous doivent être brûlés vifs.

On condamne justement sur des conjectures et présomptions ; alors on ne brûle pas, mais on peut pendre.

Le juge doit recueillir les dépositions.
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MessageSujet: Re: TOUT SUR LA MAGIE NOIRE   Lun 14 Avr - 15:01

Pierre De Lancre.

En 1484, la bulle Summis Desiderantes désigna deux inquisiteurs pour enquêter et mettre un peu d'ordre. En 1489 Sprenger avait publié le Malleus Maleficarum - le marteau des sorciers - livre fondamental qui constitue le code de la sorcellerie. A partir de ce moment les juges ecclésiastiques et laïques se mirent à la triste besogne, les bûchers s'allumèrent pour purger le royaume des serviteurs de Satan, l'histoire ouvrait ses portes à l'abomination incarnée en un seul homme : Pierre de Lancre.

Né en 1553 d'une famille bourgeoise bordelaise, contemporain de Montaigne, il avait été envoyé jeune en Italie pour étudier le droit à Turin. Curieux, il avait visité toute la péninsule. Docteur en droit en 1579, il avait pris des vacances avant de rentrer à Bordeaux, avait poussé jusqu'à Prague puis était revenu en traversant la Provence et le Languedoc. D'abord avocat, il devint conseiller au Parlement de Bordeaux le 3 août 1582. En le choisissant pour mettre de l'ordre dans le pays de Labourd, on savait qu'il était particulièrement renseigné sur le surnaturel et le merveilleux, durant ses études on lui avait révélé la puissance du démon en lui montrant chez un apothicaire une jeune fille possédée par le malin. En matière de sorcellerie, il avait tout lu et croyait à tout. Un auteur avait dit parlant de lui que sa bonne foi atteignait la naïveté et sa dévotion l'illuminisme.

Lancre, lorsqu'il reçut sa mission avait cinquante-six ans, l'horreur pouvait commencer... Dés son arrivée, De lancre savait que la région du pays de labourd était la proie du démon, à l'évidence il y'avait des sorciers partout : "Il y'a bien peu de familles qui ne touchent au sortilège par quelque bout".

En un premier temps, il fit décerner des monitoires. Les monitoires sont des mises en demeure, publiées dans les églises, pour enjoindre sous les peines ecclésiastiques, à quiconque pouvait fournir quelques renseignements intéressants les poursuites contre les sorciers de porter dénonciateur. L'arrestation d'un sorcier se faisait avec une extrême précaution, comme la puissance des sorciers vient de la terre dont le centre est la région des flammes infernales, on le saisissait par surprise et on le soulevait de terre. Puis on le plaçait dans un panier dont les anses étaient accrochées à un bâton que deux hommes portaient sur les épaules. Le sorcier était ainsi conduit en prison.

Le premier procès fut fait près d'Acqs à quatre sorcieres et un sorcier qui avaient avoué avoir donné le mal de "Laya" - forme magique de l'épilepsie - à de nombreuses personnes, l'église d'Amou avait été le théâtre d'une marque du Malin, quarante personnes s'étaient roulé à terre et avaient aboyé comme des chiens. La première sorcière appréhendée fut Françoise Broquerion, à qui il suffisait de s'approcher d'un maléficié pour qu'il tombe à terre et entre en crise.

Pour faciliter les recherches, Lancre s'était entouré de collaborateurs dévoués, un chirurgien de Bayonne spécialisé dans la recherche de la Stigma diaboli - la marque du Diable - emplacement du corps, secret et insensible, c'est là que le Diable avait posé le doigt au moment du pacte en signe de possession. Pour découvrir la marque, le chirurgien rasait d'abord tout le corps puis il enfonçait des aiguilles dans les endroits suspectés. Bien meilleure collaboratrice était Mongui, très jolie fille de 17 ans que Lancre avait attachée à sa personne. C'était une repentie qui racontait que pendant plusieurs années avant elle avait été conduite au Sabbat par des sorcières. On lui faisait chercher aussi la marque sur les jolies femmes "qui sont dans les parties très secretes". C'est ainsi que d'arrestations en arrestations et en de nombreux interrogatoires une grande partie de la population finit par avouer sa participation et sa dévotion au Démon. Du maître de Tartas qui avait conduit ses six écoliers au Sabbat au maître de cérémonies un pauvre homme de 73 ans, ils furent tous torturés et brûlés.

De Lancre se déchaîna dans le prononcement de condamnations impitoyables, ou se tenait le Sabbat ? les aveux jaillissaient mélanges à des cris et à des flots de sang. Le diable était partout le soir dans la lande, les femmes volaient et couraient échevelés, on les voyaient nues sur un bâton ou portées sur un bouc. Le conflit qui se dessinait entre les autorités religieuses et laïques allait mettre un terme à cette tuerie. Le 1er novembre la mission de Lancre se finissait, responsable de plus de 500 morts, il pouvait reprendre le chemin de bordeaux. Il y publia le tableau de l'inconstance des mauvais anges et démons vers 1620, au pays de labourd on respirait mais pas pour longtemps, un peu plus tard louis XIII envoya le sévère Laubardemon qui dit un jour Donnez moi deux lignes de l'écriture d'un homme et je le ferai pendre...

Quant à Lancre il vécut vieux et mourut en 1631 à l'âge de 78 ans en laissant ces quelques vers :

Elles prennent plaisir d'écorcher des crapauds
De poudre d'araignées assaisonnent leurs peaux
Et, dans les eaux puantes
Du lac Tennarien détrempant leur venins,
Ces marâtres méchantes
Font mourir les humains de leurs charmes malins.
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Défintion d'aprés le dictionnaire des sciences occultes :

1° l'Incrédulité et mécréance du sortilège pleinement convaincues , où il est amplement et curieusement traité de la vérité ou illusion du sortilège, de la fascination, de l'attouchement, du scopélisme, de la divination, de la ligature ou liaison magique, des apparitions et d'une infinité d'autres rares et nouveaux sujets, par P. Delancre, conseiller du roi en son conseil d'État. Paris, Nicolas Buon, 1612, in-4° de près de 900 pages, assez rare, dédié au roi Louis XIII ; divisé en dix traités. Dans le premier traité, l'auteur prouve que tout ce qu'on dit des sorciers est véritable. Le second, intitulé De la fascination, démontre que les sorcières ne fascinent, en ensorcelant, qu'au moyen du diable. Par le troisième traité, consacré à l'attouchement, on voit ce que peuvent faire les sorciers par le toucher, bien plus puissant que le regard. Le traité quatrième, où il s'agit du scopélisme , nous apprend que, par cette science secrète, on maléficie les gens en jetant simplement des pierres charmées dans leur jardin. Le magnétisme explique aujourd'hui la plupart de ces prodiges. Le traité suivant détaille toutes les divinations. Au sixième traité, on s'instruit de tout ce qui tient aux ligatures. Le septième roule sur les apparitions. L'auteur, qui ne doute jamais de rien, en rapporte beaucoup. Il tombe, dans le huitième traité, sur les juifs, les apostats et les athées. Dans le neuvième, il s'élève contre les hérétiques, dont l'apparition dans tous les temps a produit en effet des fanatismes plus ou moins absurdes ou abominables. Il se récrie, dans le dernier traité, contre l'incrédulité et mécréance des juges en fait de sorcellerie. Le tout est suivi d'un recueil d' Arrêts notables contre les sorciers.

2° Tableau de l'inconstance des mauvais anges et démons , où il est amplement traité de la sorcellerie et des sorciers ; livre très curieux et très utile, avec un discours contenant la procédure faite par les inquisiteurs d'Espagne et de Navarre à cinquante-trois magiciens, apostats, juifs et sorciers, en la ville de Logrogne en Castille, le 9 novembre 1610 ; en laquelle on voit combien l'exercice de la justice en France est plus juridiquement traité et avec de plus belles formes qu'en tous autres empires, royaumes, républiques et États, par P. Delancre, conseiller du roi au Parlement de Bordeaux ; Paris, Nicolas Buon, 1612, in-4° d'environ 800 pages, très recherché, surtout lorsqu'il est accompagné de l'estampe qui représente les cérémonies du sabbat.

Cet ouvrage est divisé en six livres ; le premier contient trois discours sur l'inconstance des démons, le grand nombre des sorciers et le penchant des femmes du pays de Labour pour la sorcellerie. Le second livre traite du sabbat, en cinq discours. Le troisième roule sur la même matière et sur les pactes des sorciers avec le diable, pareillement en cinq discours. Le quatrième livre, qui contient quatre discours, est consacré aux loups-garous ; le livre cinquième, en trois discours, aux superstitions et apparitions ; et le sixième, aux prêtres sorciers, en cinq discours. Tout ce que ces ouvrages présentent de curieux tient sa place dans ce dictionnaire.
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MessageSujet: Re: TOUT SUR LA MAGIE NOIRE   Lun 14 Avr - 15:02

L’abbé Joseph-Antoine Boullan

C’est le 18 février 1824 dans le joli village de Saint-Porquier que l’abbé Joseph-Antoine Boullan voit le jour pour la première fois. Après de brillantes études, il obtient son diplôme de théologie. Ordonné prêtre le 23 septembre 1848, il reste vicaire de la paroisse Saint-Jean à Montauban pendant deux ans. Il fréquente alors les milieux ésotériques et mystiques où son érudition permet de lui ouvrir certaines portes. Il se rend ensuite à Rome, et décroche son doctorat en théologie, grâce à celui-ci il est accepté parmi les missionnaires du Précieux Sang. Il publie alors son premier ouvrage à Colmar en 1853, il s’agit d’une traduction de la Vie Divine de la Sainte Vierge, extraite du livre de la Cité Mystique, rédigé par Marie d’Agreda, célèbre abbesse espagnole du XVIIe siècle. En 1854, il quitte cette congrégation pour s’établir à Paris et devient le principal rédacteur d’une revue liturgique intitulée le Rosier de Marie. C’est au cours d’un séjour en mars 1856 à la Salette, lieu d’apparition mariale controversé, qu’il fait la connaissance d’Adèle Chevalier, religieuse converse belge du couvent Saint-Thomas-de-Villeneuve à Soissons. Celle-ci, connue dans les milieux ecclésiastiques comme miraculée, aurait été guérie de la cécité, ses prédictions et ses déclarations exaltées attirent de nombreux fidèles. Elle choisit rapidement l’abbé comme directeur de conscience, et c’est ensemble qu’ils décident de consacrer leur vie à l’action réparatrice, « il s’agit d’offrir à Dieu, à titre de satisfaction ou de réparation, soit des prières spéciales, soit des souffrances physiques ou morales chrétiennement acceptées, ou même sollicitées, de manière à compenser ainsi dans une certaine mesure les offenses continuellement faites à la majesté divine par les pécheurs non repentis ».

Boullan obtient des supérieurs d’Adèle de s’occuper personnellement de son amie visionnaire. Il se rend à Rome pour solliciter l’autorisation de Pie IX afin de créer un nouvel ordre, le pape n’interdit rien et n’autorise rien, c’est finalement l’évêque de Versailles qui délivre toutes les permissions pour « L’oeuvre de la réparation des âmes ». Le temple baptisé « Bethléem » s’installe à Sèvres, en 1859, Boullan y établit sa compagne comme supérieure et en fait sa maîtresse selon ses principes de mystique sexuelle. Afin de diffuser sa doctrine, il crée sa propre revue, « Les Annales du Sacerdoce », dont voici un extrait significatif : « l’humanité s’est dégradée par un double adultère, dans les personnes d’Adam, souillé aux caresses de Lilith, et d’Eve, flétrie au baiser de Samaël : ainsi la vitalité corporelle du premier couple fut infectée dans sa source même, par le ferment de la concupiscence, qui s’y mêla… La preuve en est dans la sentence de répression fulminée par l’Eternel. Ne dit-il pas à la femme : « Tu accoucheras dans la douleur ?». Le couple fait rapidement scandale, Boullan qui se considère comme un guérisseur spirituel, impose des méthodes de rétablissements qui font grand bruit, ainsi il applique des mélanges d’hosties et de matières fécales sur certaines religieuses de l’ordre qu’il considère comme possédées afin de les exorciser, il leur crache dans la bouche, et leur fait boire leur urine mélangée à celle d’Adèle. Il fait de nombreuses victimes parmi ses riches fidèles en les lésant de grosses sommes d’argent. Jules Bois dira de lui que pour combattre les envoûtements il possédait cinq armes :

1° La voyance,
2° le contresigne,
3° le choc en retour,
4° les sacrifices institués par Vintras,
5° les hosties consacrées.

Il officie suivant des rites spéciaux où Adèle Chevalier offre son corps nu à l’autel, la messe noire est proche…..Le scandale est à son comble lorsque Adèle enceinte fait disparaître l’enfant. On soupçonne Boullan d’avoir religieusement sacrifié le nouveau-né dans un rituel où magie, sexe et rites catholiques sont mêlés, mais aucune preuve n’est apportée.

Malgré ces méthodes douteuses l’abbé gardera sa foi et aura toujours le sentiment de servir l’église. En 1861, un tribunal civil les condamne à trois années d’emprisonnement sous l’inculpation d’escroquerie.

Libérés, ils mènent pendant quelques temps une vie calme. Au bout de trois ans Boullan se rend à Rome où après une stupéfiante confession générale, il avoue ses fautes et… obtient l’absolution, l’église ne voulant pas être éclaboussée par les retombées du scandale. Il récupère ainsi la plénitude de ses pouvoirs sacerdotaux et fonde une revue « Les Annales de la Sainteté », utilisée pour la diffusion de ses doctrines, les conséquences seront identiques que lors de la création de sa première parution. En 1869, il crée l’œuvre de Marie, destinée à combattre l’universelle décadence de la Foi et de la propagation de la magie noire. Cette fondation de courte durée, lui permet de fréquenter des mages noirs au sein des sociétés secrètes, des médiums et des voyants. Sur cet intervalle un décret vient de Rome qui le chasse définitivement de l’Eglise.

C’est à cette époque que Boullan essaie de contacter le célèbre prophète de Tilly, Vintras, une correspondance s’en suit et c’est à Bruxelles en août 1875 qu’ils se rencontrent pour la première fois. Suite à une nouvelle rencontre à Paris, l’abbé s’adonne au vintrassisme. A la mort de Vintras en 1875, il proclame être le successeur de celui qu’il considère comme son maître, bien qu’il ne l’ai rencontré qu’à deux reprises. Il s’installe alors à Lyon chez un de ses adeptes, l’architecte Mismes, et se choisit le pseudonyme d’Elie-Jean-Baptiste (successeur désigné par le ciel selon la doctrine). Nous trouvons maintenant au côté de Boullan, une « vintrassienne »convaincue Julie Thibault « la Femme Apostolique », elle participe à toutes les activités du groupe, aux unions spirituelles, aux unions de vie, elle guérit les malades « dans son ministère de Melchisédech Féminin ».
Vintras

Vintras

A cette époque Boullan fait la connaissance de l’écrivain J.K. Huysmans, il l’aidera dans ses recherches sur le satanisme et la magie noire qui sont les principaux thèmes de son célèbre roman « Là-Bas ».
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A cette fin, ils visitent ensemble le carmel fondé par Boullan, d’où Huysmans ayant participé à certains rites Eliaques, ressort effaré. Voici un extrait de sa correspondance à un ami :

« Je file décidément, la semaine prochaine, pour Lyon. Je suis mis en avant-goût des aventures occultes par la voyante, la somnambule du prêtre qui est venue à Paris guérir une possédée et est venue chez moi. Elle est tout bonnement extraordinaire et …très inquiétante. Je commence à croire que je verrai des choses étranges à Lyon où je suis sûr d’être reçu à bras ouverts…Ces gens-là sont des êtres diaboliques à coup sûr. »

Ils se rendent à Bruges où ils rencontrent le prêtre Louis Van Haecke autrement dit le célèbre chanoine Docre de « Là-Bas », dont le satanisme n’a jamais pu être prouvé. Boullan, quant à lui, inspire le personnage de Johannés. S’ensuit une correspondance qui débouche sur une amitié sincère. Dès cette époque, les renseignements ne nous parviennent que par l’intermédiaire d’un jeune occultiste, Oswald Wirth qui insidieusement s’est infiltré au sein de l’église et se fait passer pour un adepte. Il arrive à recueillir la déposition d’une nouvelle voyante, Maria Martin, que le mage aurait délivrée d’un envoûtement. Wirth à cette période se rend régulièrement chez Stanilas de

Guaïta fondateur de l’Ordre Kabbalistique de la Rose-Croix, celui-ci s’est constitué une magnifique bibliothèque, amoncelant des éditions et des manuscrits rares, Oswald lui sert de secrétaire, au cours d’une conversation Guaïta est informé des turpitudes de Boullan., il décide alors de convoquer un tribunal « vehmique »rosicrucien qui condamne l’abbé et lui envoie une lettre de menace que Boullan reconnaît comme une sentence de mort, voici les termes de cet écrit : « Les initiés véritables ne sauraient souffrir plus longtemps que vous profaniez la Kabbale en vous disant Kabbaliste et en mêlant les ordure de votre imagination dévergondée aux hautes doctrines des maîtres de la Sagesse. »
Stanislas de la Gaïta

Désormais, une lutte occulte s’engage, et on assiste à un véritable duel de mages, Boullan aurait été envoûté par Guaïta et Papus. Boullan meurt subitement le 4 janvier 1893, Huysmans aura des doutes quant à la culpabilité de Guaïta et dans un article publié dans les colonnes du journal de « Gil Blas », Jules Bois accuse ouvertement Guaïta et Papus d’être des magiciens noirs à la base du décès de l’abbé contre qui auraient été engagées des pratiques occultes.

Ces deux derniers se sentant diffamés provoquent Bois en duel. Les deux premier antagoniste, Guaïta et Bois s’affrontent au pistolet, mais chacun manque sa cible, le second duel qui oppose Bois et Papus s’exécute à l’épée, Bois s’en tire avec une légère blessure au bras.
Papus
Papus

Quelques mois après la mort de Boullan, Huysmans voit arriver chez lui Julie Thibault, chargée de lui léguer d’importantes archives, il hébergera la visionnaire pendant quelques mois, juste le temps de consulter ses importants documents qui lui feront prendre conscience que l’abbé Boullan ressemblait plus au chanoine Docre qu’au calme Johannès. Il finira par chasser la voyante.
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MessageSujet: Re: TOUT SUR LA MAGIE NOIRE   Lun 14 Avr - 15:07

Aleister Crowley – The beast 666

Etrange coïncidence que celle qui arriva le 12 octobre 1875. Vers minuit, à Leamington, naquit Edward Alexander Crowley, surnommé « Alick », hors il se fait qu'à 60 kilomètres de là, se situe Worcester, ville natale d'Edward Kelly, l'assistant de célèbre mage John Dee, le sort en était jeté, dira Crowley, ce signe prouve qu'il était la réincarnation d'Edward Kelly, il était de son devoir de continuer les travaux commencés par ces deux mages. Alors que souvent les enfants se souviennent de leur enfance à partir de l'âge de deux ou trois ans, Aleister, enfant précoce, se remémore les moindres instants de sa venue sur terre, dans ses confessions, il décrira son baptême : « Je me souviens de la forme de la pièce, de la disposition de ses meubles, du petit groupe de frères qui l'entouraient et de la surprise de se voir vêtu d'un long vêtement blanc, d'être soudainement plongé dans l'eau et remonté ».

Le père, un riche brasseur et la mère du jeune Alick, appartenaient à une secte protestante, intransigeante et rigoriste, les Darbystes, appelés également les Frères de Plymouth, ceux-ci croyaient à la vérité littérale absolue de la Bible en tant que message délivré par le Saint-Esprit et inculquaient une grande austérité des moeurs. C'est dans une ambiance où sa mère, une femme étouffante et étriquée, interdisait toute lecture, mis à part la Bible et où tous petits faits et gestes anodins étaient diabolisés , qu'Aleister apprit à haïr le monde, ce contexte famial décida de son destin. De la Bible, il ne retenait que les passages sanglants, le crime rituel de Phineas, mais c'est surtout l'Apocalypse qui attiraient particulièrement son attention, la grande Bête à Sept Têtes et Dix Cornes hantait ses nuits, il songeait déjà au mystère du Nombre de la Bête 666.

Il était âgé de 12 ans à la mort de son père, le voilà seul avec sa mère, cette femme acariatre, qui le comparait à «La Bête de l'Apocalypse » dès qu'il commettait la moindre petite bêtise, contre toute attente, la révolte provoquée par une éducation aussi traumatisante et de telles frustrations s'ébaucha, la Bête se réveillait, la métamorphose s'ensuivit. Très jeune il connut un exhutoire dans l'écriture de poèmes , Crowley se montra prolifique dans ce domaine, influencé par Baudelaire, Swinburne, Keats, on peut le qualifier de symboliste décadent.
« Appolon, qui pleurait le trépas d'Hyacinthe,
Ne voulait pas céder la victoire à la mort.
Il fallait que son âme, adepte de l'essor,
Trouva pour la beauté une alchimie plus sainte.
Donc de sa main céleste, il épuise, il éreinte
Les dons les plus subtils de la divine Flore.
Leurs corps brisés soupirent une exhalaison d'or
Dont il nous recueillait la goutte de -l'Absinthe !
Aux cavernes blotties, au palais pétillants,
Par un, par deux, buvez ce breuvage d'amant !
Car c'est un sortilège, un propos de dictame,
Ce vin d'opale pâle avortit la misère,
Ouvre de la beauté, l'intimine sanctuaire
Ensorcèle mon coeur, extasie mort âme ! »

Son attirance pour le monde occulte, se reflète assez rapidement dans ses lectures et ses écrits, très vite, il s'essayera à des rites magiques. Il passera une partie de son adolescence dans un sinistre pensionnat, ce n'est qu'à la mort de sa mère qu'il sera délivré de ses chaînes, riche héritier, il pouvait enfin se consacrer à ses passions. Il changea son nom en Aleister et signa son premier recueil de poèmes « Alceldama », entretemps il voyagea beaucoup, s'adonna à son sport préféré, l'alpinisme, c'est d'ailleurs au cours d'une de ses ascensions qu'il rencontra un compatriote, Julian C. Baker, bien connu dans le milieu occultiste. Dès son retour en Angleterre, Baker présenta Crowley à George Cecil Jones et le 18 novembre 1898, Crowley est initié au secrets de The Order of the Golden Dawn of the Outer (l'Ordre de l'Aube d'Or à l'Extérieur), dont l'Imperator est S.L. Mathers.

La Golden Dawn est une société d'occultisme étudiant la plus haute magie pratique....les femmes y sont admises au même titre que les hommes...mais chacun s'engage, sous serment, à garder secret l'enseignement communiqué. Cette société étudie la Tradition Occidentale. Des connaissances pratiques sont le privilège des plus hauts initiés qui les tiennent secrètes.

« La Monade Hiéroglyphique » de John Dee et « Le Livre d'Abramelin », sont les deux sources essentielles des rituels de la Golden Dawn.
Aleister s'enflamma pour cet endroit, il se lia d'amité avec de nombreux adeptes, dont le poète William Butler Yeats, Arthur Machen, l'écrivain de génie à qui nous devons « Le Grand Dieu Pan », Bram Stoker et bien d'autres. Un initié influença particulièrement la vie et l'avenir du mage, ce fut Allan Bennett (Frère Iehi Aour), second personnage de la Golden Dawn, un homme aux yeux lumineux et au visage maigre et glabre, le parfait sosie de l'écrivain Lovecraft. Crowley et lui partagèrent un appartement pendant plusieurs mois, Bennett toxicomane notoire, initia Aleister aux stupéfiants et particulièrement à l'opium, ces drogues, facilitaient, dit-on, la relation psychique avec les entités, elles aidaient au développement de l'esprit.

Au sein de la Golden Dawn, s'imposait un homme exceptionnel, Mathers, il n'est autre que le traducteur remarquable des formules théurgiques, des recettes de magie pratique et de la magie cérémonielle contenues dans « Le Livre d'Abramelin ». La recherche de communications avec les Supérieurs Inconnus est un des buts des travaux des initiés, voici quelques extraits de lettres rédigées par Mac Grégor (Mathers) à Crowley : « ...Je ne sais même pas leurs noms terrestres et je les connais seulement par quelques devises secrètes et je ne les ai vus que très rarement dans un corps physique, et dans ces rares cas, le rendez-vous fut pris dans l'Astral par eux....Mes rapports avec eux m'ont prouvé combien il était difficile à être un humain, si avancé soit-il en occultisme, de supporter leur présence...

Je me sentais en contact avec une force si terrible que je ne puis que la comparer à l'effet ressenti par quelqu'un se trouvant près d'un éclair durant un violent orage.... ».
Afin de pratiquer les rites, l'initié doit s'aménager un espace secret où personne ne pourra le voir ni le déranger, voici les conseils donnés par Crowley dans son ouvrage « La Magie en théorie et en pratique » : « L'initié doit disposer d'une demeure où il ne sera ni observé ni gêné. Dans cette demeure, il réservera une place pour le Templum. Celui-ci aura au nord une fenêtre donnant sur une terrasse, à l'extrémité de laquelle on édifiera une loge, analogue à celle du grade de Maître (le troisième degré où le rituel mis en action symbolise la mort et la résurrection d'Hiram, l'architecte du Temple de Salomon à Jérusalem) des francs-maçons. L'officiant disposera d'une robe de lin blanc, d'une couronne, d'une baguette, d'un autel, de l'encens, de l'huile sacramentelle, et d'un pectoral d'argent natif. Tous ces objets ayant été consacrés selon les instructions du Livre d'Abramelin.

La terrasse sera recouverte de sable fin, spécialement consacré. L'opérateur s'astreint à une chasteté complète, à l'isolement et au silence durant quatre mois. Il réduit sa nourriture et sa boisson au strict minimum. Il consacre aux rites et aux cérémonies prescrits par son instructeur le plus clair de son temps, il se tient en communication avec les influx astraux. Il passe les deux derniers mois dans une extase ininterrompue, évitant tout contact avec les profanes. A la fin de ces deux mois, il accomplit alors la grande conjuration : alors son ange gardien lui apparaît dans sa gloire. Un signe apparaîtra sur le pectoral. Préalablement, le magiste aura tracé, selon l'art royal, un cercle magique où il s'enfermera pour supporter, sans s'être embrasé, la puissance radiante de l'entité. Il obtiendra de son ange pouvoir pour soumettre à sa puissance les quatre Archontes (nom grec signifiant chefs) des points cardinaux. » En 1898, Crowley deviendra le propriétaire d'un grand manoir situé en Ecosse, près du Loch Ness, Boleskine, il peut enfin se retirer pendant quelques mois afin d'accomplir les indications du Livre d'Abramelin le Mage, ce rituel, relent des plus anciens mystères, correspond à une mort initiatique au terme de laquelle l'officiant devient mage.

A-t-il réussi ? Personne ne le sait, mais un fait est évident, des phénomènes inexplicables se déclenchaient dans le manoir, Aleister y voyait une alliance avec les entités, nous allons le retrouver avec un nouveau nom : Frater Perdurbado. L'ambiance se dégrada au sein de l'Ordre, on y distingua deux clans, l'un à tendances chrétienne et gaëlique qui suivit Yeats et l'autre à tendances païenne et magico-sexuelle, nommée l'Astrum Argentum, Aleister Crowley en était l'Imperator.

Une période de nombreux voyages succèda à ce conflit, il apprit certaines techniques de yoga à Ceylan, il séjourna au Mexique, ensuite on le vit quelques mois dans le temple shivaïte de Madura, privilégié, il fut le premier occidental à être autorisé à pénétrer dans ce sanctuaire. Il y sera initié à la magie sexuelle appelée « Voie de la Main Gauche, ». Cette magie particulière, peut s'avérer dangereuse pour l'équilibre psychologique de l'initié, de plus, très peu d'occidentaux parviennent au bout de cette initiation. En magie sexuelle, la Voie de la Main Gauche, s'oppose à la Voie de la Main Droite, dualité omniprésente dans la vie, en résumé, ce qui touche le côté droit est bon, ce qui touche le côté gauche représente le mal, l'adepte de la Voie de la Main Gauche est indépendant, il n'est soumis à aucune entité, aucun dieu, cette voie magique et spirituelle prends appui sur la sexualité, le but de cette magie est de réussir en retournant l'énergie cosmique qui se trouve habituellement masquée, dans les conditions ordinaires de vie, par l'_expression de la sexualité animale courante, à faire s'élever, monter ladite force, suscitant ainsi l'illumination, la transfiguration magique de l'adepte. C'est à cette fin et pas dans le but premier de procurer aux partenaires l'intensification du plaisir, qu'est codifiée toute une érotique sacrée. Les partenaires s'unissent intimement sans aller jusqu'au point culminant de l'acte sexuel, ceci peut se pratiquer grâce à des techniques sexuelles spéciales destinées à intérioriser la force orgasmique. Le but est double, un état psychique à même d'engendrer une transe hallucinatoire au cours de laquelle l'imagination des partenaires atteindrait l'extase divine, permettre aussi à la semence de s'intérioriser dans l'organisme des deux amants au lieu de s'épancher.

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MessageSujet: Re: TOUT SUR LA MAGIE NOIRE   Lun 14 Avr - 15:07

Pour pratiquer ce type de rite, il faut une attirance sincère l'un pour l'autre, les amants aptes à pratiquer l'érotisme sacré se reconnaissent à divers signes précis. Dans le cas de Crowley, cette cérémonie se déroula sous la direction de deux maîtres aidés de deux prostituées sacrées (représentantes du Shakti, principe cosmique féminin), celles-ci sont toujours choisies pour leur grande beauté et leur perfection sont préparées physiquement, elles sont massées d'huiles odoriférantes selon une technique ancienne : jasmin pour les mains, keora pour le cou et les joues, champa et hina pour les seins, nard dans les cheveux, musc pour le pubis, santal le long des cuisses et safran pour les pieds, s'ensuit le rituel des 5 éléments, commence alors le « jeu du dragon et du tigre », où toutes les positions accessibles sont réalisées. Une pratique importante en magie sexuelle nommée Karessa consiste à réaliser un long coït sans qu'il y ait d'orgasme, les partenaires sont assis l'un sur l'autre en tailleur, l'acte doit enflammer l'imagination. A l'issue de la cérémonie on remettra à Crowley un pendentif sacré en forme de phallus.

La croyance en des couples magiques a toujours été très forte dans certaines sociétés secrètes, de source sûre, Crowley n'atteindra jamais la possibilité de vivre avec son vrai double, la preuve en est, Aleister ne gardera aucune de ses nombreuses maîtresses.

Sa première « Femme Ecarlate », Rose Kelly, était la soeur de son ami Gérald Kelly, il en fut fou amoureux, de leur liaison naquit une fille qu'il nomma Lilith, (Nuit Ma Ahathoor Hecate Sappho Jezebel Lilith) est son nom complet, selon l'avis de Crowley, Lilith préside à l'érotisme, à la magie sexuelle et à la magie noire.

Rose s'avère être une médium extraordinaire et c'est au Caire, lors de séances de médiumité que par la voix de Rose, elle-même guidée par une entité assyrienne appelée Aïfass, que Maître Thérion va avoir la révélation du livre qu'il doit rédiger « Le Livre de la Loi » (Liber Al Vel Legis, Sub Figura CCXX), le texte est d'inspiration rabelaisienne et nietzschéenne. L'essence même de ce livre peut se résumer par « Fais ce que tu veux sera le tout de la loi », dans l'imagerie Thélémite, « le sacerdoce est entre les mains d'un couple : le prince-prêtre de la Bête et sa femme, appelée la Femme Ecarlate. Deux personnages venus tout droit de l'Apocalypse de Jean, ouvrage très connu du mage, qui s'identifie maintenant à « The Great Beast, ou 666 de l'Apocalypse de Jean ».

C'est maintenant dans l'étude et l'enseignement de la Loi de Thélème que la vie du mage va se poursuivre, d'autres ouvrages important suivront : « Les Livres Sacrés de Thélème », « The Equinox », « Book of Lies », « The Book of Thoth », « Magick without Tears», etc... L'enseignement du Livre de la Loi marqua désormais la personnalité de 666, il se livra désormais à une vie plus dissipée, amants et maîtresses se succèdèrent dans sa vie, son goût pour les drogues s'intensifia, sa réputation de magicien noir commença à lui nuire, ses messes gnostiques ressemblaient trop à des messes noires, on le soupçonna de contre espionnage. Le mage fait maintenant partie d'un autre ordre l'OTO (Ordo Templis Orientis), société d'origine allemande, elle est une ramification de l'Astrum Argentum. Lors de la première guerre mondiale il partit pour les Etats-Unis, afin d'y instaurer deux temples représentants les deux sociétés secrètes dont il est responsable, il espère aussi y former de nombreux adeptes.

Il revint ruiné en Angleterre en 1919, on le verra alors en France au côté de Georges Monti, le secrétaire du Sâr Peladan. C'est à Fontainebleau, entouré d'amis et de sa Femme Ecarlate « Alestraël », que 666 prendra l'initiative de s'isoler avec ses disciples, dans un grand domaine ensoleillé où il pourra leur enseigner sa Loi de Thélème. Il choisit en Sicile, à Cefalu plus précisemment, une vaste ferme en ruine, qu'il nomma Thélème, en mémoire de l'abbaye de Thélème décrite par Rabelais dans son Quart Livre, un point commun dans ces deux Thélème, la règle de vie « Fays ce que tu vouldras ».

Les disciples (peu nombreux, il n'y aura jamais plus de 15) l'aideront à restaurer cette batisse, autour du hall central, consacré Sanctus Sanctorum, se trouvaient 5 chambres, décorées de fresques dont les images lui ont été inspirées par ses rêves et ses expériences astrales, on peut y découvrir notamment une « Chambre des Cauchemars ». La presse se déchaîna, on lui imputa tous les vices, mais tous aussi s'accordèrent pour lui reconnaître une qualité : la sincérité, il se croyait véritablement l'élu, celui qui doit propager une doctrine ancienne, oubliée et corrompue par le christianisme.
On peut croire aisément en sa bonne foi en lisant ce passage de « Magick » : « Je me suis constamment voué au Grand Oeuvre, c'est à dire l'oeuvre de devenir un être spirituel, libre de toute contrainte, des servitudes du hasard et des deceptions de l'existence matérielle. Tous les termes habituels impuissants à dénomer mon message : ce n'est ni Occultisme, ni Spiritisme, ni Sorcellerie, ni Théosophisme. Je vais beaucoup plus loin que ces diverses écoles...Je me suis arrêté au terme de Magick comme étant, par essence, le plus sublime et à l'heure actuelle, le plus discrédité des termes...J'ai juré de réhabiliter la Magie et d'amener l'humanité à respecter, à croire et à pratiquer ce qui est actuellement méprisé, haï et craint...

Dans cette transe semblable à la mort, l'esprit devient libre de vagabonder et s'unit au dieu invoqué. Dans la mort, cette union est permanente et va accroître le corps du dieu sur la planète. Nous devrions donc, quand nous le pouvons, nous assurer un endroit fermé et inviolable et y sacrifier quotidiennement des victimes. En même temps, qu'un des frères, au moins, soit réduit à l'épuisement par le vin, par des blessures et par la cérémonie elle-même. Et s'il prononce des révélations, qu'elles ne soient pas consciemment données (c'est à dire qu'elles doivent venir des profondeurs). Si le vrai Dieu est invoqué comme il convient, elles seront divines. » Le cauchemar attend Crowley en Sicile, sa fille préférée « Poupée » meurt dans une clinique de Palerme, en 1924, un disciple de Mega Therion, Raoul Loveday décède lui aussi de manière mystérieuse, il aurait été empoisonné par du sang de chat au cours d'un rite (mais là, rien n'est vraiment prouvé)... il s'ensuivit dès lors contre 666, une énorme campagne de presse, il aurait sacrifié sa fille au diable, on en fit un monstre, la police en profita pour expulser le mage hors d'Italie. Dès lors, les Femmes Ecarlates se succèdèrent, sa vie d'errance recommença, on le vit successivement en France, en Algérie, devenu un vieillard obèse, il échouera au Portugal. Le 1er décembre 1947, la Bête 666 affaiblie et malade s'éteindra à Hastings. Le 5 décembre, on l'incinéra à Brighton, mais, Crowley sortira vainqueur de l'épreuve de la mort, celle-ci fit grand bruit, son corps vêtu de ses vêtements de mage est exposé, on ne s'attendait pas au flux de fidèles du monde entier qui viendront défiler afin de rendre hommage à leur Maître. En guise d'oraison funèbre, le Lord Chief of Justice déclara : « qu'il était le personnage le plus immonde et le plus pervers du Royaume-Uni », ne peut-on pas prendre cela comme un compliment venant d'une telle personne ? A sa mort, Le biographe de Crowley, John Symonds dira ceci de lui : « Le Sexe était devenu pour Crowley le moyen d'atteindre Dieu...Il accomplissait l'acte sexuel non pour des joies émotives ou à des fins procréatrices, mais pour renouveler sa force psychique. Il estimait rendre ainsi un culte au dieu Pan. Opus était le mot qu'il employait à cette occasion, avec référence à la notion hermétique du Grand Oeuvre. Parfois, il se trouvait face à face avec les Dieux... ».
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MessageSujet: Re: TOUT SUR LA MAGIE NOIRE   Lun 14 Avr - 15:10

Curiosités Infernales par P. L. JACOB

I.
Existence des démons

«Il y en a plusieurs, dit Loys Guyon[1], tant incrédules de nostre temps, qui ne veulent croire qu'il y ait des demons ou malins esprits qui habitent en certaines maisons (qui sont cause que personne n'y peut fréquenter) ou par les deserts qui font fourvoyer les voyageurs. Et aussi en d'autres lieux... Ce qui m'a donné occasion d'escrire de ces demons, c'est que lisant le livre du voyage de Marc Paul, Venétien, des Indes Orientales, il escrit d'un desert, qu'il appelle Lop, qui est situé dans les limites de la grande Turquie qui est entre les villes de Lop et de Sanchion, qu'on ne sçauroit passer en vingt-cinq ou trente journées, et pour ce qu'il est nécessaire à aucuns, pour la négotiation qu'ont ceux de Lop avec ceux de Sanchion ou de la province du Tanguth, de passer par ces deserts, combien qu'ils s'en passeroyent bien, s'ils pouvoyent, veu les dangers et grandes difficultez qui s'y trouvent... C'est chose admirable qu'en ce desert l'on void et oid de jour, et le plus souvent de nuict, diverses illusions et fantosmes, de malins esprits, au moyen de quoy, ja n'est besoin à ceux qui y passent de s'eslongner à la trouppe, et s'escarter de la compagnie. Autrement, à cause des montagnes et costaux, ils perdroyent incontinent la veüe de leurs compagnons. Et les appellent par leurs propres noms, feignans la voix d'aucuns de la trouppe et par ce moyen les destournent et divertissent de leur vray chemin, et les meinent à perdition tellement qu'on ne sçait qu'ils deviennent. On oid aussi quelquefois en l'air des sons et accords d'instrumens de musique, et le plus souvent des bedons et tabourins, et pour ces causes ce desert est fort dangereux et perilleux à passer.

Voilà ce qu'en a laissé par escrit, Marc Paul qui y a esté, qui vivoit l'an 1250, je pensoy que ce fussent choses fabuleuses (et controuvées à plaisir ou pour quelque autre raison). Mais ayant leu les oeuvres de Teuet, cosmographe, pour la plus grand part tesmoin oculaire de beaucoup de choses que plusieurs autheurs ont laissé par escrit, et entre autres de ce desert de Lop, je n'ay plus creu que ce fussent fables.

«Que semblables choses ne se voyant ailleurs, il se void en ce qu'on a escrit de plusieurs grands et illustres personnages qui s'estoyent retirez aux deserts d'Égypte, comme sainct Machaire, sainct Anthoine, sainct Paul l'hermite, lesquels ont trouvé tous les deserts lieux pleins de grande solitude, remplis de démons. Comme fit sainct Anthoine qui estant sorti de sa cellule, ayant envie de voir jour et Paul l'hermite, qui demeuroit en un desert plus haut que luy trois journées, trouva en chemin, une forme monstrueuse d'homme, qui estoit un cheval, et tel que ceux que les poëtes anciens ont appelé Hippocentaures. Auquel il demanda le chemin du lieu où demeuroit ledict Paul Hermite, lequel parla. Mais il ne peut estre entendu et monstra de l'une de ses mains le chemin et puis après il s'osta de devant luy, s'enfuyant d'une grande vitesse. Or si c'est homme estoit point quelque illusion du Diable, faite pour espouvanter le sainct homme ou si (comme les solitudes sont coustumieres de produire diverses formes d'animaux monstrueux) le desert avoit engendré cest homme ainsi difforme, nous n'en avons rien de certain.

«Sainct Anthoine donc s'esbahissant de ceste occurrence, et resvant, sur ce que desja il avoit veu, ne discontinua son voyage, et de passer outre. Mais il ne fut gueres avant, qu'estant en un vallon pierreux et plein de rochers, il vid un autre homme d'assez basse stature, mais laid, et difforme, ayant le nez crochu et deux cornes qui lui armoyent horriblement le front, et le bas du corps, lequel alloit en finissant ainsi que les cuisses et pieds d'un bouc. Le vieillard sans s'estonner de ceste forme si hideuse, ne s'esmouvant d'un tel spectacle, si effroyable, se fortifia, comme estant bon gendarme chrestien vestu des armes de Jésus-Christ,... et, voicy ce monstre susdit qui lui présenta des dattes et fruicts de palmier comme pour gage d'amitié et asseurance. Ceci encouragea ce bon hermite qui, apprivoisé du monstre, s'arresta un peu et s'enquit de son estre et que c'est qu'il faisoit en ceste solitude, auquel cest animal inconu respondit: Je suis mortel et un des citoyens et habitans de ce desert, que les gentils et idolatres aveugles et deçeus sous l'illusion diverse d'erreur, adorent et reverent sous le nom de faunes, pans, satyres et incubes. Je suis venu de la part de ceux de ma trouppe, et compagnie vers toy pour te requerir qu'il te plaise de prier le commun Dieu et Seigneur de nous tous, pour nous misérables, lequel sçavons estre venu au monde pour le salut et rachat de tous les hommes, et que le son de sa parole a esté semé et espandu par toute la terre. Ce monstre parlant ainsi, le voyager chargé d'ans et vénérable hermite Anthoine pleuroit à chaudes larmes, lesquelles couloyent le long de sa face honnorable, non de douleur, ains de joye.

«En Hirlande, il s'y void et entend des malins esprits parmi les montagnes, et combien qu'aucuns disent que ce ne sont que des fausses visions qui proviennent de ce que les habitans usent de viandes et breuvages vaporeux, comme de pain faict de chair de poisson seché. Et leur boire sont bieres fortes. Mais i'ay sceu (asseurement) des Anglois qui y ont demeuré quelques années, qui vivoyent civilement et delicatement, qu'il y avoit des esprits malins parmy les montagnes, lesquels molestent par leurs façons de faire et font peur aux voyageurs soit de jour et de nuict.

«Plusieurs autres démons luy ont donné de grandes fascheries en son desert, lui jettans sur son chemin des vaisselles d'or et d'argent, lesquelles choses il voyoit soudain s'esvanouir.»

«Les Arabes qui, communément voyagent par les deserts de leurs pays, y voyent des visions espouvantables et quelquefois des hommes qui s'esvanouissent incontinent, entre autres Teuet atteste avoir ouy dire à un truchement arabe qui le conduisoit par l'Arabie déserte nommée Geditel, qu'un jour conduisant une caravanne par les deserts du royaume de Saphavien, le sixiesme de juillet, à cinq heures du matin, luy Arabe et plusieurs de sa suite ouyrent une voix assez esclattante, et intelligible qui disoit en la mesme langue du pays: Nous avons longuement cheminé avec vous. Il fait beau temps, suivons la droitte voye. Avint qu'un folastre nommé Berstuth, qui conduisoit quelques trouppes de chameaux, qui toutesfois n'apercevoit homme vivant, la part d'où venoit ceste voix, respond: Mon compagnon, je ne sçay qui tu es, suy ton chemin. Lors ces paroles dites, l'esprit espouvanta si bien la trouppe composée de divers peuples barbares qu'un chascun estoit presque esperdu, et n'osoyent à grand peine passer outre.

«Jésus-Christ fut tenté au desert par le malin esprit.

«Et voilà comme l'on peut recueillir que ce ne sont fables (de dire) qu'il y a des esprits malins par les deserts; et qu'il semble que Dieu permet qu'ils habitent plus tost en ces lieux escartez que là où demeurent les hommes à fin qu'ils n'en soyent si communément offensez. Comme fit l'ange Raphael duquel est parlé en la saincte Escriture, au livre de Tobie, qui confina le demon qui avoit fait mourir sept maris à la fille de Raguel aux deserts de la haute Egypte.

«D'autres démons fréquentent la mer et les eaux douces, et dans icelles, et causent des naufrages aux navigeans et plusieurs autres maux, et y apparoissent des phantosmes. Et d'iceux esprits, comme escrit Torquemada, il s'en void journellement sur la rivière Noire, en Norvege, qui sonnent des instrumens musicaux et lors cest signe qu'il mourra bien tost quelque grand du pays. J'ay veu et fréquenté avec un Espagnol qui par tourmente de mer fut jetté jusques aux mers, qui sont environ les terres du grand Khan de Tartarie, qu'il a veu souvent en ces régions-là de ces phantosmes tant sur mer que sur terre, notamment aux grandes solitudes de Mangy et deserts de Camul, et choses si estranges que je ne les auseroy mettre par escrit, de peur qu'on ne les voulust croire.

«Quelqu'un pourra objecter qu'il n'est pas vraysemblable que les demons qui sont aux deserts de Lop, et d'ailleurs appellent les voyageans par leurs noms, d'autant qu'iceux n'ont organes pour pouvoir parler suivant ce que Jésus-Christ dit que les esprits n'ont ni chair ni os. Je respon, suivant en l'opinion de S. Augustin, S. Basile, Coelius Rodigin et Appulée, que les anges se peuvent former des corps aeriens, de la nature la plus terrestre, et par le moyen d'iceux parler comme firent ces trois anges qui apparurent à Abraham. Et l'ange Gabriel, qui annonça la conception de Jésus-Christ à la Vierge Marie. Et que les demons s'en peuvent aussi forger non pas d'une matiere si pure, mais plus abjecte.

«J'ay parlé d'un monstre chevre-pied qui apparut à sainct Anthoine, que je pense avoir esté engendré par le moyen de Satan, d'autre façon que les autres demons. Neantmoins il requit ce sainct personnage de prier Dieu pour luy et pour d'autres monstres habitans ce desert. Son corps n'estoit point aérien mais charnel, comme ceux des boucs. Il fut prins et mené tout vif en Alexandrie vingt ans après, au grand estonnement de tous ceux qui le virent, et combien qu'on le voulust nourrir curieusement quelques jours après sa prise il mourut, et son corps fut salé et embaumé et puis porté à Antioche et présenté à Constantin, fils du grand Constantin.

«Lycosthène escrit estre avenu à Rotwille en Alemagne, l'an de grâce 1545, que le diable fut veu en plein midi allant et se pourmenant par la place: cest ici que les citoyens s'effroyèrent, craignans qu'ainsi qu'il avoit fait ailleurs, il ne bruslast toute la ville. Mais chascun s'estant mis en devotion de prier Dieu, et ordonner des jeunes et aumosnes, ce malin esprit lors s'en alla, et jaçoit que le diable vienne peu souvent vers nous si est ce que Dieu le souffrant, il n'y vient point sans de bien grandes occasions, et pour estre l'executeur de la vengeance divine. Et ne nous faut point tourmenter sur ce que les demons sont si corporels, ainsi que vrayement tient la doctrine des chrestiens, veu que Dieu le veut ainsi.

«Ils se rendent sensibles et visibles par les moyens des corps empruntez ou formez en l'air ou en esblouissant le sens des personnes, et leur présentant des idées en l'âme, qu'ils pensent voir par la veüe extérieure ainsi que S. Augustin dit, qu'aucuns de son temps pensoyent estre transmuez par quelques sorcières en bestes à corne, là où le bon sainct ne voyoit autre cas que la figure de l'homme, mais le sens visible de ceux-cy estant ensorcelé et perverti par la force de l'imagination causoit l'opinion de leur changement où l'effect estoit tout au contraire. Suivant ces discours, il se void que par tout les demons ou diables s'efforcent de nuire à l'homme, encor qu'il se retire au plus hideux et inhabitable desert du monde, soit qu'il habite dans les plus populeuses villes, tousiours taschera-il de le faire tresbucher.»

Lavater[1], ministre calviniste, admet avec beaucoup de méfiance les faits surnaturels; son ouvrage est précédé de plusieurs chapitres où il raconte des faits merveilleux en apparence et qui pour lui ne sont que des supercheries; ils ont pour titres:

[Note 1: _Trois livres Des apparitions des esprits, fantosmes, prodiges, etc. composez par Loys Lavater, plus trois questions proposées et résolues, par M. Pierre Martyr_. Geneve, Fr. Perrin, 1571, in-12.]

«CH. I. Les mélancholiques et insensez s'impriment en la fantasie beaucoup de choses dont il n'est.

«CH. II. Gens craintifs se persuadent de voir et ouïr beaucoup de choses espouvantables dont il n'est rien.

«CH. III. Ceux qui ont mauvaise vue et ouïe imaginent beaucoup de choses qui ne sont pas.

«CH. IV. Beaucoup de gens se masquent, pour faire que ceux ausquels ils s'adressent, pensent avoir veu et ouï des esprits.

«CH. V. Les prestres et moines ont contrefait les esprits et forgé des illusions comme un nommé Mundus abusa de Paulina par ce moyen, et Tyrannus de beaucoup de nobles et honnestes femmes.

«CH. VI. Timothée Aelurus ayant contrefait l'ange, usurpe une couschée: quatre jacopins de Berne ont forgé beaucoup de visions et de ce qui s'en est ensuivi.

«CH. VII. L'histoire du faux esprit d'Orléans.

«CH. VIII. D'un curé de Clavenne qui apparut à une jeune fille et luy fit croire qu'il estoit la Vierge Marie et d'un autre qui contrefit l'esprit; ensemble du cordelier escossois et du jésuite qui contrefit le le diable à Ausbourg.»

Voici cette dernière histoire:

«Pendant que j'escrivois cet oeuvre, j'ay entendu par des gens dignes de foy, qu'en l'an 1569 il y avoit à Ausbourg, ville fort renommée d'Allemagne, une servante et quelques serviteurs d'une grande famille qui ne tenoyent pas grand compte de la secte des jésuites au moyen de quoy l'un de ceste secte promit au maistre qu'il feroit aisément changer d'opinion à ses serviteurs. Pour ce faire, après s'estre déguisé en diable, il se cacha en quelque lieu de la maison où la servante allant quérir quelque chose de son gré, ou y estant envoyée par son maître, trouva ce jésuite endiablé qui luy fit fort grand peur. Elle conta incontinent le tout à un de ses serviteurs, l'exhortant de n'aller en ce lieu-là. Toutefois peu après il y vint, et comme ce diable desguisé vouloit se ruer dessus, il desgaine son poignard et perce le diable de part en part, tellement qu'il demeure mort sur la place. Cette histoire a esté écrite et imprimée en vers allemans, et est maintenant entre les mains de tout le monde.
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